Perspectives

Haïti / Elections : Dispersion probable des votes face à la flopée de formations politiques


mardi 20 septembre 2005

P-au-P, 20 sept. 05 [AlterPresse] --- Choisir de nouvelles personnalités, aptes à prendre les rênes d’Haïti à partir des élections prévues pour l’automne 2005, risque de se révéler un exercice difficile pour l’électorat potentiel. En effet, 45 partis et regroupements politiques sont autorisés à faire campagne par le Conseil Electoral Provisoire (CEP).

Ces formations politiques ne sont pas encore parvenues à s’entendre sur la constitution d’un minimum d’alliances, conformément aux souhaits de la population. Les potentielles électrices et les potentiels électeurs devront aussi divorcer d’avec la perception traditionnelle qui faisait reposer l’application d’un programme politique, répondant aux desiderata de la population, sur la volonté d’un Président.

Ce temps-là devrait être révolu, la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 ayant assigné d’autres missions au Chef de l’Etat et placé les prérogatives de gestion du pays aux mains d’un gouvernement coiffé par un Premier Ministre. Le gouvernement doit, en principe, être administré avec la participation des collectivités territoriales (notamment dans les réunions du Conseil des Ministres), pour satisfaire un objectif de déconcentration et de décentralisation suggéré par les rédactrices et rédacteurs de la loi-mère.

Aucun candidat à la présidence n’a, jusqu’à présent, fait part de sa vision sur le rôle dévolu au chef de l’Etat par la Constitution. Y a-t-il seulement le poste présidentiel pour rendre service au pays ? Les compétences ne devraient-elles pas plutôt être canalisées vers d’autres espaces, comme le Parlement ou les collectivités territoriales, ou des champs d’activités propres ?

L’approche traditionnelle prévaudrait encore quant au rôle de la Présidence, appelée à tout faire et à décider unilatéralement de ce qui doit être fait ou rejeté, sans aucune possibilité de recours des populations administrées.

Beaucoup de postulants aux présidentielles, que la population nationale ne connaît point, seraient davantage intéressés à se glorifier du titre d’avoir été candidats, pour combler leur curriculum vitae, au lieu de quelconques sentiments de devoir vis-à -vis de l’intérêt public.

D’aucuns se demandent si, bien avant la sanction du CEP sur les agréés et les rejetés d’ici au 8 octobre 2005, les candidats en question vont avoir la décence et le fair-play de se retirer tout bonnement de la course électorale pour éviter le gaspillage de fonds publics dans l’impression des bulletins de vote. Le CEP prendra-t-il en compte la constitution de nouvelles alliances possibles, avant de lancer un appel d’offres pour l’impression des bulletins de vote ?

Le nouveau chef du gouvernement viendra de la majorité qui sera dégagée du nouveau Parlement, via le parti ou regroupement politique vainqueur des urnes au premier tour du 20 novembre 2005 ou au second tour du 3 janvier 2006. De là , sera alors déterminée la politique générale, donc l’orientation globale du pays pour la période 2006 - 2011.

En raison de la dispersion de l’électorat en Haïti, rien n’indique que le prochain parti ou regroupement politique majoritaire sera le même que celui du nouveau président issu des urnes, ont fait remarquer à AlterPresse des spécialistes.

Entre-temps, 1 prétendante et 53 prétendants aux prochaines présidentielles haïtiennes ont déposé leurs pièces au Bureau Electoral Départemental (BED) de l’Ouest. Parmi eux, figurent une dizaine de candidats indépendants, des hommes d’affaires, des dirigeants de partis et regroupements politiques.

Le CEP doit rendre son verdict (provisoire, au cas où les rejetés se pourvoient en Cassation) , au plus tard le 8 octobre 2005, sur les dossiers de ces aspirants.

La mouvance Lavalas de l’ancien président Jean Bertrand Aristide (exilé en Afrique du Sud) paraît écartelée avec au moins deux factions qui se réclament de ce parti politique : une emmenée par l’ex-sénateur contesté Yvon Feuillé et ayant fait choix de Marc Louis Bazin - ancien Premier Ministre pendant la période du coup d’Etat militaire (1991-1994) et à deux reprises ministre sous le régime de Jean Bertrand Aristide- comme candidat du parti Fanmi Lavalas aux prochaines présidentielles, une autre ayant comme chef de file un autre sénateur contesté Louis Gérald Gilles qui s’est lui-même porté candidat à la présidence.

C’est dans ce contexte que d’anciennes figures du mouvement lavalas ont refait surface : l’ancien chef d’Etat René Garcia Préval (1996-2001) ainsi que l’ancien Premier Ministre Jean Marie Chérestal, tous deux ayant été, à des périodes différentes, chefs de gouvernement sous Aristide.

Le 15 septembre 2005, l’ancien président René Garcia Préval, sous l’administration duquel une grande crise multiforme a pris forme à partir de 1997 dans le pays (crise gouvernementale, institutionnelle, parlementaire, politique, électorale), notamment les élections controversées des 21 mai et 26 novembre 2000, avait refusé de s’adresser à la Presse, qui voulait savoir s’il avait déjà reçu décharge de sa gestion.

Préval s’était fait accompagner de l’ancien chef de la sécurité publique Robert Manuel et de l’ancien député de l’ex-groupe anti-néolibéral Joseph Jasmin. Certaines personnes interprètent la présence de Bob Manuel comme un avertissement aux partisans « zélés » de l’ancien régime lavalas, avec lesquels l’ancien secrétaire d’Etat à la sécurité publique n’avait pas de bonnes relations.

L’ancien Premier Ministre lavalas Jean-Marie Chérestal espère, lui aussi, briguer le fauteuil présidentiel sous la bannière d’un parti jusque-là inconnu dénommé POU NOU TOUT (PONT, Pour Nous Tous).

Le gouvernement Lavalas avait suscité un tollé en achetant, pour un million de dollars américains, une maison luxueuse du citoyen américain Marc Ashton au profit du Premier Ministre d’alors Jean Marie Chérestal. Cette décision avait suscité des remous, et, jusqu’à date, rien n’a été dit sur le devenir de cette maison située au haut du Canapé-Vert.

Une fraction dissidente du parti Fanmi Lavalas (La Famille Avalanche) a constitué le Mouvement Démocratique Réformateur Haïtien (MODEREH), qui a délégué comme aspirant au Palais national Dany Toussaint, ancien sénateur contesté des élections de mai 2000, ancien major et ex-chef de la Police Nationale Intérimaire en 1994.

Cet ex-parlementaire contesté a été inculpé dans l’assassinat, le 3 avril 2000, du journaliste et Directeur de Radio Haïti Inter, Jean Léopold Dominique. A plusieurs reprises, Dany Toussaint, dont l’immunité parlementaire a été levée, avait subi l’interrogatoire des magistrats instructeurs Claudy Gassant et Bernard St-Vil autour de cette affaire.

En attendant la date du 8 octobre retenue par le CEP pour la publication de la liste des candidats habilités à mener campagne un peu partout à travers le territoire national, des questions fusent dans le milieu politique sur des alliances non déclarées qui soutiendraient le mouvement lavalas dans les prochaines compétitions présidentielles.

Nouvelle donne dans la perspective des prochaines élections, des duvaliéristes et autres anciens dignitaires du régime des Duvalier se retrouvent aussi dans l’arène politique, à la recherche des suffrages des votants.

L’ancien colonel des Forces Armées d’Haïti, Franck Romain, s’est inscrit, comme candidat à la présidence, sous la bannière du Parti Camp Patriotique et de l’Alliance Haïtienne (PACAPALH). Un néoduvaliériste Evans Nicolas brigue le fauteuil présidentiel sous la bannière de l’Union pour la Réconciliation Nationale (URN), tandis qu’un ancien ministre du régime des Duvalier Edouard Francisque est lui aussi candidat à la présidence pour un nouveau regroupement dénommé UNITE.

Le samedi 17 septembre 2005, la femme de Jean-Claude Duvalier, la française Véronique Roy, est rentrée en Haïti, où elle a été accueillie en grande pompe par des duvaliéristes, au salon diplomatique de l’aéroport international Toussaint Louverture. Le bruit courait à Port-au-Prince que l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier avait l’intention d’entrer en lice pour la présidence. Ce qui ne s’était pas encore matérialisé à la date du 15 septembre, dernier délai accordé par le CEP pour l’enregistrement des candidats aux présidentielles et aux législatives.

Après une première prorogation jusqu’au 20 septembre, le CEP a accordé un délai d’une semaine supplémentaire pour l’inscription des électrices et électeurs, mais spécifiquement celles et ceux des sections communales apparemment non touchées massivement jusque-là , contrairement aux principales villes du pays.

L’administration électorale n’est pas totalement à point, avec l’absence de bureaux électoraux communaux (BEC) en différents points du territoire national.

Au 17 septembre 2005, seulement 2 millions 300 mille citoyennes et citoyens s’étaient déjà inscrits sur les 4.5 millions attendus aux urnes à l’automne 2005 et au début de l’année 2006. [do rc apr 20/09/2005 15:30]