Le courage d’inventer, le savoir de construire ensemble

Declaration du Comite Executif haitien de l’Assemblee des Peuples de la Caraibe

3 fevrier 2003

En cette année 2003 qui rappelle des moments fondamentaux de notre histoire de Peuple nous avons de puissants défis à relever.

Entre 1791 et 1803 se développe un mouvement dominé par la soif de dignité et de liberté qui a conduit à l’abolition de l’esclavage et à l’émergence de puissantes aspirations de modernité, de justice et de liberté. Ces idéaux portés par de nombreux secteurs de la population n’ont jamais pu se sédimenter à travers de nouveaux rapports sociaux et un projet concret de nation.

Nous nous engageons solennellement à reprendre la geste audacieuse de nos ancêtres en nous attelant à la tâche de construction de notre nation.

Cette construction exige la création de nouveaux liens de sens avec notre passé, des ruptures avec notre présent fait d’incapacités et de cycles répétitifs de l’échec. Elle exige aussi une courageuse projection vers l’avenir en inscrivant dans le réel une modernité qui nous est propre en rupture avec la société centrée sur l’économique, la société de consommation de masse, le règne de l’exploitation, de la marchandisation de la vie et de l’avilissement de l’humain.

Nous devons être capable d’inventer une nouvelle civilisation de la simplicité basée sur le respect de soi, des autres et de la nature comme nous l’apprennent chaque jour, quoique souvent de façon contradictoire, les pratiques de solidarité concrète de la paysannerie et des couches populaires urbaines.

Nous nous engageons dans nos pratiques individuelles et collectives à rompre avec la dynamique d’apartheid, d’exclusion, de marginalisation et de sur-exploitation qui sont le fondement même d’une Haïti à 2 vitesses. La construction nationale exige l’intégration nationale autour de nouvelles valeurs de solidarité collective.

Nous nous engageons à construire une société démocratique, souveraine, fidèle à sa tradition rebelle, basée sur la dynamique de la participation réelle des couches majoritaires à la gestion du pays. Cette démocratie fera sienne les principes de recherche continue de constitution de la citoyenneté, d’équité dans les relations de genre et de respect des droits collectifs et individuels et des droits économiques, sociaux et culturels.

Nous nous engageons à travailler pour sortir de plus de 500 ans de solitude en établissant de nouveaux liens de coopération avec les autres pays de la planète en dehors des rapports actuels de domination dans le cadre d’un partenariat solidaire. Nous devons casser notre mentalité insulaire et vaincre les obstacles qui nous empêchent de penser l’autre. En ce sens nous participerons activement à l’émergence d’une autre Caraïbe souveraine, égalitaire, équitable vivant dans la justice et dans la paix. Nous ne sommes pas seuls au monde, notre culture et notre histoire doivent acquérir un sens pour nous et pour les autres dans le processus de construction d’un monde meilleur aujourd’hui.

Nous nous engageons aujourd’hui à lutter sans relâche pour l’abolition de la pauvreté et des rapports économiques, politiques et culturels qui empêchent que nos ressources soient investies dans le cadre d’un processus d’émancipation collective.

Nous voulons rompre avec le pacte néo-colonial qui semble emprisonner les forces politiques de notre pays. Elles se limitent à l’exécution de projets définis ailleurs et leur horizon est bouché par les décisions impériales. Nous voulons une autre Haïti capable d’innovations et construite à partir d’un projet souverain.

Nous devons être capable de transformer notre génie de résistance par le marronnage en force nouvelle de propositions positives.

Nous sommes solidaires des mouvements sociaux qui cherchent à instaurer de nouveaux rapports dans le cadre d’une mondialisation de la solidarité et qui luttent contre la globalisation capitaliste.

Nous devons rompre avec les hideuses pratiques héritées du système colonial esclavagiste et reformulées sous la houlette d’Etat prédateur et néo-colonial et que nous avons su reproduire : le mépris de notre pays de notre culture du créole et de nous-même, le métayage, les restavèk, les grands seigneurs, l’autocratie, le sectarisme, le régionalisme, la zombification, les viols, le bovarysme collectif, les préjugés et discriminations de toutes sortes.

Mobilisons nous pour une Haïti nouvelle et entrons dès aujourd’hui dans la culture du savoir-construire ensemble. Un nouveau départ pour Haïti !!

Pour le Comité Exécutif National de l’APC

Camille Chalmers et Alzi Henrilio