Les droits des immigrés haïtiens en République Dominicaine encore sur le tapis

P-au-P., 20 déc. 05 [AlterPresse] --- La question des droits des immigrés haïtiens en République Dominicaine est revenue encore à l’ordre du jour, dans la capitale haïtienne, à l’occasion du 18 décembre, consacré Journée Internationale des Migrants, a constaté l’agence en ligne AlterPresse.

Par une manifestation devant son siège social à Port-au-Prince dans l’après-midi du dimanche 18 décembre 2005, le Groupe d’Appui aux Réfugiés et Rapatriés (GARR) a voulu rendre hommage au révérend Père belge Pierre (Pedro) Ruquoy, contraint, à la suite de menaces sur sa personne, à regagner la Belgique le 17 novembre 2005, après 30 ans de pastorale dans les bateyes de la République Dominicaine.

Campant le prêtre catholique romain comme un farouche défenseur des droits humains, en particulier des droits des ressortissants haïtiens persécutés en territoire voisin, l’organisation SANT PON AYITI a regretté que les menaces de mort persistantes et les actes de violences, dont il faisait l’objet, ont motivé les supérieurs ecclésiastiques du père Ruquoy à le rappeler de ses fonctions en novembre dernier.

Pierre Ruquoy, qui a été à l’origine de Centro Puente en République Dominicaine en 1994 et de Sant PON AYITI en 1996 en Haïti, symbolise la solidarité avec la cause des migrants, a souligné Brigitte Canoïs, coordonnatrice de Sant Pon Ayiti au cours de la soirée-hommage du 18 décembre 2005 au prêtre belge.

Le GARR, qui considère le départ de Ruquoy comme une perte pour les deux pays partageant l’Ile, a recueilli des signatures de toutes celles et tous ceux qui voulaient apporter leurs témoignages, au bas d’un texte et d’un registre spéciaux [devant être acheminés à Pierre Ruquoy en Belgique], sur l’engagement du prêtre catholique en faveur de la cause des migrants haïtiens en République Dominicaine.

« Avec le départ du père Pedro Ruquoy, Haïti et la République Dominicaine auront perdu l’un des alliés les plus dévoués et partisans de l’émergence de nouveaux rapports harmonieux entre les deux peuples. En Haïti, il aura laissé le souvenir d’un défenseur de la liberté d’expression et du droit à l’information du peuple haïtien aux pires moments de nos turbulences », estime l’organisme de défense des droits humains.

Outre des déclarations de personnes ayant vécu sur le territoire de l’Est de l’île, le GARR a exposé des images traduisant les tortures subies par les migrants haïtiens en République voisine.

De son côté, au cours d’une Journée Portes Ouvertes le 19 décembre 2005 à Port-au-Prince, la branche en Haïti de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a tenu à attirer l’attention du gouvernement intérimaire et de la société sur les impacts sur de phénomène mondial que représente la migration.

L’OIM-Haïti se penche aujourd’hui sur un programme de renforcement des capacités de réponses des autorités nationales à l’égard des travailleurs migrants entre Haïti et la République Dominicaine, a révélé sa cheffe de mission, Maureen Achieng.

Cependant, 5 ans après l’adoption, par les Nations Unies le 4 décembre 2000 de cette journée internationale, la République d’Haïti n’a pas encore ratifié la Convention des Nations Unies sur la Protection des Droits de tous les Travailleurs Migrants et des Membres de leur Famille, déplore le GARR.

Or, la proclamation d’une Journée Internationale des Migrants par les Nations Unies est une avancée importante, offrant un point de ralliement pour quiconque à travers le monde est concerné par la protection des travailleurs étrangers, rappelle le groupe.

« Les Etats invités et tous les Etats membres des Nations Unies, les organisations intergouvernementales et non gouvernementales, observent cette journée en fournissant des informations sur les Droits Humains et sur les libertés fondamentales des migrants, en partageant les expériences, et en entreprenant des actions qui assurent la protection des migrants », poursuit le GARR.

La Journée Internationale des Migrants devrait être l’opportunité de reconnaître les contributions faites par des millions de migrants aux économies et au bien être des pays d’accueil et de départ, et de promouvoir le respect de leurs droits humains fondamentaux.

C’est en ce sens que Wilbert Dauphin, un représentant de l’Organisation Nationale pour les Migrations (ONM) a tenté de brosser, lors de la Journée Portes Ouvertes de l’OIM le 19 décembre 2005, un historique de la migration des travailleurs migrants ainsi que les relations directes entre la migration et le développement dans les pays d’origine.

Des dispositions légales adéquates devraient être prises en vue de réguler la migration de la main-d’œuvre haïtienne au bénéfice d’Haïti et des pays voisins, a souhaité Dauphin.

Le 12 décembre 2005, en signe de protestation contre la visite du président dominicain Leonel Fernandez Reyna en Haïti, des manifestants ont dénoncé, devant le palais national à Port-au-Prince, les violences dont sont l’objet les ressortissants haïtiens en territoire voisin. Ils ont même lancé des pierres sur le cortège du président dominicain provoquant le départ précipité de Fernandez du pays, une attitude condamnée par le ministère haïtien des Affaires Etrangères.

Quarante-huit heures avant sa visite dans le pays, Fernandez, qui s’inscrira en faux plus tard contre ces déclarations, a qualifié de "corrompues" les autorités haïtiennes, selon les propos rapportés par la BBC. De retour à Santo Domingo, le président dominicain s’est refusé à mettre sur le compte des autorités haïtiennes les incidents survenus au cours de sa visite du 12 décembre à Port-au-Prince.[lf vs rc apr 20/12/2005 17 :00]