Perspectives

Un des penseurs de l’Etat moderne, Eric Weil, à la portée des étudiants et étudiantes haïtiens


lundi 10 avril 2006

Notes de lecture

Par Vario Serant

P-au-P., 10 avril 06 [AlterPresse] --- Après Bourdieu, Eric Fromm, Jà¼rgen Habermas, Hérold Toussaint donne à présent à ses lecteurs à décrypter les concepts-clés de l’œuvre du philosophe allemand Eric Weil à travers un ouvrage qu’il vient de signer au Cap-Haïtien.

Ce quatrième essai du professeur Toussaint, qui est docteur en sociologie et détenteur d’une maîtrise en communication sociale, s’intitule « Violence et Etat Moderne. L’espoir de la raison en Haïti ».

Quatre ouvrages de suite répondant à une seule et même motivation de l’infatigable chercheur : « Permettre aux étudiants et aux non-spécialistes en sciences sociales de dialoguer avec des grands penseurs politiques ».

Selon l’auteur, « la lecture de Eric Weil peut nous aider à saisir l’angoissante complexité de notre environnement historico-politique de 1986 à nos jours ».

Résumant les idées-forces de Weil, Hérold Toussaint souligne que c’est le concept violence qui constitue le point de départ des réflexions philosophiques et politiques de celui-ci. Tout en croyant que l’homme sera toujours confronté à la violence, Eric Weil reconnaît, mentionne l’auteur, que « l’option pour la raison peut toujours mettre les hommes et les peuples à l’abri de la violence ».

Hérold Toussaint dialogue avec Eric Weil à travers un ensemble de thématiques et problématiques chers à ce dernier comme « violence et raison », « l’homme comme animal moral et politique », « les devoirs de l’homme », « société moderne et communauté de travail », « Histoire et modernité », « Fonctions de l’Etat moderne, Etat moderne », « Etat moderne, démocratie et discussion rationnelle ».

En conclusion de son nouvel essai, Hérold Toussaint émet « l’espoir de la raison ». Un espoir plutôt préconisé après un regard critique sur l’abandon par les gouvernements haïtiens successifs, pendant environ deux siècles d’histoire, du champ de l’éducation des « masses populaires dans la voie de la liberté raisonnable ».

Toussaint n’exprime pas pour autant un optimisme béat. A son avis, « Pour briser les murs de cette époque obscure et favoriser l’éclosion de nouvelles idées, pour féconder un espoir légitime chez les Haïtiens sur la terre haïtienne, il est impérieux de donner à la raison sa prééminence sur ce coin de terre ».

« S’interroger sur la justice, lutter pour que s’instaure le règne de la reconnaissance de l’autre, c’est se laisser guider par la lumière de la raison libératrice », estime le professeur Toussaint.

Dans la préface, la directrice de la Fondation Connaissances et Libertés (FOCAL), Michèle D. Pierre-Louis, relève la proximité des propositions tenues par les penseurs étudiés par Hérold Toussaint avec nos réalités. « Et comme pour les études précédentes, il nous somme de lire, de relire et de traquer le sens des propositions pas toujours faciles de ces auteurs qui du lieu lointain de leurs réflexions nous paraissent souvent étonnamment proches.

Et le docteur Pierre Louis de poursuivre : « Et c’est justement cette proximité dans ses aspects universalisables que le professeur Toussaint s’attache à souligner, en invitant ses étudiants et étudiantes à des travaux de recherche et des sujets de débat ».

La sortie de ce nouvel essai est d’autant plus salutaire que son achèvement semble avoir une « vertu thérapeutique » pour son auteur et traduire une sorte de résistance par celui-ci au règne de la violence sur fond de mépris social et d’irresponsabilité des uns et des autres.

En effet, l’auteur a été kidnappé devant sa résidence le mercredi 17 août 2005 au moment où il travaillait à la rédaction de ce livre autour de « la problématique de la violence et de l’Etat de droit à l’intention des étudiantes et des étudiants d’Haïti ». [vs apr 10/04/06 14:05]