Haïti entre en 2026 avec une économie en profonde récession, marquée par l’insécurité persistante et un basculement massif vers l’informel. Sept années consécutives de recul du Produit intérieur brut (PIB), une inflation galopante et des populations contraintes de survivre sur les trottoirs témoignent de l’ampleur de la crise sociale et économique.
Par Gotson Pierre
P-au-P, 08 janv. 2026 [AlterPresse] --- En 2025, de nombreux agents économiques ont encore été décapitalisés, des entreprises déplacées ou fermées, un nombre indéterminé de personnes ont perdu leurs emplois et les déplacements internes de population se sont aggravés, selon les Comptes économiques 2025 publiés par l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) et consultés par AlterPresse.
L’économie haïtienne, ayant enregistré une nouvelle décroissance du Produit intérieur brut (PIB) de 2.7 %, après un recul plus marqué de 4.2 % en 2024, continue de subir, « de plein fouet, les contrecoups de la crise sécuritaire et les soubresauts de l’instabilité politique et sociale », souligne le document.
Aucun des trois grands secteurs de l’économie n’a échappé à ces chocs humains et structurels, qui ont, une nouvelle fois, « anéanti toute tentative de relance des activités ». Rares sont les branches d’activité qui ont réussi à garder la tête hors de l’eau.
Sept années consécutives de recul du PIB
« L’année fiscale 2025 s’inscrit en droite ligne dans la spirale négative de l’économie haïtienne amorcée depuis déjà sept ans », relève l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI).
Selon l’institution, Haïti enregistre depuis 2019 une série ininterrompue de contractions de son Produit intérieur brut (Pib) à prix constants, avec une baisse moyenne annuelle de 2.4 %.
La comparaison entre le niveau du PIB constant de 2025 (552,0 milliards de gourdes) et celui de 2018 (658,3 milliards) révèle l’ampleur de la dépression économique : plus de 106 milliards de gourdes constantes de richesse ont été détruites, soit une chute cumulée de plus de 16 % du PIB en sept ans.
Dans ce contexte d’aggravation de la pauvreté, l’un des indicateurs les plus alarmants demeure l’insécurité alimentaire aiguë. Le nombre de personnes concernées est passé de 2,3 millions en décembre 2018 à plus de 5,7 millions en septembre 2025, soit 3,4 millions de personnes supplémentaires en situation critique.
Comme le souligne l’IHSI, « chaque point de PIB perdu correspond, en quelque sorte, à une augmentation de la précarité des conditions de vie de la population ».
• 📊 PIB réel : –2,7 % en 2025 (après –4,2 % en 2024).
• 💸 Perte cumulée de richesse (2018–2025) : plus de 106 milliards de gourdes constantes (–16 % du PIB).
• 🌾 Secteur primaire : –4,7 % (agriculture et industries extractives).
• 🏭 Secteur secondaire : –5,1 % (industries, construction, électricité et eau).
• 🛠️ Secteur tertiaire : –2,7 % (services).
• 🍽️ Insécurité alimentaire aiguë : plus de 5,7 millions de personnes en 2025.
• 📈 Inflation moyenne annuelle : 28,3 %.
• 🧺 Secteur informel : plus de 70 % de la population active et environ 35 % du Pib.
Des secteurs productifs laminés
Le secteur primaire (agriculture et industries extractives), déjà en chute de 5.7 % en 2024, a poursuivi son repli en 2025, avec une baisse de 4.7 % de sa valeur ajoutée à prix constants.
Le secteur secondaire (industries manufacturières, construction, électricité et eau) s’est contracté de 5.1 %, un recul presque identique à celui de l’année précédente (–5.0 %).
Le secteur tertiaire, qui regroupe les services, a également décliné (–2.7 %), même si le rythme est moins prononcé que la forte chute de 3.9 % enregistrée en 2024.
Cette baisse relativement moins sévère du secteur tertiaire, combinée à celle du secteur primaire, a contribué à atténuer la contraction globale du Pib en 2025, sans toutefois inverser la tendance.
Pression des gangs, inflation et essor accéléré de l’informel
Ces évolutions traduisent l’impact direct de la crise sécuritaire sur l’ensemble des secteurs économiques, qui évoluent « dans une certaine mesure, sous la coupe des gangs armés ». Le rapport note qu’« il suffit parfois d’un simple mot d’ordre de ces hors-la-loi pour que, pris de peur, les agents économiques décident de fermer boutique ».
Le rançonnage systématique sur les axes routiers, le blocage des routes nationales, la paralysie des principaux marchés publics de Port-au-Prince, ainsi que les chocs logistiques majeurs, notamment la suspension des vols internationaux à l’aéroport Toussaint Louverture depuis le lundi 11 novembre 2024 et le ralentissement du port de Port-au-Prince, ont considérablement réduit les marges de manœuvre des actrices et acteurs économiques, tant formel.le.s qu’informel.le.s.
Dans ce contexte, l’informel s’impose de plus en plus comme principal moyen de subsistance pour une part croissante de la population. Cette réalité est visible dans les communes périphériques de la zone métropolitaine, notamment sur les trottoirs de Delmas et de Pétionville, où de nombreuses habitantes et de nombreux habitants déplacé.e.s par les gangs tentent de survivre à travers des activités commerciales de rue.
Cette dynamique n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée au fil des années de récession et d’insécurité prolongée, contribuant à fragiliser davantage l’État, dont la base fiscale se réduit alors même que les besoins sécuritaires et sociaux explosent.
En 2025, l’Indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 31.9 % en glissement annuel et de 28.3 % en moyenne annuelle, contre respectivement 27.9 % et 25.8 % en 2024, traduisant une intensification des pressions inflationnistes « particulièrement internes ».
L’Ihsi souligne que cette inflation « aurait pu être nettement plus prononcée » sans certains facteurs modérateurs, tels que la stabilité relative du taux de change, la rigidité de la politique budgétaire et une meilleure disponibilité des carburants. Toutefois, les chocs sécuritaires et logistiques ont neutralisé ces effets.
• 💼 Rôle croissant : le secteur informel s’impose comme principal moyen de subsistance pour une part croissante de la population.
• 🏘️ Zones concernées : l’ensemble du territoire, notamment les villes et leurs environs.
• 💰 Contribution économique : environ 35 % du PIB selon des experts, fragilisant la base fiscale de l’État.
• ⚠️ Impacts : augmentation de la précarité, diminution des marges de manœuvre de l’État, explosion des besoins sécuritaires et sociaux.
Des perspectives conditionnées par le rétablissement de la sécurité
Pour 2026, l’IHSI évoque certaines initiatives susceptibles de générer des retombées économiques, notamment l’ouverture du Port du Sud au commerce extérieur et la reprise des vols internationaux à l’aéroport Antoine Simon des Cayes. L’augmentation des investissements publics en fin d’exercice 2025 et la perspective d’une départementalisation du budget pourraient également stimuler les économies locales.
Mais ces perspectives restent suspendues à une condition fondamentale. Comme le rappelle le document, « le retour à un seuil de sécurité acceptable reste et demeure un passage obligé pour toute tentative sérieuse de reprise de l’activité économique ».
Au-delà des politiques publiques, l’IHSI appelle également à une responsabilité accrue des élites haïtiennes, invitées à « prioriser davantage le bien-être collectif au lieu de l’intérêt individuel », condition indispensable à la survie économique et sociale du pays. [gp apr 08/01/2026 00:30]
