1] Naufrage sur la cote Ouest d’Haïti : 19 morts 2] Mission d’enquête de l’OEA : les responsables politiques jusqu’à présent satisfaits 3] Grogne au sein de la base de Fanmi Lavalas 5] Document :
. Haïti : riziculteurs sans frontières (Texte de 1996 sur la plaine de Maribaroux, aujourd’hui réservée à une zone franche)
1] NAUFRAGE SUR LA COTE OUEST D’HAà TI : 19 MORTS
Le naufrage d’un petit navire le 15 avril près de l’île de la Gonâve, sur la cote Ouest d’Haïti, a fait 19 morts parmi les 22 passagers qui se trouvaient à bord. Les accidents sur ce circuit sont relativement fréquents. Concernant ce dernier naufrage, plusieurs hypothèses sont évoquées : surcharge du navire qui transporterait une forte cargaison de charbon, brusque perturbation des conditions météorologiques. Le gouvernement a annoncé qu’une enquête a été ouverte.
2] MISSION D’ENQUàŠTE DE L’OEA : LES RESPONSABLES POLITIQUES JUSQU’à€ PRESENT SATISFAITS
Les secteurs directement concernés par l’impasse politique en Haïti se disent tous satisfaits des travaux conduits jusqu’à présent en Haïti par des juristes de l’Organisation des Etats Américains (OEA) sur les violences du 17 décembre 2001 dans le pays. Une "tentative de coup d’état dénoncé par le gouvernement a été suivie de représailles contre l’opposition.
La Commission, formée des juristes Nicholas Liverpool, de la Dominique,
Roberto Flores Bermúdez, du Honduras et Alonso Gómez Robledo Verduzco, du Mexique, a déjà eu des entretiens avec divers secteurs et personnalités : le Président Jean Bertrand Aristide, le Premier Ministre Yvon Neptune, les membres de la Coalition d’opposition Convergence Démocratique et ceux de l’Initiative de la Société Civile (ISC).
Le gouvernement lavalas se dit prêt à fournir toutes les informations nécessaires a la bonne marche des travaux de la commission, dans le cadre des lois en vigueur en Haiti. Parallèlement, à la Télévision Nationale d’Haïti, des images sont diffusées tous les soirs pour étayer la thèse d’une "tentative de coup d’état" et montrer que les victimes ne se trouvaient pas seulement dans l’opposition.
La Convergence Démocratique, qui réclame justice et réparation, indique, pour sa part, avoir remis a la commission des documents montrant clairement la responsabilité du régime lavalas dans les violences du 17 décembre.
L’ISC déclare aussi avoir transmis un certain nombre d’informations a la commission. Le groupe souhaite que le rapport de la commission puisse véritablement éclaircir l’opinion publique sur ce qui s’est réellement passé en Haïti le 17 décembre dernier.
En attendant, un chanteur de variété, Pierre Raymond Divers, alias King Kino, qui a été pendant longtemps un proche du pouvoir lavalas, jette un pavé dans la marre. Il a affirmé à la station privée Radio Galaxie que derrière les opérations du 17 décembre, les autorités cacheraient une affaire de drogue. Si le chanteur-vedette est sur de ses propos, il devrait porter plainte par-devant les tribunaux, a réagi un porte-parole de la présidence, interrogé par l’agence Haïti Press Network. Des parlementaires lavalas ont qualifié King Kino d’opportuniste.
3] GROGNE AU SEIN DE LA BASE DE FANMI LAVALAS
Des membres de groupes liés au parti au pouvoir expriment certaines appréhensions suite a l’arrestation de Ronald Camille, dit Ronald Cadavre, proche de Fanmi Lavalas, arrêté le mois dernier pour meurtre. Ils craignent que le Président ait pris des engagements vis-a-vis de l’étranger pour les faire mettre en prison.
La semaine dernière, répondant à des questions de journalistes, le président Aristide avait déclaré que l’arrestation de Cadavre représentait un signal clair sur l’orientation prise par le pouvoir en place. Des responsables de groupes pro-lavalas ont lancé une mise en garde à Aristide, disant qu’ils sont prêts à se mobiliser contre toute autre arrestation dans leur secteur.
D’autre part, les changements entrepris ces jours-ci au niveau du personnel de l’administration publique et des pouvoirs locaux, suscitent aussi des remous. Ici et là , se sont produits des situations conflictuelles, mettant face à face les partisans des anciens fonctionnaires et ceux des nouveaux.
Par exemple, le maire de Hinche, Dongo Joseph, qui a été remplacé la semaine dernière, par arrêté présidentiel, a clairement déclaré qu’il ne reconnaissait pas cette décision. Au Ministère des Affaires Sociales, la nomination de Jean Paul Samedi comme Directeur Général a été rejeté ce 15 avril par les employés du Ministère.
Dans les quartiers, la tension sociale persiste. En début de semaine la population de Carrefour-Feuilles, banlieue sud-est de la capitale, a protesté contre le fait que les récentes promesses du Président Aristide d’entreprendre des travaux d’assainissement dans le quartier, n’aient pas été suivies d’effets.
Pour divers motifs, des mouvements de protestation ont été enregistrés ces derniers jours dans plusieurs régions du pays. Cependant la paix est revenue dans le quartier de la Saline, banlieue nord de la capitale, ou des groupes rivaux se sont récemment affrontés. Dans ce contexte, la police a parlé d’une opération de désarmement qui n’a toujours pas débuté.
4] EN BREF :
Les autorités gouvernementales et judiciaires annoncent que des démarches sont en cours pour permettre la reprise de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Jean Dominique par le juge Claudy Gassant. Le juge Josiard Agnant, a qui le dossier a été remis en Janvier dernier, a démissionné. Mais les débats houleux se poursuivent au Sénat autour de la levée de l’immunité du sénateur Dany Toussaint, principal accusé dans cette affaire. Le Président du Sénat, Fourel Celestin, estime qu’il faut des preuves convaincantes avant d’entreprendre toute procédure pour la levée de l’immunité du parlementaire. En fin de compte, il y a les déclarations du chanteur de variété, Pierre Raymond Divers, alias King Kino, ancien proche du pouvoir lavalas, qui a fait savoir que l’exécuteur de Jean Dominique serait un fonctionnaire encore actif au palais national.
L’ancien Général Prosper Avril a été arrêté ce 15 avril a Port-au-Prince, quelques instants après avoir été libéré sur ordre de la justice. Avril était emprisonné depuis un an sous l’accusation de complot contre la sûreté de l’état. La nouvelle arrestation de l’ancien Chef militaire a été effectuée en rapport avec le massacre, en mars 1990, des paysans de Piatre, localité située a une centaine de kms au nord de Port-au-Prince.
5] DOCUMENT :
Haïti : riziculteurs sans frontières
Le texte qui suit a été publié par l’agence Syfia, en avril 1996, sous la plume du journaliste Ives Marie Chanel. A cette époque, il était question de remettre en valeur les terres de la plaine de Maribaroux, dans le Nord-Est, destinée aujourd’hui à recevoir une zone franche.
(SYFIA-Haïti) Au nord de l’île d’Haïti, des paysans passent chaque jour la frontière pour aller travailler dans les rizières et les plantations de canne à sucre de la République dominicaine. En attendant que le gouvernement haïtien se soucie de leur sort.
Depuis dix ans, faute d’eau et d’encadrement, les rizières ont disparu de la plaine de Maribaroux, proche de la frontière avec la République dominicaine, à 340 km au nord de la capitale haïtienne, Port-au-Prince. Dans cette région, considérée comme l’une des plus pauvres d’Haïti, l’Etat est absent. Les organisations non gouvernementales aussi. Les paysans doivent accepter des prêts à des taux usuraires allant parfois jusqu’à 85 % pour réaliser des plantations qui ne donnent pas toujours la récolte espérée, victimes du soleil ardent ou des inondations.
Comme ses voisins et compagnons de champ, Pierre Antoine Jean n’arrive plus à produire sur ses 2,5 ha de terre. Pourtant, à 55 ans, il doit nourrir une famille nombreuse. De ses deux unions, sont nés seize enfants et le benjamin, âgé de six ans, n’a pas eu la chance comme six autres de ses frères et soeurs d’aller en classe.
" Nous ne pouvons rien produire. Il n’y a pas de banque de crédit agricole. Mais que voulez-vous, il faut bien continuer à vivre" , dit Antoine. Alors comme des milliers d’autres paysans de la région, il franchit chaque jour la frontière pour aller travailler dans les rizières ou les plantations de canne à sucre de Manzanillo et de Monte Christi, en République dominicaine. Dans ce petit état riverain, le tourisme en plein essor a attiré l’ancienne main-d’oeuvre agricole, laissant ainsi le champ libre aux Haïtiens. Les fermiers dominicains les apprécient. Ils peuvent les payer cinq fois moins que les autochtones. Mais pour les Haïtiens, ce salaire représente encore près du double de ce qu’ils gagneraient chez eux. Toutefois, en Dominique, le chemin qui mène jusqu’aux lieux de travail comporte bien des risques. Agriculteurs et soldats dominicains font régulièrement la chasse aux Haïtiens. Ils les pillent ou les tuent, croyant parfois avoir à faire à des voleurs de bétail, nombreux dans la région. "En janvier dernier, de nombreuses personnes ont été tuées sur la frontière par des soldats dominicains. Leurs cadavres ont été jetés en pâture aux chiens. Mais le gouvernement haïtien ne réagit pas" , affirme Jean Delaneau, Président de la fédération des planteurs de Maribaroux.
"Président de la savane "
Ces migrations quotidiennes forcées sont de plus en plus courantes, à mesure que la misère gagne du terrain dans cette région d’Haïti. La forte densité de la population limite à 0,3 ha en moyenne la surface cultivable par habitant. Les 15 000 ha de terres du domaine de l’Etat, abandonnées depuis 1984, après avoir été louées et exploitées par des compagnies nord-américaines pour la production de sisal et l’élevage, sonnent comme une provocation. Depuis peu, 2500 ha d’entre elles sont occupés par l’Association des petits planteurs du Nord-est (APPNE) qui regroupe 2000 agriculteurs. Ils y pratiquent des cultures vivrières, avec des moyens de fortune et sans aucun titre.
Dernièrement, le Président haïtien, René Préval, a effectué une visite dans la région de Maribaroux. Debout, pelles et machettes brandies, les paysans lui ont réservé un accueil chaleureux. C’est la première fois qu’un chef d’Etat venait chez eux. Celui que certains appellent le "Président de la savane" , en raison de ses nombreuses tournées en province, était venu s’enquérir du programme de relance de la riziculture dans le pays. Dans ce cadre, un petit système d’irrigation sera réhabilité dans la plaine, permettant de cultiver du riz sur 600 ha. Une lueur d’espoir pour ces paysans. (Yves-Marie Chanel - SYFIA N°87 - avril 1996)