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Haïti / République Dominicaine : Des rescapés de violences à Higuey critiquent la passivité des autorités intérimaires

P-au-P., 21 sept. 05 [AlterPresse] --- Un groupe de commerçantes et artisans haïtiens, ayant survécu des escalades de violence perpétrés à leur encontre par des extrémistes dominicains dans la région de Higuey le 7 septembre dernier, ont exprimé leur colère et leur indignation, le 21 septembre 2005, devant l’indifférence et la passivité affichées par le régime de transition d’Haïti vis-à -vis de la répétition de brutalités sur des compatriotes en territoire dominicain.

« Nous sommes livrés à nous-mêmes sans aucune protection diplomatique » s’est scandalisée Mathilde Chéry, une commerçante qui vit depuis 1981 en République Dominicaine, au cours d’une conférence de presse à Port-au-Prince, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Nos droits sont systématiquement violés et nous n’avons aucun recours. S’il y avait un Etat responsable en Haïti, ses filles et fils n’auraient pas subi toutes ces humiliations », a-t-elle poursuivi.

Accueillis par le Groupe d’Appui aux Réfugiés et Rapatriés (GARR), ces professionnels de l’art plastique, incorporés au sein du Regroupement des Commerçantes et Commerçants d’Artisanat Haïtien Victimes à Higuey (RECAH), ont dénoncé le mépris total, manifesté par le gouvernement en place, à l’égard des ressortissants haïtiens pourchassés, assassinés à l’arme blanche, et dans certains cas, brûlés vifs en territoire voisin depuis plusieurs mois.

Les membres du RECAH déclarent avoir rempli toutes les formalités exigées par l’Etat dominicain pour commercialiser leurs produits. Ils se disent la cible de ce qu’ils appellent des « criminels » qui tuent, pillent, violent et volent tout ce qui est haïtien sur le territoire dominicain.

« Nous avons encore en mémoire les atrocités des brigands dominicains exercés contre des haïtiens qui habitent à Higuey », a rappelé Moïse Térasmé, un artisan haïtien qui vit depuis une dizaine d’années en République Dominicaine.

« Ce 7 septembre 2005, de notre shop étant, nous avons vu une foule en furie, armée d’armes blanches, de machettes, de haches, de bâtons de baseball et d’autres types d’instruments contondants, se ruer en notre direction. Au cours de notre fuite, nous avons pu dénombrer 4 morts, dont une femme enceinte, et plusieurs blessés innocents qui ne savent quel crime ils ont commis », a décrit, Térasmé, visiblement choqué par les événements.

Cette nouvelle vague anti-haïtienne, dans la région de l’Est de la République Dominicaine, aurait commencé à la mort présumée d’un ressortissant dominicain à peau claire qui aurait eu un différend avec un autre ressortissant dominicain à peau noire, selon des explications de Térasmé.

« En dépit des pièces justificatives, prouvant que le meurtrier est de nationalité dominicaine, les assassins dominicains, parfois aidés des policiers, ont fait payer le forfait à bon nombre d’Haïtiennes et d’Haïtiens », a-t-il déploré.

D’après les rescapés au nombre d’une vingtaine, la déclaration universelle des droits humains, dont la République d’Haïti et la République Dominicaine sont signataires, reconnaît le droit à toute personne humaine d’exercer un métier, une profession, (...), dans un pays de son choix. Les artisans haïtiens considèrent qu’en agissant ainsi, les activistes dominicains ont passé outre aux prescrits de la charte universelle des droits humains.

Ils demandent à l’Etat haïtien d’intervenir rapidement dans le dossier afin de leur permettre de recouvrer leurs avoirs, estimés à des centaines de milliers de gourdes laissées dans la zone de Higuey, pour sauver leur peau de la sauvagerie de bandes armées dominicaines.

Le RECAH en appelle à la bonne volonté de tout un chacun pour que justice et réparation soient rendues à ses membres.

Les actes d’agression sur les ressortissants haïtiens sont devenus de plus en plus légion, en 2005, pratiquement depuis le mois de mai de l’année en cours, sur le territoire dominicain.

Un militaire dominicain de Jimani, à plus d’une quarantaine de kilomètres au nord-est de la capitale haïtienne, a délesté, le 14 septembre 2005, une voyageuse haïtienne de 300 pesos, sous prétexte que le passeport de cette dernière, muni d’un visa en bonne et due forme, serait en « trop bon état ».

Le 15 septembre, des chauffeurs d’autobus dominicains ont refusé systématiquement de remettre des valeurs à des commerçantes haïtiennes, contrairement au tarif officiel fixé pour le trajet Jimani / Santo Domingo. Un policier dominicain, qui a pris position contre les abus dont sont victimes les ressortissants haïtiens, a été injurié par quelques-uns de ses compatriotes.

A plusieurs reprises, en différents points du territoire dominicain, des militaires du territoire voisin d’Haïti tentent de rançonner des ressortissants haïtiens en visite dans ce pays, sous de fallacieux arguments, marqués du sceau d’ « exploitation économique » et de haine, ont rapporté à AlterPresse de nombreux voyageurs, signalant que seules les personnes, qui protestent énergiquement, sont épargnées.

Malgré les sommes importantes apportées dans l’économie dominicaine par les ressortissants d’Haïti, le consulat dominicain a décidé désormais de n’accorder de visas multiples que pour une année pour un montant de plus de deux cent vingt-cinq dollars américains. Les frais de passage aux postes frontaliers, qui étaient de 10 dollars, sont passés à 25 dollars américains depuis plus d’une année.

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui dans le pays pour exiger des autorités de transition des dispositions fermes contre cette vague d’agressions, dont, par exemple, des restrictions, pendant une période déterminée, de la circulation de marchandises et d’autres biens en provenance du territoire de la République Dominicaine, afin de faire cesser les pratiques discriminatoires à l’encontre des ressortissants Haïtiens. [lf rc apr 21/09/2005 17:30]