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Rapport de la NCHR sur les évènements sanglants de lascahobas et belladère entre novembre et décembre

Une vive polémique s’installe entre le gouvernement et l’opposition, suite a de violents affrontements entre novembre et décembre à Lascahobas, a l’est du pays, qui ont fait 5 morts et des dégâts matériels importants. La Coalition Nationale pour la Défense des Droits des Haïtiens (NCHR) a enquêté sur le terrain et déclare que "les évènements survenus à Lascahobas sont le résultat d’une culture et d’une pratique d’intolérance politique et d’une polarisation de plus en plus prononcée de la vie politique dans le pays".

Rapport du NCHR - Décembre 2002

INTRODUCTION

La Commune de Lascohobas a été le théâtre d’événements sanglants à la fin et au début des mois de novembre et décembre 2002. La journée du 28 novembre est marquée par le meurtre à Quimpe 8 (Commune de Lascahobas) du Juge de paix de Belladère Christophe LOZAMA. Des officiels du Gouvernement montent au créneau pour dénoncer l’assassinat du juge Lozama, membre du parti au pouvoir, comme un crime politique perpétré par des militants de la CONVERGENCE DEMOCRATIQUE (regroupement politique de l’opposition). Ils dénoncent surtout le fait que le juge ait été tué dans l’exercice de ses fonctions.

Une certaine fédération nationale de magistrats se fait soudainement connaître au grand public par le lancement en trois (3) reprises de mots d’ordre de grève au niveau de tout l’appareil judiciaire pour protester contre ce crime odieux et exiger justice et réparation pour leur confrère assassiné. Cette fédération, paradoxalement, qui réclame justice de, on ne sait quelle autre instance, a paralysé l’appareil judiciaire au niveau des quinze (15) juridictions du pays pendant pratiquement trois (3) semaines.

Dans la foulée le commissariat de la ville de Lascahobas est attaqué dans la nuit du 10 décembre 2002. Le bilan est lourd :

- quatre (4) personnes tuées,

- des prisonniers libérés,

- des armes emportées,

- un véhicule de la police incendié.

La campagne de dénigrement déjà entamée contre les défenseurs des droits humains par les officiels de l’Etat et partisans du gouvernement s’intensifie. Les organisations de défense des droits humains sont accusés de n’avoir pas diligenté une enquête dans une zone où des partisans du pouvoir sont tués par des militants de l’opposition.

La NCHR qui avait déjà sollicité de ses moniteurs de terrain un rapport sur les circonstances de l’assassinat du juge de paix a décidé de déléguer sur place du 13 au 15 décembre une mission d’enquête.

Cette mission a rencontré :

A- A Belladère

1- Des représentants de l’Eglise Catholique dont le révérend Elisée DORESCA ;

2- Un représentant de la mairie et de FANMI LAVALAS en la personne de Monsieur Jean Robert BALDOMAIRE (maire assesseur nommé le 19 juin 2002) ;

3- Le commissaire de Police de la Commune, Monsieur Ernst DUMONT ;

4- L’épouse du défunt, Madame Islande Salomon LOZAMA (mère de quatre enfants et tutrice de l’un des quatre autres enfants de son mari) ;

5- Un journaliste de la RADIO ROTATION F.M. qui a requis l’anonymat.

B- A Lacahobas

1. Un représentant de Justice et Paix ;

2. Le moniteur local de la NCHR ;

3. Le responsable du Commissariat de Police de la Commune, M. Pierre SAMSON (agent 4) ;

4. Plusieurs personnalités (témoins du drame du 28 novembre2002) ;

5. Des victimes telles :

- Vedette JOSEPH (fille de Sincère JOSEPH, assassiné le 10 décembre 2002 ),

- Mme Sincère JOSEPH né Lauranise JEAN LOUIS,

- Dégrace FILS-AIME (mère de sept enfants, concubine de Dorsainvil LOUISSAINT, assassiné le 10 décembre 2002),

- Makens ANDRE (proche de la CONVERGENCE DEMOCRATIQUE qui a reçu une balle à la fesse gauche),

- Mirlande COLON, concubine de Peter Mead JOHNSON, alias Pitou .

6. Johnson CABOUET (Secrétaire général de FANMI LAVALAS à Lascahobas) ;

7. Monsieur Léonel DENIZARD (Juge de paix de Lascahobas) ;

8. Pierre André PIERRE LOUIS (Pasteur – Maire Lavalas de Lascahobas nommé le 4 avril 2002) ;

9. Deux (2) détenus :

- Jean Claude BAPTISTE,

- Caristène RUPHIN (pasteur de l’Eglise de Dieu de Lacolline).

La délégation a interrogé des passants, des marchands au marché de Belladère et a aussi eu l’occasion d’assister aux funérailles du juge Lozama . Ce rapport présentera un récit des faits à la lumière des informations recueillies sur place, des commentaires et des recommandations.

LES FAITS

Dans une lettre datée du 25 novembre 2002, des militants de la CONVERGENCE DEMOCRATIQUE ont notifié à la Police de Lascahobas la tenue d’une manifestation pacifique anti-gouvernementale pour le 28 novembre. L’itinéraire prévu en la circonstance est aussi communiqué à la Police : des manifestants partiraient de trois (3) localités avoisinantes Lacolline, Tifond et Quimpe, pour se rencontrer au Centre Ville. Un jour après, la Police dit avoir reçu une lettre de militants de FANMI LAVALAS pour une manifestation pro-gouvernementale. Coïncidence étonnante : cette manifestation devait être organisée le même jour, aux mêmes heures et suivre le même itinéraire que celle de l’opposition.

Le Maire de la ville, le Révérend Pierre André PIERRE LOUIS, demande à la Police d’interdire les deux (2) manifestations pour éviter un bain de sang. Le responsable du Commissariat confie avoir annoncé aux deux (2) groupes que la Police ne pourra pas garantir leur sécurité ce jour-là .

Au jour fixé pour la manifestation soit le 28 novembre, un groupe de quatre (4) hommes armés venant de Belladère prend la décision de bloquer toute manifestation anti-gouvernementale à Lascahobas. Ce groupe était composé de :

 Lozama CHRISTOPHE (juge de Paix à Belladère) ;

 Clénord SOUVERRAIN (Coordonateur de FANMI LAVALAS à Belladère) ;

 Jean Robert BALDOMAIRE (Maire assesseur de Belladère – membre de FANMI LAVALAS ;)

 Raphaà« l MATHURIN (ancien militaire affecté au CORPS DES LEOPARDS– membre de FANMI LAVALAS).

Ces hommes montés à bord de deux (2) motos se sont d’abord présentés à Tifond. Ils ont tiré en l’air et ont fait pression sur les gens qui commençaient à se rassembler. « Pa gen okenn manifestasyon kont Lavalas, kap fèt la a » ont-ils lâché ! ils ont réussi à empêcher le rassemblement de Tifond.

Ces mêmes individus se sont ensuite dirigés vers Lacolline où ils ont répété avec succès le même scénario. Quimpe était le dernier point de rassemblement où ils devaient intervenir. Ils se sont renforcés au centre ville de Lascahobas de quatre (4) autres motos montés par huit (8) personnes pour se diriger vers Quimpe. Il est à souligner qu’en sortant de Belladère ils ont traversé la ville de Lascahobas pour se rendre à Tifond. Il en a été de même de Tifond à Lacolline, comme c’est le cas de Lascahobas à Quimpe. Ceci laisse supposer que les manifestants de Quimpe étaient déjà avisés des interventions des partisans de FANMI LAVALAS dans les autres points de rassemblement de la manifestation. L’opération sera donc plus difficile à Quimpe pour les raisons suivantes :

ï‚· Les manifestants sont informés de ce qui s’est passé à Tifond et à Lacolline ;

ï‚· Les manifestants étaient déjà regroupés et prêts à descendre en ville ;

ï‚· Quimpe est la base de FONDEL (Fondasyon pou Devlopman Lascahobas), organisation proche de l’opposition. Cette organisation est dirigée par Roland DESIR, ingénieur, ancien major des FAD’H, ancien candidat à la députation aux élections du 21 mai 2000 et Serge ETIENNE, ancien militaire affecté au CORPS DES LEOPARDS.

C’est donc à Quimpe 8 que la situation a dégénéré et le juge de paix Christophe LOZAMA a trouvé la mort. Quelles sont les circonstances de ce meurtre ? Trois (3) versions différentes sont donc présentées :

 La première version des faits présentée par les partisans de FANMI LAVALAS accuse Serge ETIENNE d’avoir abattu de sang froid le juge de paix d’une balle d’un fusil M1. L’adjoint du Maire de Belladère, Monsieur Jean Robert BALDOMAIRE, présent sur les lieux, raconte qu’un membre de leur équipe, Raphaà« l MATHURIN (ancien militaire) ayant identifié son ami, Jean Claude BAPTISTE, dans le camp de l’opposition, l’a appelé et a causé avec lui pendant un bout de temps. Ce dernier a lancé des propos hostiles au Chef de l’Etat avant de se retirer. Ce à quoi Mathurin rétorqua : « c’est une preuve de démocratie si vous pouvez insulter le président ».

Baldomaire appela à son tour une autre personne du camp de l’opposition du nom de Caristène VINCENT, celui-ci a crié feu et Serge a tiré.

 La deuxième version des faits est présentée par les partisans de la CONVERGENCE DEMOCRATIQUE. Ils soutiennent qu’ils n’avaient pas d’armes et que les contre manifestants de FANMI LAVALAS s’étant mis à tirer dès leur arrivée à Quimpe, le Juge de Paix est mort d’une balle en provenance de l’arme de l’un de ses partisans. Ils mettent la mort du juge Lazoma sur le compte de la maladresse d’un tireur de son camp.

 La troisième version des faits nous est racontée par des personnalités indépendantes. Elles soulignent que l’équipe de Belladère a tiré d’abord en l’air pour disperser la foule. Le camp l’opposition a riposté et dans les échanges, le juge Lozama a reçu une balle. Du 28 novembre au 6 décembre 2002 des hommes vêtus de noir opèrent dans la zone de Lascahobas, entreprennent des opérations de fouille, soumettent la population à des actes d’intimidation.

7 décembre 2002

Le samedi 7 décembre 2002, un commando en provenance du Ministère de l’Intérieur avec à sa tête, Amos METELLUS, accompagné du Juge de Paix de Lascahobas, Monsieur Léonel DENIZARD, d’un policier du commissariat de Lascahobas et de quelques militants de FANMI LAVALAS, monte à Poulie en passant par Quimpe. A bas Quimpe, ils ont bastonné des gens qui se trouvaient dans une gageure, fouillé des maisons sur toute la route. Le temps mis dans la réalisation de ces opérations fournit aux habitants de haut Quimpe et de Poulie le temps de se mettre à couvert. Sincère JOSEPH, Louisdort DORSAINVIL et d’autres militants FANMI LAVALAS les ont accompagnés et les ont indiqués les maisons à fouiller et les personnes à traquer. Ce commando a procédé à l’arrestation de Mérsitaine MERILUS sous l’accusation d’avoir ravitaillé Serge ETIENNE dans le maquis et Daniel PROVIDENCE alias Michoune accusé d’avoir abrité des maquisards.

Mardi 10 décembre

Une attaque est lancée contre le commissariat de Lascahobas par des hommes armés vers 9h-10h P.M. Les assaillants ont tué de sang froid le nommé Jean Harry SIGUE à l’entrée de la barrière principale du commissariat. Ce dernier, ivrogne de renom, ayant refusé de se soumettre à l’ordre de coucher qui lui a été intimé. Les armes du commissariat ont été emportées, des prisonniers libérés et un policier a été contraint de conduire les assaillants à Los Pine (localité se situant entre Lascahobas et Belladère et parallèle à Quimpe) où ils ont incendié le véhicule de la Police et demandé au policier de regagner sa base purement et simplement.

Au cours de la même nuit, Sincère JOSEPH qui avait joué le rôle d’indicateur pour le commando du Ministère de l’Intérieur est tué d’une balle à la tête, non loin de sa maison, à Quimpe 8 après un bref échange avec ses tueurs qui l’ont appelé à rejoindre Cabouet et Rodrigue (deux dirigeants FANMI LAVALAS de la ville) pour une opération.

Louisdort DORSAINVIL, utilisé lui aussi comme indicateur par le commando du Ministère de l’Intérieur est tué d’une balle à la tête dans les mêmes circonstances à Haut Poulie.

Léonie LAVERNE, ancienne concubine de Serge ETIENNE, qui jouit d’une réputation d’indicatrice de Police depuis sa rupture avec l’ex-militaire du CORPS DES LEOPARDS, femme de toutes les combines, aux dires de ses voisins, est tuée d’une balle à la tête. Tels sont les faits.

BILAN

Les événements de Lascahobas ont fait :

 Cinq (5) morts : Christophe LOZAMA, Jean Harry SIGUE, Sincère JOSEPH, Louisdort DORSAINVIL et Léonie LAVERNE.

 Un (1) blessé par balle : Makens ANDRE alias Ti Mak blessé dans la nuit du 7 décembre 2002 par le commando d’Amos METELLUS, au moment où, une « perquisition »s’effectuait au domicile d’un professeur du Lycée de Lascahobas.

 Quatre (4) arrestations :

- Jean Claude BAPTISTE,

- Caristène RUPHIN,

- Daniel PROVIDENCE alias Michoune,

- Méristène MERIUS,

- Les deux (2) dernières personnes arrêtés sont libérées de force dans la nuit du 10 décembre 2002 au cours de l’attaque du commissariat et les deux (2) autres sont détenues à Mirebalais.

 Six (6) motocyclettes incendiées ;

 Soixante-dix (70) mandats d’amener sont émis par le juge de paix de Lascahobas et ce, uniquement pour le meurtre de M. Christophe LOZAMA ;

 Un (1) véhicule de la Police incendié ;

 Deux (2) maisons saccagées : celles de Serge ETIENNE et de Jean Claude BAPTISTE ;

 Une quinzaine de maisons fermées et abandonnées à Quimpe ;

 Trois (3) maisons abandonnées à Poulie dont celle de Léonie LAVERNE ;

 Une cinquantaine d’individus dans le maquis au centre ville de Lascahobas dont certains membres de FANMI LAVALAS pris de panique après les assassinats du 10 décembre 2002 ;

 Une centaine de personnes dans le maquis à Quimpe et à Poulie ;

 Une dizaine de personnes dans le maquis à Lacolline.

COMMENTAIRES

Les évènements survenus à Lascahobas sont le résultat d’une culture et d’une pratique d’intolérance politique et d’une polarisation de plus en plus prononcée de la vie politique dans le pays.

La tendance à l’exploitation politique desdits évènements est très grande. Les partisans de l’Opposition nient avoir fait usage d’armes à feu au cours de ces évènements tandis que le pouvoir et la Fédération Nationale des Magistrats tentent de faire passer le juge Lozama pour un enfant de Cœur, tué dans l’exercice de ses fonctions.

On prétend que le juge Lozama allait à Poulie (Lascahobas) enquêter sur une question de vol de moto. Cette affirmation est fausse pour les raisons suivantes :

ï‚· Poulie, localité relevant de la deuxième section de Lascahobas ne relève pas de la juridiction du Juge de Paix de Belladère.

ï‚· Le juge s’est déplacé sans greffier. Aucun des deux (2) greffiers du Tribunal de Paix de Belladère (Lacroix DIEUSEUL et Guy PERALT) n’accompagnait le juge.

ï‚· Il n’était pas accompagné d’agents de la force publique de sa juridiction, ni de celle de Lascahobas, mais de trois (3) autres hommes armés.

L’enquête révèle que le juge de Paix n’est pas mort dans l’exercice de ses fonctions mais au cours d’un échange de coups de feu dans le cadre de ses activités politiques. Cette affirmation est confirmée par les déclarations de Jean Robert BALDOMAIRE lui même : " Je ne sais pas pour les gens de Lascahobas qui nous accompagnaient mais, pour nous de Belladère, nous étions tous armés et avons tiré, sinon aucun de nous ne sortirait vivant."

Il confie que son arme a été égarée en prenant la poudre d’escampette et que c’est grâce à des membres d’une unité spécialisée de la Police qu’il a pu prendre la fuite et récupérer son arme. M. Baldomaire ne s’explique pas qu’il n’y ait même pas un blessé dans le camp de la CONVERGENCE DEMOCRATIQUE tant ils ont tiré.

La NCHR dénote une absence totale de volonté d’arriver à la manifestation de la vérité par un procès juste et équitable dans le cadre du dossier de M. Lozama. La tendance à la répression politique prime sur la recherche de la vérité. Les faits suivants confirment cette affirmation :

ï‚· L’autopsie du cadavre n’est pas pratiquée pour enlever tout doute sur le calibre de l’arme utilisée pour tirer.

ï‚· Soixante-dix mandats d’amener sont émis pour une personne tuée d’une seule balle.

ï‚· Des mandats sont émis contre des personnes habitant le centre ville ou Lacolline, loin du théâtre des évènements sous le seul motif qu’ils sont membres de l’opposition.

ï‚· Des personnes sont arrêtées de manière fantaisiste, sans motifs valables comme :

 Jean-Claude BAPTISTE, habitant au centre ville de Lascahobas, arrêté et détenu à Mirebalais. Selon le procès-verbal de constat dressé par le juge de paix de Lascahobas, M. Léonel DENIZARD, à la date du 30 novembre 2002, M. Baptiste est arrêté parce que, le jour des évènements, il questionnait les passants pour avoir des informations sur ce qui se passait à Quimpe.

 Caristène RUPHIN, pasteur de l’Eglise de Dieu de Lacolline, passait sur les lieux au moment de la levée du cadavre, il est libéré sur intervention du maire de Lascahobas. Au moment de se rendre dans sa localité à la station de véhicule, il a été appréhendé à nouveau parce que l’un des maires assesseurs a déclaré aux policiers ce qui suit : « pastè sa a nou lage la , si li te gen mwayen nan men l menm sa k pase Kenp la li tap fè l nan zòn Lakolin nan ».

ï‚· Des mandats d’amener sont émis, selon les termes du procès-verbal de constat dressé par le Juge de paix de Lascahobas contre des personnes « armées » (SIC) de pancartes portant des slogans tels :

" Respè pou jounalis yo… "

" Aristid Inivèsite a pa jaden papa’w… "

" Aristid=ensekirite + lavi chè + chomaj… "

" Pa gen eleksyon avèk Lavalas, chimè, Kidnapè…"

" Aristid koken …"

" Aristid ou bay twòp manti..."

" Nou bouke ak blòf ak manti..."

" Sispann tire sou elèv lekòl … "

" Jan Dominik, Bryòl Lendò fè nou mal.."

Il est donc clair que le pouvoir veut profiter du meurtre du juge Lozama pour faire de la répression politique dans la zone de Lascahobas.

Dans la zone de Belladère les autorités locales ont la réputation d’être complètement inféodées au pouvoir en place et sont souvent accusées d’excès de zèle ou de corruption.

Le jour des funérailles du juge Lozama, la police distribuait des maillots avec des slogans favorables au président de la république. On a constaté en outre que :

ï‚· Des policiers en poste portaient également ces maillots dans le commissariat de la ville en lieu et place de leur uniforme.

ï‚· Des bus ramenaient des partisans de FANMI LAVALAS en provenance d’autres régions.

ï‚· Les funérailles ont été chantées dans l’indifférence totale de la population à côté du marché public qui était pourtant fonctionnel.

ï‚· Certaines personnes se plaignaient, non du meurtre du juge, mais du fait que ce dernier leur a extorqué de l’argent et que dans certains cas ils n’ont même pas eu le temps d’avoir satisfaction .

Les évènements du 10 décembre (attaque contre le commissariat de Lascahobas et assassinat de quatre personnes au centre ville, à Quimpe et à Poulie) semblent être l’œuvre d’un groupe avisé qui serait cantonné dans la zone de Pernale. Ce groupe, à en croire le commissaire de police de la ville, M. Ernst DUMOND, serait en train de faire une expérience de guérilla. Notre interlocuteur estime que le mouvement de Pernale est un mouvement clandestin qu’il est difficile de qualifier. Ce mouvement n’a rien à voir avec l’opposition, mais n’est peut-être pas suffisamment rodé pour se révéler au grand public. Tout laisse croire que ce serait un mouvement d’anciens militaires. Le commissaire Dumond pense qu’il y a un lien entre les évènements du 28 juillet 2001 et Pernale.

L’attaque du commissariat de Lascahobas a été favorisée aussi par la nonchalance des policiers en poste dans cette ville. La délégation de la NCHR en a fait l’expérience le dimanche 15 décembre 2002 au cours de sa visite au commissariat vers 1hres 35 PM. Quatre (4) jours seulement après l’attaque, le commissariat n’était pas en état d’alerte et n’était gardé que par trois (3) policiers en petite tenue :

ï‚· Le premier avec un T-Shirt de sport et sandale de bain ;

ï‚· Un autre avec short et maillot sans manche ;

ï‚· Le dernier avec un maillot unité spéciale assis devant une table de jeu de bésigue et causant longuement au téléphone ;

ï‚· Tout le monde ignorait où se trouvait le chef de poste qu’on a fait chercher partout ailleurs avant de le surprendre en train de se reposer dans une chambre du commissariat à l’insu de tout le monde. Ceci suffit à se renseigner sur l’état de ce commissariat vers 10hres PM. 

La NCHR considère les crimes du 10 décembre 2002 comme étant des crimes politiquement motivés dans le sens que des personnes bien ciblées ont été tuées et dans des zones différentes.

CONCLUSION

Les événements de Lascahobas sont loin d’être une surprise. Ils entrent dans la logique de ce qui se fait depuis quelque temps dans le pays : violation des libertés publiques, violence politique, intolérance politique, etc.

La décision de poursuivre tous les militants politiques connus de l’opposition à l’occasion de ces événements est injuste. Cette injustice fait au nom de la justice risque, si elle n’est pas corrigée, de discréditer davantage l’appareil judiciaire et de compromettre les chances d’un procès juste et équitable dans le cadre de ces événements.

Les grèves répétées des magistrats pour réclamer justice pour leur confrère confirment de manière éclatante l’illégitimité du système judiciaire haïtien et la nette dépendance de celui-ci vis-à -vis de l’exécutif.

Qui d’autre que le Commissaire du Gouvernement de Mirebalais pouvait mettre l’action publique en mouvement contre le meurtrier de Christophe LOZAMA et de veiller à l’accomplissement des formalités exigées par la loi : procès-verbal de constat, autopsie légale du cadavre, procès-verbal d’informations préliminaires, perquisitions, réquisitoire d’informer. Pourquoi toutes ces grèves lancées de Port-au-Prince par un substitut du Commissaire du Gouvernement, Sergo LOUIS-CHARLES, connu pour sa soumission aveugle à l’exécutif et dénoncé publiquement en plusieurs occasions d’être plus politicien que magistrat ? Même les assises criminelles de Port-au-Prince ont été reportées à cause de ces mots d’ordre de grève supportés activement par le Commissaire du Gouvernement près du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Me Josué PIERRE LOUIS, qui a pourtant planifié avec le Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Me Jocelyne PIERRE, ces assises. Et les prisonniers en état de détention préventive prolongée devront encore attendre. Ils ne seront pas fixés sur leur sort cette année. A qui ces magistrats demandaient-ils justice ? Pourquoi ont-ils fait preuve de peu de souci pour l’accomplissement des formalités prévues par la loi ? qu’est-ce que cela peut inspirer aux justiciables qui réclament justice de ces mêmes magistrats. Le message lancé à travers ces grèves est terrifiant.

La libération de force des prisonniers de Lascahobas, œuvre vraisemblablement d’hommes armés de Pernale, est une répétition des actes du 2 août 2002 aux Gonaïves où l’armée cannibale avait libéré de force, leur chef Amiot METAYER, et cent cinquante huit (158) autres prisonniers. Si des mesures exemplaires ne sont pas prises dans un cas comme dans l’autre, d’autres prisons ou commissariats du pays connaîtront le même sort et la violence a encore de beaux jours devant elle.

La NCHR soutient fermement toutes démarches visant à faire luire la lumière sur les événements de Lascahobas, à punir les coupables conformément à la loi, mais condamne énergiquement les actes de représailles politiques qui accompagnent ces démarches.

RECOMMANDATIONS

La NCHR recommande :

1. L’arrestation et le jugement du meurtrier de Christophe LOZAMA et des assassins de Jean Harry SIGUE, Sincère JOSEPH, Louidort DORSAINVIL et de Léonie LAVERNE ;

2. Des sanctions exemplaires contre Amos METELLUS et son groupe impliqués dans des actes de représailles commis le 7 décembre 2002 ;

3. La fin de la répression politique dans les zones de Quimpe, Poulie, Lacolline et au centre ville de Lascahobas. Le gouvernement doit mettre tout en oeuvre pour que la paix et la tranquillité reviennent dans la commune de Lascahobas ;

4. La libération des personnes injustement arrêtées ;

5. Le retrait des mandats d’amener émis de manière fantaisiste ;

6. La clarification de la situation de Pernale.

Decembre 2002