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Haïti : Qui fabrique la Paix ?

Tribune

Par Michel Legros*

Soumis à AlterPresse le 13 décembre 2025

Au Bel Air, Viv Ansanm a relâché plusieurs personnes kidnappées. Le geste se veut magnanime. Jimmy Chérizier rappelle que son organisation avait “interdit” le kidnapping et que nul n’est au-dessus de cette loi, qu’il s’appelle Ti Lapli ou Kempès. Pour l’avoir enfreint, une dizaine ou plus de leurs soldats ont été massacrés par les hommes de Izo, peut-être le plus puissant des chefs de gangs. Kempès aurait été placé en détention chez le féroce Plip-Plip.

Ainsi, par une purge sanglante - une auto-répression - Viv Ansanm accomplit déjà le travail de la future Force de Répression des Gangs.

Les victimes, traumatisées mais soulagées, ont remercié leurs ravisseurs. Paradoxe banal dans un pays où la survie impose souvent un remerciement inapproprié.

À Mirebalais, certains déjà espéraient profiter de cette “clémence”. Si les bandits se montrent généreux au Bel Air, pourquoi ne le seraient-ils pas ailleurs ?

Une image soigneusement travaillée commence à circuler. Sur les réseaux sociaux, la propagande en faveur de Lanmò San Jou s’intensifie. Des influenceurs affirment que s’opposer à ce chef de gang reviendrait à “prendre parti pour un oligarque encore plus criminel”. Renversement stupéfiant : le bourreau devient protecteur, le criminel se mue en justicier.

Peu à peu, on attribue à ces voyous des vertus nouvelles. On les pare de compassion, de générosité. Ils deviennent fréquentables. Cette mise en scène poursuit un objectif clair : blanchir leur image, brouiller les repères et légitimer la place qu’ils occupent par le crime.

Il y a une intelligence à l’œuvre. Pas forcément haïtienne.

Dans quel but ?

Le Blanc prépare des élections et, pour qu’elles soient présentables, il faut donner l’illusion d’une amélioration sécuritaire. Peu importe que cette accalmie soit artificielle et provisoire : l’essentiel est de fabriquer une paix superficielle, une vitrine de stabilité suffisante pour organiser un scrutin à notre mesure et valider un processus déjà en cours.

Et maintenant, on fait quoi ?

*Analyste politique
Contact : sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com

Photo : Médecins sans frontières