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17 octobre 2005

Pauvreté : Un bilan plus lourd que celui des deux guerres mondiales

Message de Monsieur Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO,
à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté

Soumis à AlterPresse le 14 octobre 2005

Entre 1990 et 2004, on estime que la pauvreté a causé dans le monde la mort de 270 millions d’êtres humains, soit quatre fois plus que le nombre des morts des deux guerres mondiales.

Bien que des progrès aient été enregistrés ces dernières années, les chiffres demeurent accablants et nous placent devant un défi éthique à relever sans plus attendre. Entre 1990 et 2001, les taux de pauvreté absolue ont rapidement chuté dans de nombreux pays d’Asie (passant, par exemple, de 39,4 à 29,9 % en Asie du Sud), ils ont diminué lentement (de 11,3 à 9,5 %) en Amérique latine, mais ils n’ont guère évolué en Afrique du Nord et en Asie occidentale et ont augmenté, en partant d’un seuil assez bas, dans les économies en transition de l’Europe du Sud-Est et de l’ex-Union soviétique. En Afrique subsaharienne, qui affiche les taux de pauvreté les plus élevés du monde, le taux de pauvreté absolue est passé de 44,6 % en 1990 à 46,4 % en 2001.

Il apparaît donc que, si les taux de pauvreté ont diminué dans certaines régions, ils sont en augmentation dans d’autres. De toute évidence, il est impératif et urgent que les efforts de lutte contre la pauvreté se poursuivent et que tous les aspects de celle-ci soient pris en compte. La communauté internationale s’y est d’ailleurs engagée en adoptant la Déclaration du Millénaire et cet engagement a été réaffirmé par les dirigeants politiques mondiaux lors du Sommet mondial tenu aux Nations Unies, à New York, en septembre 2005.

Pour sa part, l’UNESCO est résolue à faire face au défi de la pauvreté en tirant parti de tous ses domaines de compétence, et en particulier par le biais de l’éducation. La déclaration suivante, qui figure au paragraphe 43 du Document final du Sommet, est donc particulièrement encourageante : « Nous soulignons l’importance décisive de l’éducation, aussi bien scolaire qu’extrascolaire, pour l’élimination de la pauvreté et la réalisation des autres objectifs de développement prévus dans la Déclaration du Millénaire, et en particulier l’importance de l’enseignement élémentaire et de la formation de base pour l’élimination de l’analphabétisme, et nous attacherons à développer l’enseignement secondaire et supérieur, ainsi que l’enseignement professionnel et la formation technique, des filles et des femmes en particulier, à valoriser les ressources humaines, à mettre en place des infrastructures, et à autonomiser ceux qui vivent dans la pauvreté. Nous souscrivons au Cadre d’action de Dakar adopté au Forum mondial sur l’éducation en 2000 et notons l’importance que revêt la Stratégie pour l’élimination de la pauvreté, en particulier de la pauvreté absolue, définie par l’UNESCO pour appuyer les programmes de l’Initiative Education pour tous et contribuer ainsi à rendre l’enseignement primaire universel d’ici à 2015, comme prévu par les Objectifs du Millénaire pour le développement ».

Le lien entre l’éducation, en particulier l’Education pour tous (EPT) et les efforts de lutte contre la pauvreté, d’une part, et le programme mondial en faveur du développement, d’autre part, ne saurait être plus clair. En vérité, en l’absence de progrès décisifs dans la réduction de l’analphabétisme, dans l’élargissement des possibilités éducatives et dans l’amélioration de la qualité de l’éducation, il est difficile de voir de quelle manière la pauvreté pourra être éliminée ou comment le potentiel de développement de tous les pays pourra se concrétiser.

En cette année où l’UNESCO célèbre son soixantième anniversaire par un cycle de 60 semaines de sensibilisation, de promotion, de débat et de mobilisation, l’Organisation a dédié la semaine qui débute le 17 octobre à la lutte contre la pauvreté. Des manifestations se dérouleront au Siège et dans les bureaux hors Siège. La détermination de l’UNESCO à lutter contre la pauvreté, et en particulier l’extrême pauvreté, par le biais de ses activités dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la culture, de la communication et de l’information, sera mise en relief, comme le seront ses partenariats avec les gouvernements, les institutions spécialisées des Nations Unies, la société civile et le secteur privé.

Pour l’UNESCO, l’élimination de la pauvreté est à la fois un impératif éthique et un impératif de développement. La pauvreté est un déni du développement humain et elle est, de ce fait, contraire aux valeurs et aux principes fondamentaux sur lesquels repose l’UNESCO. En cette Journée internationale de 2005 pour l’élimination de la pauvreté, je veux réaffirmer l’engagement pris par l’UNESCO de faire tout ce qui est en son pouvoir pour libérer le monde du fléau de la pauvreté.