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Haïti : Mobilisation autour d’une « Feuille de route consensuelle » contre la corruption

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 10 déc. 2025 [AlterPresse] --- La date du 17 décembre 2025 s’annonce déterminante pour Haïti dans la lutte en faveur de la bonne gouvernance.

À cette occasion, l’organisation Ensemble contre la corruption (Ecc), en collaboration avec plusieurs institutions étatiques ainsi qu’avec diverses entités de la société civile, présentera une « Feuille de route consensuelle autour de la lutte contre la corruption », lors d’une cérémonie prévue à Pétion-Ville, dans la périphérie orientale de la capitale Port-au-Prince.

Cette Feuille de route est « un outil indispensable tant pour les citoyen.ne.s que pour les institutions. Elle contribuera à transformer la gouvernance nationale, en instaurant notamment une véritable culture de la reddition de comptes, essentielle pour tout fonctionnaire de l’administration publique », explique Édouard L. Paultre, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.

« Il s’agit également d’une œuvre à vocation nationale, puisque les consultations ont réuni des représentants d’institutions publiques et d’organisations de la société civile provenant des dix départements géographiques du pays ».

Paultre plaide pour une utilisation accrue des plateformes numériques, afin de tenir la population informée des dépenses de l’État.

Ensemble contre la corruption a œuvré à l’élaboration d’une proposition structurée autour d’une feuille de route commune. Pour y parvenir, un mécanisme complet a été instauré, incluant notamment la mise en place d’une plateforme multi-acteurs réunissant plusieurs organismes publics.

Parmi ceux-ci, figurent le Ministère de l’économie et des finances (Mef), le Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), ainsi que l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc) entre autres.

Cette importante coalition institutionnelle a été rejointe par des organisations, issues de la société civile.

Ensemble, ces actrices et acteurs ont défini cinq grands axes thématiques, portant sur la reddition de comptes, la transparence, l’efficacité des dépenses publiques, la participation citoyenne et la justice, a indiqué Édouard L. Paultre.

Cette feuille de route constitue, selon lui, une avancée significative, susceptible d’infléchir durablement les mauvaises pratiques et d’amorcer des réformes profondes.

Toutefois, il insiste sur la nécessité d’une volonté politique forte, indispensable pour engager un changement réel et prévenir ou stopper l’effondrement national.

Le secrétaire exécutif de l’Ecc nourrit l’espoir de voir émerger de nouvelles dirigeantes et de nouveaux dirigeants, porteuses et porteurs de projets concrets de lutte contre la corruption, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays.

Mettre un terme aux pratiques de mauvaise gouvernance est, à son sens, une condition incontournable pour transformer durablement la gouvernance en Haïti.

Haïti occupe la 168e place sur 180 pays parmi les plus corrompus au monde, selon l’Indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International.

Cette corruption, désormais généralisée et institutionnalisée, affecte profondément les conditions de vie de la population et accentue la vulnérabilité du pays dans ses dimensions socioprofessionnelles, éducatives et économiques, soulignent expertes et experts.

Lla gouvernance publique et le système judiciaire se retrouvent gravement affaiblis par ce fléau, devenant source d’insécurité et différentes formes de criminalité.

« Là où s’installe la corruption, les droits humains en général, et en particulier les droits sociaux et économiques, ne sont ni respectés, ni protégés, encore moins réalisés », a relaté la présidente de l’organisation Ecc, Rosy Auguste Ducéna.

« La corruption n’est pas un simple manquement dans la gestion des deniers publics, mais un fléau susceptible, à lui seul, d’expliquer le sous-développement d’Haïti », a indiqué le chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, qui y voit l’urgence de s’engager résolument dans la lutte.

La mise en œuvre de la feuille de route devrait permettre d’améliorer le fonctionnement de l’appareil d’État, de restaurer la confiance envers les autorités publiques et de combattre efficacement la corruption systémique. [cj apr 11/12/2025 07:10]