Perspectives

Quatorze ans après le coup d’État militaire de 1991, le renard libre dans le poulailler


vendredi 30 septembre 2005

P-au-P, 30 sept. 05 [AlterPresse] --- Les auteurs et commanditaires du coup d’état militaire du 30 septembre 1991, jouissent de la plus entière impunité, constate ce 30 septembre le Directeur exécutif du Centre œcuménique des Droits Humains (CEDH), Jean Claude Bajeux, à l’occasion du 14ème anniversaire de cet événement sanglant.

Selon Bajeux, le coup d’état de 1991 représente « l’une des plus grosses bêtises que l’Armée d’Haïti n’ait jamais commises de toute son histoire ». Bajeux croit que les protagonistes de ce coup de force pouvaient utiliser d’autres moyens pour régler leurs différends avec le président d’alors, Jean Bertrand Aristide.

Le coup d’Etat du 30 septembre 1991, dirigé par le général Raoul Cédras, avait fait plusieurs milliers de morts. Selon des informations disponibles, il avait été financé par des secteurs de la bourgeoisie haitienne et appuyé par des franges de l’establishment américain.

« Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque », lit-on dans une interview de Camille Chalmers, secrétaire exécutif de la PAPDA.

Chalmers affirme avoir « assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements ». A titre d’exemple, il cite la répression contre le mouvement paysan de Papaye (Est), qui fonctionne depuis les années 70.

Cette organisation avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel et des activités de reforestation. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale, a souligné Chalmers.

Quatorze ans, les victimes sont toujours en quête de justice, alors que certains acteurs du coup d’Etat militaire sont très actifs dans les processus politiques actuels.

« Je constate aujourd’hui la présence sur la scène politique de gens qui participaient activement à cette bêtise intolérable », s’indigne Jean Claude Bajeux.

Le militant des droits humains est d’avis qu’il est temps de sanctionner tous ceux-là qui commettent des exactions sur la population et qui empêchent le pays de s’engager dans la voie du progrès.

« Il faut commencer par sanctionner ceux qui méritent d’être sanctionnés, ainsi arrivera-t-on à réparer les torts causés par les Forces Armées d’Haïti et à conduire le pays dans la bonne direction », soutient Jean Claude Bajeux.

Le 11 août 2005, l’ancien responsable paramilitaire, Louis Jodel Chamblain, emprisonné sous des accusations liées à des crimes durant le coup d’Etat, a été libéré en vertu d’une décision de la Cour d’Appel de Port-au-Prince, sur la base de vice de forme.

La justice haïtienne l’avait condamné par contumace en l’an 2000 pour son implication dans un massacre en 1994 aux Gonaïves (Nord).

En février 2004, cet ancien paramilitaire était l’un des instigateurs de l’insurrection armée contre le régime lavalas de Jean Bertrand Aristide.

Au lendemain du départ d’Aristide, il a été accueilli à Port-au-Prince. Plus tard, sous la pression des organismes de défense des droits humains, Louis Jodel Chamblain s’était constitué prisonnier.

L’élargissement de l’ex-paramilitaire avait soulevé l’indignation des organismes de droits humains. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) rappelait que Chamblain est bien connu par tous pour son implication dans divers crimes commis dans le pays, dont le meurtre du commerçant Antoine Izmery en 1993, les massacres de Cité Soleil (Nord de la capitale) en 1993 et de Raboteau (localité des Gonaïves, nord de Port-au-Prince) en 1994.

La dissolution des Forces Armées d’Haïti en 1994 par le président Jean Bertrand Aristide, (actuellement en exil en Afrique du Sud), n’a pas aidé à la cessation des violations systématiques de droits humains dans le pays.

Quatorze années après le putsch de 1991, Jean Claude Bajeux croit qu’il faut laisser à la justice le soin de faire son travail en toute indépendance. [do gp apr 30/09/05 13 : 00]