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Trump : Fascisme conquérant et pétrophile au service d’un capitalisme essoufflé

Dans cette tribune, Gary Olius analyse comment le mouvement Make America great again et (Maga) son leader, Donald Trump, mêlent suprématie raciale, expansionnisme et spoliation de ressources pour soutenir un capitalisme américain affaibli, révélant des similitudes troublantes avec le nazisme et un nationalisme extrême au service du pouvoir et de l’avidité économique.

Tribune

Par Gary Olius*

Soumise à AlterPresse le 6 janvier 2025

Le monde est entre les mains des infâmes et des imposteurs
Et, pour cette raison, il sent la carcasse en décomposition

Charles Baudelaire

Dans la concurrence des victimes du nazisme, les juifs ont facilement damé le pion aux noirs, non seulement par l’effet du nombre mais aussi par la profondeur du racisme dans le monde occidental. La logique du moment voulait que plus un être humain s’éloigne du ‘blanc pur’ selon une référentielle épidermique à la mode, moins on lui attribue de l’importance sociale ou de la valeur existentielle. Au tableau des damnés d’Hitler dans les camps de concentration, il y avait près de six (6) millions de juifs, mais aussi toute une population de noirs – en Allemagne - à décimer, à l’exception de cinq cents (500) âmes à conserver dans les liens de la geôle à des fins de recherche scientifique, comme des cobailles. Ce dernier fait a été peu évoqué dans les tribunes médiatiques et il a fallu attendre l’année 2005 pour qu’un certain Serge Bilé, écrivain franco-ivoirien, vienne poser les questions qui fâchent dans son admirable livre « Noirs dans les camps nazis ».

Comme par une résurgence de l’histoire, le racisme d’Etat - incarné jadis par le nazisme - frappe encore aux portes d’un certain occident avec un nouveau visage et de nouvelles cordes à son arc. De fait, le mouvement Make America great again (Maga), tel un cauchemar, est sur le point de forcer le réveil d’un monde endormi qui croyait faussement que le pire en matière de velléité de purification ethnique et de conquête impérialiste était derrière lui. Ce mouvement insolite, à plus d’un titre, éclabousse la paix des esprits normaux avec un fracas retentissant, tant par son extrémisme droitier que par son penchant maladif pour le reprofilage racial et la spoliation de ressources minières d’autres pays sans défense.

Loin de la grandeur promise par le leader de ce mouvement singulier, l’économie américaine bat de l’aile et des indices montrent qu’il est carrément en proie à d’énormes difficultés, suite à la prise de mesures insensées comme l’augmentation inconsidérée du plancher tarifaire envers les plus grands partenaires commerciaux des Etats-Unis. Parallèlement l’économie chinoise, profitant de ce décrochage spectaculaire, a su trouver de nouvelles débouchées pour ses produits et s’est repositionnée pour accélérer son ascension au trône de première puissance économique du monde. L’establishment américain et les think-tanks au service du mouvement extrémiste Maga ont cédé à la panique et ont tiré la sonnette d’alarme pour demander à leur leader d’agir vite, même en marge du droit international, pour un retour sans délai aux anciens schèmes de l’impérialisme big-stick et conquérant. L’idée étant d’identifier les sites les plus riches en ressources fossiles ou en terres rares et de procéder à des mains-mises immédiates, que cela fâche ou non. L’essentiel c’est de rester cohérent par rapport à la vision trumpiste des notions de ‘grandeur nationaliste’ et de ‘relance économique’ basées sur le contrôle de la majorité des ressources pétrolières et minières de la planète, en utilisant la puissance militaire comme fer de lance.

Un gros requin ne marchant jamais seul, le régime de Trump s’est construit un petit réseau d’alliés de valeurs très différenciées, pour jouer la caisse de résonnance, applaudir ses forfaits et l’accompagner dans ses conquêtes ou reconquêtes. On en connait les plus zélés comme Israël, la Jordanie, l’Italie et plus prêt de nous, la République Dominicaine. Mais il y a aussi ceux qui ne se montrent pas trop comme la France, l’Angleterre, le Canada et le Chili, pour ne citer que ces cas typiques dans leur comportement mi-figue mi -raison. Ces petits poissons, avides de ripailles, suivent le gros requin et ne se préoccupent que de récupérer les miettes échappées de sa denture surdimensionnée. Tous ces pays susmentionnés ont grandement besoin de ressources pétrolières et de terres rares, mais ils n’ont ni la capacité de les acquérir dans la quantité convoitée ni l’habileté diplomatique pour les trouver à des prix préférentiels ni la force militaire pour les subtiliser des pays dépositaires. Ainsi, le fait de se positionner dans le sillage du mastodonte américain s’impose comme la formule la moins coûteuse pour soutirer quelques avantages en cette matière. Et, quand Trump accuse un pays-tiers de tous les maux de l’univers, le job de ces béni-oui-oui est de l’applaudir à l’unisson sur toutes les plateformes médiatiques et de mobiliser opportunément un appareil médiatique approprié.

Le capitalisme est avide de profits et, depuis un certain temps, il peine à les attirer et à les obtenir en faisant usage de voies régulières et légales. C’est pour cette raison que les grands gardiens autoproclamés de cette doctrine économique utilisent comme cheval de bataille le racisme d’Etat, le fascisme conquérant et la pétrophilie. Et, qu’a cela ne tienne, ils ne s’embarrassent d’aucun scrupule pour procéder à des jugements sans fondement, des condamnations expéditives et des lynchages médiatiques pour préparer l’opinion à accepter l’inacceptable, comme le déploiement de gangs armés en Afrique et en Haïti, les menaces verbales à l’encontre de la Colombie, du Brésil et de Cuba, le lynchage du régime bolivarien (de Nicolas Maduro) et, que sais-je encore, la menace d’occupation de force du Groenland.

Le Maga et son leader pratiquent le mal avec conviction et démesure ; et au rythme où vont les choses, ils risquent de pulvériser certains records (en matière de politique socio-raciale) détenus par des individus tristement célèbres. C’est une réalité troublante pour le monde moderne et cela a déjà incité certains observateurs à aller fouiner dans les 25 points du programme d’Hitler aux fins d’y retrouver les racines profondes de ce mouvement politique qui sème la terreur dans les Caraïbes, en Amérique Latine, en Afrique et au Moyen Orient. Des ressemblances troublantes y ont été relevées et il ne sera pas du tout facile pour les tenants du MAGA et leurs alliés d’enlever la projection de l’ombre hitlérienne sur leur leader ; même si en leur sein il y a l’Israël de Netanyahou et les Juifs.

Justement, le grand tour de passe-passe du Trumpisme est de se poser en une idéologie révisionniste et médiatrice servant à réconcilier les factions blanches, historiquement ennemies, de manière à les solidariser contre un ennemi commun, le monde non-blanc ; en allant jusqu’à les dépouiller de leurs ressources économiques et financières. D’emblée, l’aspect anti-juif du nazisme a été réduit par la philosophie trumpiste à un accident de l’histoire et est devenu digne d’être classé sous la rubrique ‘pertes et profits’, rien que pour faire avancer la cause du monde blanc, au détriment du reste des humains, étiqueté pour les besoins de la cause, de parias, trafiquants de drogues ou de ‘shithole’.

D’ailleurs dans son discours sur l’immigration-choisie, Donald Trump n’avait-il pas dit que les USA ont urgemment besoin de chasser les haïtiens, les africains, les arables et les latinos d’ascendance indienne pour faire place nette à plus de suédois, de norvégiens, d’irlandais etc. ? Son but ultime, sans l’affirmer explicitement est de mettre son pays sur un sentier épidermique et économique qui l’amènera, dans un horizon temporel donné, à un degré de pureté raciale, proche de la race Aryenne et de prospérité inégalable. Cette une opération de prophylaxie raciale et de pillage de ressources à grande échelle dont le monde occidental est très conscient, mais sur laquelle ses décideurs n’osent pas se prononcer ouvertement. Face à leur silence complice, Trump a voulu se faire plus provocateur pour les pousser à sortir de leurs gonds en publiant son manifeste politique dans lequel il se pose en prophète de malheur pour prédire l’effacement civilisationnel de l’Europe à cause de l’immigration de masse. Par ce manifeste grossier et insolent, le néofascisme spoliateur et pétrophile aux USA a pris toute sa forme et est parvenu à construire son réseau transnational. Si Trump est néofasciste par conviction, ses alliés sont impérialo-pétrophiles par nécessité dans le but d’obtenir des avantages et de la protection. Cependant, pour leur plus grand désarroi, ce réalignement ne sera pas suffisant ni pour sauver le capitalisme du déclin ni pour maintenir la soi-disant toute-puissance américaine et sa domination écrasante sur le reste du monde.

Le Trumpisme et l’Hitlérisme nazi se différencient par leur attitude respective face aux juifs, mais ces deux idéologies morbides se ressemblent sur quasiment tout le reste. Dans le fond, elles font toutes deux le culte d’un homme, de la pureté de la race blanche et de la masturbation nationaliste de superpuissance unique au monde. Il faut noter cette nuance, la différenciation tient aussi à au moins une autre chose de relative importance, la posture économique des deux figures de référence de ces idéologies. Comme de fait, ceux qui ont lu la biographie d’Hitler connaissent l’influence que l’économiste Gottfried Feder a eu sur lui, surtout par le développement du concept d’ “Esclavage par l’intérêt. Hitler lui-même l’a reconnu par ses paroles : “Après avoir écouté le premier cours de Feder, l’idée me vint aussitôt que j’avais trouvé le chemin d’une condition essentielle pour la formation d’un nouveau parti politique”. C’est par le biais de cet économiste-idéologue qu’Hitler pensait avoir trouvé le levier qui lui manquait pour bondir irréversiblement dans l’arène politique. Ainsi, le racisme individué (basé sur des caractères distinctifs entre individus) en Allemagne s’est fait racisme d’Etat pour être définitivement inscrit dans ses relations avec les autres pays.

Le cas de Trump est un petit peu différent sous cet aspect précis, mais pas trop loin dans la façon de percevoir la politique. Trump est un milliardaire ostentatoire et suffisant qui a été propulsé dans le monde politique, non par dégoût de l’exploitation à laquelle les banques privées capitalistes se livrent en pratiquant des taux d’intérêts exorbitants, mais par son orgueil racial et sa folie de grandeur. Un journaliste de Fox News racontait qu’un jour, il a été invité à un festin dans lequel Barak Obama prenait la parole à titre de président des USA. Ce dernier a eu la mauvaise idée ou la maladresse de chahuter gentiment Donald Trump. Ce milliardaire se sentait doublement touché par ces propos qu’il a qualifiés d’attaque personnelle et avait promis haut et fort que Obama aura du regret d’avoir pris cette initiative.

D’après Trump, une grande nation comme les USA ne devrait pas avoir un noir à sa tête et c’est une honte pour les blancs multimillionnaires d’être obligés de montrer du respect et de l’allégeance à un descendant d’esclave africain. C’est pour cela, disait-il, que les USA sont devenus une petite nation tiermondiste. Depuis lors, il résolût de devenir président des Etats-Unis afin créer les conditions pour que cette ‘réalité’ ne se reproduise plus. De la même manière qu’Hitler, son orgueil racial a été le principal carburant de sa propulsion dans le milieu politique et, ainsi, en prenant le contrôle de tous les appareils répressifs et diplomatiques de l’Etat étasunien il en a fait un système de gouvernance raciste et expansionniste légitimé au forceps.

D’extravagance de showman en outrances politiques, Donald Trump n’est plus – depuis un certain temps - un simple militant du racisme ; il a brulé rapidement les étapes et a réussi à inscrire ses tentations racistoïdes dans le corpus légal des USA. Et, depuis lors, cette république étoilée sombre dangereusement dans la petitesse et, paradoxalement, son actuel président se présente à la face du monde en leader charismatique idéologiquement convaincu du fait que le racisme et la spoliation internationale peuvent rendre à ce pays sa grandeur d’antan. Son extrémiste irrépressible, sa suffisance, sa mégalomanie et sa propension à l’appropriation indue et illégale des avoirs d’autrui, tout cela, il les met au service de son pouvoir politique et les utilise du haut de son fauteuil présidentiel pour afficher son mépris factuel pour tout ce qui n’a pas la ‘ force brutale de l’argent ’ et la ‘ pureté du blanc ’. C’est à partir de ce creuset qu’on peut interpréter son immense animosité envers Haïti, la Colombie, le Venezuela, les pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Depuis un certain temps, il fait plus que contempler son nombril d’individu richissime et politiquement fort, il regarde ailleurs ; là où il y a du pétrole, de l’or et des terres rares en grande quantité. Tout cela, selon lui, pour faire triompher les Etats-Unis et voler au secours du système capitaliste qui ne fait que battre la campagne, parce que frappé sans pitié par ses propres contradictions et par la sentence marxienne de la baisse continue des taux de profit.

Nazisme, fascisme et trumpisme sont des idéologies moribondes traduisant une même vision du monde, un ordre racial et économique, ainsi qu’un orgueil nationaliste mal contenu. Elles sont toutes nées d’une frustration faussement alimentée, d’un orgueil mal dompté, d’une convoitise indomptable des avoirs d’autrui et d’une logique blanco-centrique. Et le plus bizarre, dans cette galère, est le comportement de certains pays occidentaux (jadis connus pour leur attachement aux droits de la personne humaine) qui s’abandonnent dociles au bon vouloir de Trump. Oui, qui l’aurait dit et qui l’aurait cru, des pays européens sont devenus les alliés privilégiés de Trump et les parties prenantes de son idéologie inhumaine et mortifère ? Là où le nazisme a divisé, le trumpisme – contre toute attente - rassemble et réconcilie de nos jours, en utilisant les mêmes méthodes et en reconvertissant les victimes d’hier en alliés consentis d’aujourd’hui (et même ultra zélés). En définitive, il est difficile de prévoir avec certitude l’étendue des dégâts qu’occasionnera le trumpisme, … oui, ce fascisme conquérant, ce nazisme paradoxal. Qui vivra … verra !

*Economiste et Politologue spécialisé en ‘Gouvernement et Administration Publique’.
Membre du Haut Conseil de l’Université Publique du Sud-Est à Jacmel (UPSEJ)
Auteur, entre autres, de :
« Haïti, 2004-2018, 214 ans de Servitude économique et d’une Gouvernance assistée »
« Haïti, malade de son système financier et de sa bureaucratie fiscale »
Contact : garyolius@gmail.com