Haïti - Droits humains : Une " impunité légale " depuis 2004, selon Washington

P-au-P, 11 avril 06 [AlterPresse] --- La situation des droits humains en Haïti ne s’est pas améliorée du 29 février 2004, date de la chute du régime Lavalas de Jean Bertrand Aristide, à aujourd’hui en Haïti, où une « impunité légale » prévaut comme système, constatent les Etats-Unis d’Amérique dans son « rapport 2005-2006 sur le soutien international aux droits humains et à la démocratie en Haïti ».

« L’impunité légale bat son plein, les fonctionnaires de la police et de la justice ne respectent pas les dispositions légales en libérant des individus écroués pour leur participation dans des actes répréhensibles, les centres carcéraux du pays sont dans un état lamentable, des personnes se trouvent dans une situation de détention préventive prolongée », retrace le ministère américain des Affaires Etrangères.

Ce rapport, consulté par l’agence en ligne AlterPresse sur le site Internet de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique accréditée dans la république caribéenne, fait mention de cas de violence et de massacres extrajudiciaires perpétrés par des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH), d’enlèvements et de séquestrations de personnes libérées contre rançons.

Les Etats-Unis évoquent également le trafic et la domesticité des enfants, les violations systématiques des droits de la femme qui constituent, selon eux, un handicap pour Haïti. Une corruption endémique, qui paralyse l’administration publique, n’épargne même pas l’appareil judiciaire, poursuit le rapport soumis au Congrès américain par le Département d’Etat de la république étoilée.

« En dépit de la faible performance en matière de droits humains, enregistrée sous le gouvernement intérimaire et soulignée dans le rapport 2005, les Etats-Unis ont été en mesure d’exécuter avec succès des programmes qui se sont concentrés sur le respect des droits humains et de la démocratie », précise un communiqué de l’Ambassade américaine publié à Port-au-Prince le 10 avril 2006.

Ce communiqué, qui annonce la publication dudit rapport fait un zoom sur la participation des Etats-Unis d’Amérique au processus de reconstruction des institutions démocratiques en Haïti, en insistant sur l’apport du grand voisin du Nord dans la réalisation, le 7 février 2006, des premières élections présidentielles et législatives depuis l’année 2000.

« Les Etats-Unis ont fourni une assistance de US $ 31 millions à Haïti pour les élections, incluant la formation et le développement des partis politiques les plus importants, l’observation des élections, la sensibilisation et l’éducation des électeurs, le sondage de l’opinion publique et le patronage des premiers débats présidentiels jamais réalisés », rappelle l’Ambassade.

En dehors du processus électoral, les administrations politiques de Port-au-Prince et de Washington ont travaillé conjointement à la résolution des problèmes au sein du système judiciaire haïtien à travers l’amélioration de la formation des policiers, des dons en équipements, l’éducation de plus de 800 membres du personnel juridique et l’encadrement des accusés en vue d’une assistance juridique pertinente.

L’ambassade américaine dans la capitale haïtienne dit avoir également travaillé avec des Organisations Non Gouvernementales (ONG) locales, pour venir en aide à environ 700 victimes d’abus de violence et de droits humains, et pour financer des programmes visant à lutter contre le trafic des femmes et des enfants en Haïti.

Ce quatrième rapport annuel des Etats-Unis d’Amérique sur Haïti s’ajoute à ceux déjà existants sur les pratiques en matière de droits humains pour l’année 2005. L’Ambassade américaine en Haïti estime que le Département d’Etat a franchi une nouvelle étape, qui dépasse la dénonciation des abus pour aboutir à la publication des mesures et programmes utilisés par les Etats-Unis dans le but de mettre fin à ces abus.

Les Etats-Unis d’Amérique ont avisé de la publication dudit rapport le 10 avril 2006, le jour même de la cérémonie d’investiture des membres du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), à laquelle l’agence en ligne AlterPresse n’a remarqué aucun officiel de l’Ambassade américaine. [do rc apr 11/04/2006 16:30]