Haïti/Coopération : Le gouvernement prêt à solliciter 7 milliards de dollars des bailleurs de fonds internationaux

P-au-P., 24 juil. 06 [AlterPresse] --- Le gouvernement de Jacques Edouard Alexis s’apprête à solliciter plus de 7 milliards de dollars américains (au lieu de 5 milliards) d’aide, auprès des bailleurs de fonds internationaux, à la réunion de ce 25 juillet 2006 à Port-au-Prince, suivant le document de travail « Conférence internationale pour le développement économique et social d’Haïti », transmis à AlterPresse le 22 juillet dernier.

Dans ce document, qui place les actions futures dans le cadre « d’un pays à construire autour d’une vision rassembleuse » et de « grands chantiers » requérant des engagements à long terme (échelonnés de 2006 à 2011), les travaux publics (routes, électrification des chefs-lieux des départements géographiques et ramassage d’ordures) et le domaine Justice / Sécurité viennent en première position avec, chacun, 1.5 millions de dollars.

Sur une période de 5 ans, les travaux publics comprendront le « maillage routier national » qui nécessitera 1 200 millions de dollars, l’électrification des chefs lieux des départements pour 180 millions et le ramassage des ordures dans les premières villes des départements géographiques estimé à 120 millions de dollars américains.

Côté justice/Sécurité, le gouvernement demande un support de 1 150 millions de dollars américains pour la police, fortement mise en question en juillet 2006 par les manœuvres des commandos armés, et 350 millions pour la Justice.

Désormais, le domaine Santé (1 200 millions) est priorisé par rapport à l’agriculture, avec la Couverture sanitaire nationale pour 1 060 million de dollars et les hôpitaux régionaux pour 140 millions.

De 2006 à 2011, 930 (au lieu de 500) millions de dollars seront alloués à l’éducation, dont 450 (à la place de 300 millions) à la scolarisation universelle, 280 millions à l’implantation de « Centres universitaires régionaux » et 200 millions pour la formation professionnelle.

Le volet agriculture/environnement exigera 850 millions de dollars sur les cinq prochaines années. Le soutien à l’élevage (280 millions), les semences (200 millions), l’accès au crédit pour les paysans et l’agro-industrie (110 millions chacun), les engrais pour les plantations (100 millions), le curage de lacs collinaires (40 millions), le biodiesel (10 millions) représentent les secteurs auxquels ces fonds seront destinés.

Le gouvernement de Jacques Edouard Alexis investira 850 millions dans le cadre du Renforcement de l’Etat, qui comprend : la réforme de l’administration publique (400 millions), un appui aux collectivités territoriales (300 millions), un appui au parlement (120 millions) et le Conseil électoral provisoire (CEP, 30 millions), selon le document élaboré à l’occasion de la rencontre du 25 juillet prochain.

Par ailleurs, pour permettre d’arriver à une augmentation des recettes de l’état, l’actuel régime mettra à la disposition de la Direction générale des Impôts 50 millions de dollars et de l’Administration générale des douanes (AGD) 100 millions de dollars, lesquels doivent permettre, d’une part, de structurer les douanes, les ports et aéroports, et, d’autre part, de combattre la corruption ; monnaie courante dans ces institutions étatiques et dans les entreprises publiques en général.

120 millions, au lieu de 93 millions de dollars américains, devraient permettre de rendre effectif le Programme d’apaisement social (PAS), à entreprendre en faveur des couches les plus défavorisées d’Haïti. De ces capitaux, 50 millions seront attribués aux projets communaux, 25 millions serviront à dédommager les militaires démobilisés et 25 millions aux employés révoqués de l’administration publique à partir de février 2004, ainsi que 20 millions au paiement des arriérés de salaires.

En vue de générer des économies en Haïti, l’administration en place prévoit de dégager d’autres revenus en s’engageant dans un vaste mouvement de mobilisation de ressources, notamment dans le tourisme et la diaspora, indiquait le porte parole du gouvernement, Joseph Jasmin, dans une interview à AlterPresse le 17 juillet.

La lutte contre la corruption dans les entreprises publiques, la mise en place des services de collecte d’impôts et de taxes, représenteraient aussi d’autres sources, sur lesquelles mise le gouvernement pour augmenter les recettes de l’Etat.

La Banque interaméricaine de développement (BID), la Banque mondiale, l’Union Européenne (UE), demeurent, entres autres, les principales sources attendues pour le financement des actions futures en Haïti, principalement les infrastructures dont les routes et l’électricité, jusqu’en février 2011 pour le quinquennat de l’administration Préval / Alexis II (deuxième version, après la période de René Garcia Préval et de Jacques Edouard Alexis de 1999 à 2001).

Le document de travail, consulté par AlterPresse, ne fait point mention de l’apport attendu, dans les différents domaines considérés, des organisations non gouvernementales qui interviennent avec des capitaux importants dans la mise en oeuvre et la réalisation de divers projets sociaux en différents points du territoire national.

Sur les 7 milliards de dollars américains à obtenir auprès des donateurs internationaux, le document de travail qui sera débattu avec les bailleurs n’indique pas quels seront les montants respectifs qui seront reçus à titre de prêts et de dons, d’aujourd’hui à l’année 2011. Aucune précision n’existe, non plus, sur l’éventuelle utilisation des fonds qui risquent d’être dégagés dans le cadre de l’annulation de la dette nationale sans cesse réclamée par les mouvements sociaux en Haïti. [lf rc apr 24/07/2006 17:00]