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Enjeux de l’accession d’Haïti au Conseil Economique et Social des Nations Unies

Par Pierre Richard Cajuste

Soumis à AlterPresse le 4 novembre 2005

Le 17 Octobre 2005, l’Assemblée générale de l’ONU a élu Haïti parmi les dix huit (18) pays membres du Conseil Economique et Social (ECOSOC), qui siégeront à partir du 1er janvier 2006, pour une durée de trois (3) ans. La crise politique haïtienne semble éclipsé cet évènement relativement important pour le devenir du pays.

Cette élection est l’aboutissement d’un processus qui a commencé depuis septembre 2002
à la Mission Permanente d’Haiti. Elle pourrait permettre à Haïti de jouer un rôle plus actif sur l’échiquier international et assurer une meilleure présence au sein de l’organisation.
Depuis 1999, l’ECOSOC s’est engagé dans le « Dossier Haïti ». La résolution (1212/1998) du Conseil de Sécurité avait invité les organismes et institutions des Nations Unies, en particulier le Conseil Economique et Social, à contribuer à l’élaboration d’un programme d’aide à long terme à Haiti.

Au delà des questions politiques et de sécurité, la communauté internationale est d’avis que l’accent doit être surtout mis sur la dimension sociale du problème haïtien. La résolution 1999/4 du 7 mai 1999 de l’ECOSOC qui a créé le Groupe Consultatif Ad Hoc est en ce sens très significatif puisque sa mission est de formuler des recommandations sur les dispositions à prendre pour que l’aide internationale à Haiti soit suffisante, cohérente, bien coordonnée et efficace. (Réf. E/1999/103.). Toutefois, l’instabilité politique n’a permis au groupe de fonctionner seulement pendant une période de trois (3) mois.

Après le départ du président Aristide en Février 2004, le gouvernement intérimaire a demandé à l’ECOSOC de réactiver le Groupe. Cela a pris effet lors de la Session de Fonds de 2004. (Réf. Décisions 2004/52 du 23 juillet 2004 et 2004/322 du 11 novembre 2004.) Par lettre en date du 27 juin 2005, destinée au président de l’ECOSOC réf. E/2005/86, le Chef du gouvernement intérimaire a fait savoir que son gouvernement a pris la disposition de constituer une cellule de réflexion stratégique un « think tank » dont le mandat sera de définir le contenu du programme a long terme et de travailler en étroite collaboration avec le « Groupe Consultatif Ad Hoc. »

En réitérant cette demande le gouvernement intérimaire a, sans nul doute, engagé le pays dans une autre forme de coopération sensible ,dans la mesure ou un organisme international est invité à préparer pour le compte de l’actuel et des futurs gouvernements haïtiens des programmes à long terme de développement.

Haïti est devenu membre de L’ECOSOC au même moment où il existe un point sur Haïti à l’ordre du jour de l’agenda de cet organe, le fonctionnement d’un Groupe Consultatif Ad Hoc et le projet d’établissement de la Commission de Consolidation de la Paix comme organe subsidiaire de l’Assemblée générale.

Importance de l’ECOSOC pour Haiti

En tant qu’organe principal de l’ONU il est chargé de la coordination des activités économiques et sociales de l’Organisation. Il faut préciser que le Conseil Economique et Social n’est pas une agence de développement en terme concret de financement. Il n’a pas cette compétence en tant qu’organe intergouvernemental. En fait, c’est une structure de plaidoirie très forte qui débat les questions au sens large en s’adressant aux agences de l’ONU et aussi en créant une influence considérable par sa fonction de coordination.
Haiti se trouve dans une situation socioéconomique très difficile.

Il est triste de constater la situation infrahumaine dans laquelle vit plus de la moitie de la population. La pauvreté reste une dure réalité. La faute en revient en grande partie a nos dirigeants qui n’ont pas su mener à terme les politiques et programmes nécessaires afin d’accélérer la croissance et éradiquer la pauvreté. C’est aussi la responsabilité de l’international qui à travers le temps a imposé des stratégies qui ont causé de graves torts à Haïti mais aussi a d’autres pays en développement.

Haïti peut profiter de sa présence à l’ECOSOC pour lui permettre de participer directement aux éventuelles décisions qui concernent la nation et de les orienter suivant les réalités locales et les véritables besoins nationaux. A ce titre, il ne faut pas perdre de vue le « document de stratégie pour la réduction de la pauvreté » (DSRP) qui, selon la communauté internationale, pourrait être le carnet de route du nouveau gouvernement élu. Il s’inscrit en droite ligne dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

La mise en œuvre d’un tel document réclame la participation des différentes composantes de la société c’est-à -dire, une large participation des pouvoirs publics, des donateurs, des ONG, des organisations de la société civile, du secteur privé etc.

Haiti n’est doté jusqu’ici d’aucun plan de développement à moyen terme et a long terme, les planifications sont toujours de courte durée. Notre crédibilité en tant que partenaire de développement et partenaire économique peut être rétabli par une autre forme de gouvernance en profitant du nouvel élan manifeste par la communauté internationale dans la logique de la lutte contre la pauvreté. On a pour exemple le sommet du millénaire et les grandes conférences et sommets des Nations Unies, entre autres, le sommet de Johannesburg sur le développement durable en 2002, la Conférence sur le financement du développement organise à Monterrey (Mexique).

L’objectif est de forger un partenariat mondial en vue de la mobilisation de ressources pour le développement. Pour nous en Haiti il se pose un grave problème. Pour de multiples raisons on refuse d’adresser les vraies questions que confronte la nation. Pour des raisons peut être d’ordre historique nous avons notre façon d’aborder l’international. En fait, depuis 1998 le Système des Nations unies, les donateurs bilatéraux et les institutions internationales ont révisé leurs programmes d’aide en faveur des pays pauvre. La banque mondiale et le FMI ont de façon significative changer leur politique vis a vis des pays en voie de développement. On est à l’heure de la responsabilité partagée.

L’ECOSOC est un forum international important. Nous pourrions saisir cette occasion pour faire certains réajustements, susceptibles de mettre le pays sur la voie des objectifs du Millénaire. En ce sens le groupe consultatif ad hoc comme défini dans son rapport E/2005/66 peut :

1) Aider à maintenir la mobilisation de la coopération bilatérale et multilatérale en faveur d’Haiti ;

2) Mobiliser la participation significative et coordonnée des organes, fonds et programmes d’aide des Nations Unies en faveur du pays, de concert avec les institutions de Bretton Woods ;

3) Contribuer à la défense des aspects socioéconomiques du programme de démobilisation, de désarmement et de réinsertion et à rechercher des ressources 5) Promouvoir une transition sans heurts du stade de la mission intégrée de l’ONU à un développement économique viable lorsque le mandat de la MINUSTAH aura pris fin.

4) Jouer un rôle actif de plaidoyer au niveau intergouvernemental en faveur de la réduction de la pauvreté chronique en Haiti et suivre les mesures prises dans ce domaine ;
INTERACTION ECOSOC/COMMISSION DE CONSOLIDATION DE LA PAIX
la « Déclaration finale » du Sommet de 2005, entérinée par 191 Chefs d’Etats et de gouvernement à New York le 16 septembre dernier, prévoit la création, d’ici la fin de l’année, de la Commission de Consolidation de la Paix (CCP) comme organe subsidiaire de l’Assemblée générale.

L’établissement d’un tel organe est motivé par le constat suivant : la majorité des Etats qui ont connu des conflits, retombent dans des crises quelque temps après le départ des opérations de maintien de paix des Nations Unies. A titre d’exemple on peut citer les cas d’Haïti, du Burundi, de Sierra Leone etc.

Le rôle de la Commission de Consolidation de la Paix, serait de consolider la paix et la stabilité politique dans des Etats connaissant des situations post-conflits, en jetant les bases du développement socioéconomique durable, mais également en travaillant au renforcement des institutions démocratiques (Police, justice, administration publique, formation de cadres). Les causes profondes identifiées de résurgence des conflits et des convulsions sociopolitiques demeurent les situation d’extrême pauvreté des populations de ces Etats, évoluant dans des conditions matérielles infrahumaines d’existence. Or, la CCP pour ce faire aura à travailler de concert avec les organes intéressés du système des Nations Unies, dont l’ECOSOC et les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale).

Les discussions informelles aux Nations Unies identifient déjà Haiti comme le « cas pilote » de la CCP. Après le rétablissement des institutions démocratiques le 7 février 2006, la communauté internationale est en train d’envisager un programme de stabilisation post-électoral comprenant la formation des autorités locales, la reforme administrative, la formation des nouveaux élus, la réforme de la justice, la création d’un Conseil électoral permanent, mais aussi le développement socio-économique.

La pauvreté grandit au rythme du manque d’investissement, les conditions sociales sont, de jour en jour, plus dégradantes. La situation du pays est très préoccupante. Alors que faire ? Cette coopération, comme nous l’avons dit plus haut, combien sensible peut être aussi nécessaire, si l’on tient compte des problèmes structurels que traverse le pays.

La Diplomatie haïtienne, de son coté, doit se mettre véritablement au service du développement et se démarquer du clientélisme politique. Nos Missions, comme notre Représentation diplomatique auprès des Nations Unies devrait être dotée des cadres compétents, imbus des grands dossiers de relations internationales.

La Mission doit servir de relais entre les autorités nationales et les organes du Système des Nations Unies. Les Ministères des Affaires Etrangères, de la Planification et de la coopération Externe et la « Cellule de stratégie » créée par le gouvernement intérimaire devrait dès maintenant établir un minimum de coordination, pour une meilleure articulation de la position d’Haïti.

Nous sommes d’avis que le développement d’Haiti exige un engagement sérieux à long terme, aussi bien du coté haïtien que de celui de nos partenaires étrangers.

Pierre-Richard Cajuste
e-mail : cajuse2000@yahoo.com