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Haïti / Coopération : Le chef du gouvernement exige plus d’efficacité dans les actions des Nations Unies

New York, 15 sept. 05 [AlterPresse] --- Le Premier Ministre intérimaire d’Haïti, Gérard Latortue, a exhorté les Nations Unies, le 14 septembre, à rechercher plus d’efficacité dans les actions mises en œuvre dans la république caribéenne, a appris AlterPresse de l’organisation mondiale.

Il faut « partiellement » imputer les problèmes d’infrastructures et d’analphabétisme aux « mauvais gouvernements » qui se sont succédés au pays, mais « la communauté internationale doit également réfléchir sur la question, faire acte d’autocritique et chercher à développer une culture de l’efficacité," a indiqué Latortue qui participe, cette semaine, au Sommet 2005 pour la Réforme de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

« L’infrastructure a été ravagée en Haïti, l’électricité demeure un luxe, que la plupart des personnes n’apprécient pas, et plus que la moitié de la population est illettrée », a souligné le Premier Ministre haïtien qui doit céder sa place en février 2006 à un nouveau gouvernement issu des élections de la fin de l’année 2005.

A cette assemblée, qui coïncide avec le 60 e anniversaire de création de l’ONU (1), Latortue a aussitôt avancé que son pays n’a pas beaucoup à prouver en ce qui concerne l’aide massive reçue de la communauté internationale au cours des dernières années.

Le 8 septembre 2005, à Port-au-Prince, dans le cadre d’un symposium sur la contribution d’Haïti à la réforme des Nations Unies, le chef du gouvernement intérimaire avait stigmatisé ce qu’il a qualifié de « politique de saupoudrage » appliquée par l’ONU dans ses actions de coopération avec les pays du Tiers Monde, dont Haïti.

L’aide internationale, fournie aux pays dans le besoin, se trouve trop souvent émiettée par l’attitude de « partage du gâteau », que les agences des Nations Unies tentent de s’arracher régulièrement au profit de leur structure administrative et au détriment de l’apport substantiel nécessaire, avait déploré l’ancien dirigeant de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) en accentuant sur l’insignifiance du reliquat de l’aide « au bout du compte » et en insistant sur l’expérience vécue avec les pays de l’Afrique.

« Nous autres, des pays pauvres, devons reconnaître que l’aide qui nous est apportée, si elle n’est pas une farce, c’est vraiment une mauvaise plaisanterie ».

« Comment comprenez-vous qu’après 50 ans de coopération (NDLR : avec l’ONU), Haïti ne dispose toujours pas de 3,000 kilomètres de routes et de deux cents mégawatts de courant électrique ? », s’est interrogé le chef du gouvernement d’Haïti en présence de plusieurs représentants du système des Nations Unies dans la république caribéenne, dont le coordonnateur résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le malien Adama Guindo.

La cause de la république caribéenne, en proie à une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années, a été aussi plaidée le 14 septembre par le président Luis Inacio Da Silva (Lula) du Brésil, pays qui dirige, depuis juin 2004, la Mission de Stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), avec environ 1,200 hommes sur 6,700 casques bleus.

Sans préciser la nature « du conflit », qu’il pense prévaloir en Haïti, Da Silva a assimilé l’option de la MINUSTAH à « une approche innovante du règlement du conflit et de reconstruction du pays. Celle-ci évite un recours excessif à la violence ou à des solutions imposées de l’extérieur, en encourageant le dialogue entre les acteurs politiques haïtiens et en soutenant le rétablissement des institutions et de l’économie nationale ».

A rappeler qu’au lendemain de la chute du régime lavalas le 29 février 2004, les pays dits amis d’Haïti avaient considéré qu’ils envoyaient, sur le terrain, une « force d’interposition ». Cette position sera révisée, un an plus tard, en juin 2005, avec une attitude plus active de la MINUSTAH contre les gangs armés ayant créé une situation de terreur (kidnappings, vols, viols, pillage, incendie de marchés publics, décapitation de personnes, etc.), notamment dans la capitale haïtienne, avec une « opération Bagdad » ouvertement revendiquée par les partisans de l’ancien régime et dont l’objectif consiste à obtenir le retour physique dans le pays de l’ex-dictateur Jean Bertrand Aristide.

Présent lui aussi au Sommet 2005 sur les changements à apporter à l’organisation mondiale, le Président du Brésil a estimé que "la promotion d’une culture du dialogue, un soutien au développement et une protection sans faille des droits humains » sont (étaient) « les meilleurs moyens pour combattre les menaces complexes auxquelles le monde est confronté ».

« Une meilleure coordination entre le Conseil de sécurité et le Conseil économique et social (ECOSOC) était nécessaire pour permettre que des crises, comme celles qui ont frappé Haïti, la Guinée-Bissau ou le Burundi, ne se reproduisent pas », a manifesté Luiz Inà cio Lula Da Silva.

Lula a par ailleurs appelé les Etats Membres à faire face aux nouvelles responsabilités qui incombent au Conseil de sécurité, en rendant ce dernier plus transparent et représentatif, c’est-à -dire en acceptant d’élargir le nombre de sièges de membres permanents et non permanents à davantage de pays en voie de développement.

Actuellement, les membres de l’ONU planchent sur une résolution finale à propos des modifications à introduire dans le mode de fonctionnement du Conseil de Sécurité et de toutes les autres instances de l’organisation, a pu savoir l’agence AlterPresse.

Aux côtés du Brésil, d’autres pays européens et latino-américains ont aussi renouvelé leur soutien à Haïti en proie à d’énormes difficultés, dans le cadre de cette assemblée générale plutôt spéciale de l’organisation mondiale.

Le 13 septembre 2005, le vice porte-parole du Ministère français des Affaires Etrangères (Quai d’Orsay) avait fait part, à Paris, de l’intention de la France de profiter de la 60e assemblée générale de l’ONU pour discuter, avec les pays amis d’Haïti, sur la possibilité d’envoyer une autre force militaire spécialisée dans ce pays des Caraïbes.

Cette force serait composée de gendarmes spécialisés, communément appelés « super gendarmes », pour compléter l’effectif de la MINUSTAH, avait laissé entendre le responsable français dans un point de presse, auquel avait pris part le correspondant d’AlterPresse dans la capitale française.

La reconstruction d’Haïti, l’aide au développement et la réalisation d’élections générales figurent parmi les points que comptent aborder les pays amis d’Haïti lors de ces assises, auxquelles participe le Premier Ministre intérimaire Gérard Latortue. [do rc apr 15/09/05 14 : 00]

(1) NDLR : L’Organisation des Nations Unies (ONU) a été créée le 24 octobre 1945, après l’entrée en vigueur de la Charte de San Francisco (25 juin de la même année) signée par 51 Etats, dont Haïti.