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Michaëlle Jean à l’écoute des femmes d’Haiti

P-au-P, 17 mai 06 [AlterPresse] --- La gouverneure générale du Canada, Michaà« lle Jean, a eu, le 15 mai 2006 à Port-au-Prince, un échange avec des représentantes d’organisations de femmes haïtiennes. Au cours de ce tête-à -tête, tenu au ministère à la condition féminine, Jean a estimé que l’avenir d’Haiti doit être envisagé avec les femmes, considérées comme le pivot de la société.

« L’avenir d’Haïti passe aussi par les femmes, chaque injustice envers une femme dans ce pays le rend moins digne », s’est exclamée la gouverneure générale du Canada, qui est originaire d’Haïti.

En présence notamment de la ministre à la condition féminine, Adeline Magloire Chancy, Michaà« lle Jean invite les responsables haitiens à comprendre le sens du mouvement féministe pour que « dans nos actions combinées, on puisse donner une voix plus forte aux femmes dans toutes les instances de la société haïtienne. »

« Vous avez la possibilité à la condition féminine de proposer un modèle d’inclusion qui transcende justement toutes les divisions et qui mobilise toutes les forces vives qui sont essentielles à la reconstruction d’Haïti », soutient Michaà« lle Jean.

« C’est une reconstruction qu’Haïti souhaite depuis longtemps et que le Canada veut continuer à soutenir par de nombreux projets à travers le pays », assure-t-elle.

Jean, qui est à sa première visite en Haïti depuis sa prise de fonction, l’année dernière, comme gouverneure générale du Canada, salue le travail des femmes haïtiennes qui se sont toujours données corps et âme dans la lutte pour leur épanouissement et le respect de leurs droits.

« Femmes d’Haïti, je suis ici pour vous dire, non seulement mon affection, mais aussi que je crois en ce que vous faites et c’est la gouverneure générale du Canada qui vous dit qu’elle croit en ce que vous faites au nom du Canada », déclare Michaà« lle Jean.

« Je suis votre sœur par la naissance, mais depuis toujours et pour toujours votre alliée », ajoute-t-elle, en ayant une pensée spéciale pour certaines femmes présentes à la rencontre, dont Magalie Marcellin de l’organisation Kay Fanm (La maison des femmes) « qui me parle toujours en Créole ».

Ce « Chita pale » (causerie, en français) au MCFDF était l’occasion pour la gouverneure générale du Canada de recueillir les doléances de nombreuses femmes haïtiennes, parmi elles plusieurs paysannes. Michaà« lle Jean s’est montrée attristée en écoutant le témoignage d’une femme venue des Roseaux, au sud-ouest d’Haïti, et qui travaille dans des conditions difficiles pour élever ses enfants.

Nicole Jean-Baptiste, en provenance de Capotille / Mont-Organisé dans le nord-est présente le lot de revendications des femmes de cette région excentrée d’Haïti. Selon elle, les femmes font le travail des hommes pour satisfaire les besoins les plus élémentaires de leurs familles.

Une autre mère, venue de Cité Soleil, bidonville du nord de la capitale, raconte les péripéties auxquelles faisaient face les familles habitant ce secteur durant l’année écoulée, marquée par des violences quotidiennes.

Elle raconte que des individus armés « nous ont violées, maltraitées » et demande à la gouverneure générale de se faire porte-parole des victimes pour que ces dernières puissent regagner leurs demeures à Cité Soleil.

Une participante propose la création d’un « Haut conseil pour le respect des droits des femmes haïtiennes ».

En réponse, Michaà« lle Jean invite les femmes haïtiennes à lutter pour leur autonomie financière qui leur donnera la liberté de choisir.

Originaire de Jacmel, au sud-est d’Haïti, Jean rappelle que sa grand’mère élevait ses cinq enfants, dont l’éminent écrivain René Depestre à l’aide d’une machine à coudre, la machine singer. Un poème de Depestre portant bien ce titre est repris dans un documentaire sur la vie de cet écrivain.

Voilà pourquoi, Michaà« lle Jean exhorte les femmes de son pays natal à travailler pour leur émancipation. « Haïti n’est pas un cas perdu, il y a de l’espoir et le développement de ce pays doit passer par les femmes », renchérit-elle.

Auparavant, Jean avait rencontré des étudiants à la Faculté des sciences de l’Université d’Etat, des petites marchandes victimes de l’incendie en mai 2005 du marché Tête-bœuf à Port-au-Prince.

Au nom du Canada, Michaà« lle Jean a déboursé 200.000 dollars pour recapitaliser 500 commerçants victimes de cet incendie survenu l’année dernière.

Un déjeuner a été organisé en son honneur par la Chambre de commerce haïtiano-canadienne de concert avec l’Initiative de la Société Civile (ISC). Jean en avait profité pour mettre l’accent sur la misère et les inégalités sociales, en faisant remarquer « les contrastes : des résidences hollywoodiennes à côté de bidonvilles ».

La gouverneure générale, qui repart au Canada ce 17 mai, s’est rendue le 16 mai à Jacmel. « Je ne vais pas à Jacmel pour des raisons personnelles ou pour rencontrer ma famille, indique-t-elle. Je ne suis pas en vacances ! »

Jean se souvient bien d’Haïti, ce coin de terre habité jadis par des indiens, des esclaves avant d’accéder à l’indépendance, ce coin de terre qui l’a vu naître et qu’elle a dû fuir avec sa famille à l’âge de 11 ans en 1968 pour échapper à la dictature féroce de François Duvalier.

Haïti compte aujourd’hui 8 373 750 habitants, dont plus de la moitié (51,8 %) est constituée de femmes. Le degré d’alphabétisme de la population de dix (10) ans et plus est de 61,0 %. Il est plus élevé chez les hommes que chez les femmes (63,8 % contre 58,3 %), selon les résultats du dernier recensement, publiés le 10 mai dernier. [do gp apr 16/05/2006 13:00]