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La nouvelle phase de la lutte pour l’indépendance et pour la réforme de l’UEH : En quoi consiste-t-elle ?

Extrait d’une édition spéciale du bulletin "UEH en Lutte", decembre 2002

Au dernier jour du mois de novembre, on admettait difficilement qu’on entrait dans une nouvelle phase de la lutte au sein de l’UEH : il n’y avait pas encore de communiqué officiel pour formaliser le retrait de celui de juillet et la Cour d’Appel n’avait pas encore annulé le jugement du tribunal des référés. Maintenant que ces questions sont réglées, il faudrait avant tout autre chose sortir de cette situation qui a servi de prétexte à l’intervention intempestive du pouvoir exécutif dans les affaires de l’université, en conséquence élaborer notre propre projet de loi et achever le processus électoral. Par la même occasion, il faudrait organiser ce grand débat sur la réforme qui doit se conclure par la tenue des états généraux de l’UEH. Dans la mesure où les dirigeants à élire auront à conduire la réforme, dans la mesure où la loi sur l’université servira de cadre à cette réforme (puisqu’elle définira notre concept d’université à instituer), ce débat doit précéder l’élection et l’élaboration de notre projet de loi.

La menace de mise sous tutelle a provoqué un réveil inattendu de l’université ; un regain d’intérêt des étudiants et des professeurs pour les problèmes de l’université. Il ne faut pas laisser passer ce temps pour qu’à nouveau, l’université soit replongée dans la torpeur. Il faut en profiter pour mettre l’université sur la voie de la réforme. Donc, on a des arguments pour maintenir la mobilisation sur le plan à la fois interne et externe.

Lutte interne

Au niveau interne, la mobilisation consiste en une lutte de l’université contre elle-même c’est-à -dire une lutte des secteurs progressistes de l’UEH contre tout facteur, tout élément (individu ou groupe) de blocage, tout esprit sectaire qui empêche le développement dans les entités de ce qu’on pourrait appeler un certain « sens de l’université ». Elle consiste à faire bouger le Conseil de l’UEH.

Si la mobilisation s’éteint, le Conseil va se replonger dans la routine d’avant la crise. Les étudiants et les professeurs doivent le tenir sous pression pour le porter à achever dans un délai raisonnable le processus électoral au niveau du rectorat. La mobilisation doit agir sur le Conseil (peut-être contre lui) mais aussi avec le Conseil. C’est ainsi qu’au niveau de la base ou plus précisément de certaines bases ( à peu près trois entités ), on doit s’assurer d’une représentation régulière au niveau du CU (que ce soit du coté des professeurs, des étudiants, que ce soit du coté des doyens ou des conseils de direction).

La réforme n’est pas l’affaire du seul Conseil de l’Université, ni d’une commission. C’est pourquoi les pressions de la mobilisation doivent être orientées dans le sens d’une plus grande implication de la base (étudiants et professeurs) dans les débats sur la réforme. Les assemblées des professeurs, des étudiants et les assemblées mixtes doivent instituer leurs propres commissions afin de recueillir les vues des membres des différents corps et les porter devant le Conseil.

Le Conseil de l’Université doit faire venir une équipe d’experts étrangers et haïtiens pour l’évaluation de l’UEH, une autre équipe pour l’élaboration d’un plan quinquennal de réforme. Ces équipes doivent travailler en vertu des commandes faites par l’université. Les documents soumis par les experts doivent faire l’objet des débats des états généraux de l’UEH (qui pourraient avoir lieu avant les élections).

Lutte externe

Sur le plan externe, on doit maintenir la pression sur les pouvoirs publics afin qu’ils donnent les moyens pour qu’on puisse réaliser cette étape pré-réforme ; nous devons engager la lutte pour l’autonomie financière, en réclamant une part (7%) du budget national que l’UEH devra gérer. Le plan quinquennal de réforme doit être financé hors du budget.

Le pôle démocratique et progressiste est dans une situation où le rapport de forces au sein de l’UEH est en sa faveur. On ne doit pas rater ce ï ©ï€¢ï€´ï „ï ï ˆ / kairós (ce temps exceptionnel et fugace) qui doit nous permettre de consolider les acquis de nos luttes c’est-à -dire renforcer l’indépendance de l’UEH et favoriser, structurer une plus large participation de la communauté à la gestion de la chose universitaire.

On ne doit pas se laisser intimider, complexer et ne pas accomplir des tâches que d’autres ne peuvent assumer à notre place. Ce que nous leur interdisons formellement lors même qu’ils se croiraient capables.

Cependant, on ne peut instituer la démocratie universitaire et s’engager dans la réforme dans l’indifférence totale par rapport à la lutte globale pour la démocratie et la modernisation du pays. Quoique nous devions rappeler que la lutte pour une université rénovée s’inscrit d’emblée dans cette lutte globale. L’éducation à la démocratie et dans la démocratie de futurs cadres des institutions publiques et des partis politiques est d’une importance vitale pour le pays. A l’université, nous avons la responsabilité de développer une culture de la démocratie face à la tradition autoritaire dominante dans notre histoire de peuple. En même temps, nous avons la responsabilité de l’instituer globalement.

Lutte globale

Ceci doit être clair pour tout le monde : nous avons rejeté le pouvoir en place qui est en train de se consolider comme un véritable pouvoir dictatorial. Faut-il, à cause de cela, être solidaire de tout groupe qui s’y oppose ? Parmi ces groupes, bon nombre, ayant été au pouvoir, ont eu à montrer leurs griffes, pour les uns et pour les autres, leur incapacité à mettre en œuvre des projets visant la sortie du pays et les masses populaires de leur état de « sous-développement ». Notre solidarité ne vise pas ces gens-là . Elle s’adresse aux masses populaires. Les actions menées autour de nos revendications ont représenté une invitation faite à elles pour qu’elles se mobilisent autour de leurs siennes propres. Leurs réponses ne se sont pas fait attendre. Soulignons tout de même que nous n’avons par là aucune prétention à assurer le leadership des luttes populaires. Comme l’UEH, tous les secteurs des masses populaires (ouvriers, paysans, coopératives, petits marchands…) doivent s’organiser pour combattre ce régime fasciste et pour opposer leur cahier de charges à tout autre gouvernement qui pourrait le remplacer.

Enfin, dans ces luttes menées au niveau des différents secteurs populaires, doit se construire notre alternative. L’alternative ne consiste pas à désigner des individus pour une prise immédiate du pouvoir. Il s’agit de mettre en place, à moyen ou long terme, un mouvement politique (formé à partir d’éléments progressistes des différents secteurs) qui aura à définir un programme politique autour des valeurs et idéaux de gauche : la république, la démocratie et le socialisme. Se posera alors la question du pouvoir.

UEH EN LUTTE / uehenlutte@hotmail.com