Haïti-Justice : L’affaire des 200 enfants empoisonnés bientôt au Correctionnel

P-au-P., 31 mai 06 [AlterPresse] --- Dix ans après les procédures judiciaires entamées, le tribunal correctionnel de Port-au-Prince sera saisi de l’affaire des 200 enfants empoisonnés en 1996 au diéthylène glycol, produit par les laboratoires Pharval de l’actuel candidat au sénat sous la bannière de la Fusion des Sociaux Démocrates, Rudolph Boulos.

L’information est communiquée par l’Association de Parents d’Enfants Victimes d’Intoxication au Diéthylène Glycol (APEVIDIGH) dans une conférence de presse le 30 mai, au cours de laquelle le point a été fait sur le dossier.

« Après 10 ans de dilatoire, la Cour de Cassation de la République, par un arrêt en date du 8 mars 2006, a mis un terme à cette vaste plaisanterie qui n’a que trop duré », écrit l’APEVIDIGH dans une lettre adressée le 26 mai 2006 au commissaire du gouvernement près le tribunal civil de la capitale.

L’instance judiciaire suprême de la République d’Haïti a, en effet, déclaré Rudolph Boulos déchu du pourvoi exercé contre un arrêt de la Cour d’Appel, confirmant l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction.

Aussi, l’affaire se trouve-t-elle en état d’être entendue au tribunal correctionnel de Port-au-Prince, « juridiction primitivement choisie par les exposants [NDLR : les plaignants membres de l’APEVIDIGH, qui se sont constitués en partie civile] et confirmée par l’ordonnance du cabinet d’instruction », suivant la lettre transmise au Parquet par les avocats des plaignants.

Dans la conférence de presse du 30 mai, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse, l’APEVIDIGH s’est référée aux péripéties judiciaires en cours depuis 10 ans pour dénoncer les agissements de Rudolph Boulos visant à « décourager les parents des victimes dans leur souci de trouver justice et réparation ».

Les parents des enfants victimes des médicaments empoisonnés [Afébril et Valodon] ont d’abord intenté une action en justice au tribunal correctionnel en date du 11 septembre 1996. Cette instance a déféré le dossier au cabinet d’instruction le 18 mars 1997 pour un examen approfondi.

S’étant réfugié à l’étranger à l’époque, Rudolph Boulos dédaigna les différentes convocations de la justice haïtienne, affirment les parents des enfants empoisonnés.

Ils soulignent que la Cour de Cassation a rendu son arrêt après les « refus manifestes » du concerné de se présenter au cabinet d’instruction suite à un premier mandat de comparution en date du 9 juin 2000 et à un deuxième émis le 5 octobre 2000.

Le propriétaire des Laboratoires Pharval a nié deux autres convocations du cabinet d’instruction : un mandat d’amener en date du 5 janvier 2001 et un mandat d’arrêt le 22 janvier 2001, peut-on lire dans le document soumis par l’APEVIDIGH à la presse.

Fustigeant la présence de Rudolph Boulos dans la course aux sénatoriales dans le Nord-Est d’Haïti, le porte parole des parents victimes, Berthony Philibert, estime opportun pour la justice haïtienne de mettre l’action publique en mouvement contre « l’accusé pour meurtre par négligence des plus de 200 enfants empoisonnés et de 11 autres handicapés".

« Le plus dur est que les parents ne savent pas quand cesseront leurs déboires. Parmi les 11 handicapés, Kesnie Tamar Gracia, née le 12 juillet 1989, est décédée le 4 juin 2005 des suites d’une insuffisance rénale chronique, 9 ans après avoir goûté de ces produits empoisonnés », se plaint Berthony Philibert.

Le porte-parole de l’APEVIDIGH se déclare choqué du fait qu’en dépit d’une correspondance adressée au Conseil Electoral Provisoire (CEP) en janvier 2006, attirant son attention sur le casier judiciaire du prétendant au Sénat dans le département du Nord-Est, l’organisme électoral semble avoir ignoré ces revendications et donné carte blanche à Rudolph Boulos qui suit sa marche en vue de l’obtention d’un siège au Grand Corps.

Rudolph Boulos est toujours en course pour briguer un siège à la chambre haute pour le département du Nord-Est, où un deuxième tour de scrutin doit avoir lieu à une date non encore déterminée par le CEP. [lf rc gp apr 31/05/06 14:00]