Español English French Kwéyol

Haïti - Un État à genoux : Pathétique. Il n’y a pas d’autre mot

Dans cette tribune, Michel Legros revient sur l’humiliation publique d’un ancien maire de Mirebalais contraint de solliciter la clémence de chefs de gangs, symbole selon lui de l’effondrement de l’autorité de l’État. Il met en cause l’inaction persistante des responsables face à l’avancée des groupes armés et plaide pour une réorganisation rapide de la Police nationale afin d’éviter une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire.

Tribune

Par Michel Legros*

Soumise à AlterPresse le 5 décembre 2025

Honte à l’État.

Honte à ce qu’il en reste.

Voir un ancien maire de Mirebalais, en pleurs, à genoux, supplier des chefs de gangs pour obtenir leur clémence - implorer le pardon de BBQ, de Jeff Gwo Lwa - pour des “fautes” que la population aurait pu commettre sans le savoir, c’est voir, incarnée dans un seul homme, la détresse de tout un pays.

Ces “fautes”, c’est simplement d’avoir cru qu’il existait encore un État haïtien derrière ces paravents que sont une présidence, une primature, un chef de police, un CSPN.

Un État capable de protéger.

Un État, tout simplement.

C’est cette croyance naïve mais compréhensible que l’on exige aujourd’hui de la population qu’elle expie, comme un péché contre l’ordre absurde qu’imposent les gangs.

Ironie tragique : c’est à Mirebalais, justement, que naquit le mouvement Mèsi Misye Leta. Une sorte de prémonition, qui pressentit la faillite du pouvoir avant qu’elle n’éclate au grand jour.

Honte aux responsables

Qu’ont-ils fait pour enrayer cette catastrophe annoncée ?

Pour libérer Mirebalais et Saut-d’Eau ?

Pour empêcher la répétition d’un massacre, annoncé, prévisible à Pont-Sondé ?

Le seul “crime” de ces habitants fut de croire que ce pouvoir d’incapables pouvait encore les protéger.

Aujourd’hui les bandes sont aux portes de Saint-Marc.

Elles tuent. Elles avancent. Elles contrôlent.

Et que fait l’État ?

Rien - sinon répéter encore et toujours la même litanie depuis quatre ans :
« Manque d’effectifs, pas de moyens, pas d’équipements ».

Refrain commode récité par des hommes qui n’ont jamais tenté d’agir. Voilà la vérité.

Pendant tout ce temps, vous n’avez rien entrepris. Alors dites-nous : qu’avez-vous l’intention de faire maintenant ?

À part attendre l’hypothétique force internationale après laquelle les soi-disant amis d’ Haïti ont tant soupiré, comme vous avez attendu, un an durant, les mille inutiles Kenyans du trio Biden, Blinken et Gutteres - autant d’opérations juteuses pour les vautours de l’International et leurs fidèles proxys tapis dans les chancelleries.

Pourtant, une solution existe

Réorganisez la PNH immédiatement.

En trois semaines, vous pouvez mettre sur pied un premier bataillon de combat opérationnel.
En six semaines, vous pouvez en avoir trois.

Cela n’entraverait point le déploiement de la force multinationale, ni le contrat du Blanc, qui continuera à jeter ses drones.

Ils auront ainsi leur argent.

Mais vous, au moins, vous aurez des résultats sur le terrain. Si vous ne faites rien, votre incompétence ne sera plus seulement de la servilité (vous êtes paralysés par une peur du Blanc qui n’a aucune raison d’exister tant que vous ne lésiez pas ses intérêts).

Elle franchira un seuil : elle deviendra criminelle.

Pitié pour Haïti, messieurs.

*Analyste politique
Contact : sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com