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Haïti : Vers le lancement d’une feuille de route consensuelle pour la lutte contre la corruption

P-au-P, 07 déc. 2025 [AlterPresse] --- Face à l’ampleur préoccupante de la corruption en Haïti, à ses effets dévastateurs sur l’administration publique ainsi que sur les conditions de vie déjà précaires de la population, l’organisme Ensemble contre la corruption (Ecc) présentera, le 17 décembre 2025, une feuille de route consacrée à la lutte contre ce fléau, en collaboration avec plusieurs institutions étatiques indépendantes, apprend AlterPresse.

Haïti figure parmi les pays les plus corrompus au monde. Selon l’Indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International, le pays occupe le 168ᵉ rang sur 180.

Cette corruption, désormais généralisée et institutionnalisée, affecte profondément les conditions de vie de la population et accentue la vulnérabilité du pays dans ses dimensions socioprofessionnelles, éducatives et économiques, constatent les experts.

La gouvernance publique et le système judiciaire se retrouvent gravement affaiblis par ce phénomène, lequel nourrit l’insécurité et différentes formes de criminalité, ajoutent-ils.

Dans le cadre de l’élaboration de cette feuille de route, Ecc a réuni un large éventail d’acteurs et d’actrices, notamment des représentant.e.s du Gouvernement et des cadres de l’administration publique, afin de formuler des propositions devant alimenter le document final. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un « partenariat pour la mise en place d’une plateforme multipartite dédiée à la lutte contre la corruption ».

L’initiative a été accueillie favorablement par l’ensemble des partenaires sollicités, qui, avec Ecc, se sont accordés sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de la corruption dans la société haïtienne.

Des personnalités issues tant du secteur public que de la société civile ont contribué à la réalisation du document, au terme d’un processus largement inclusif et démocratique. « Il s’agit également d’une œuvre à vocation nationale, puisque les consultations ont réuni des représentants d’institutions publiques et d’organisations de la société civile provenant des dix départements géographiques du pays », s’est félicité Edouard L. Paultre, secrétaire exécutif de Ensemble contre la corruption.

Selon lui, cette « Feuille de route consensuelle pour la lutte contre la corruption » rend compte de réflexions approfondies émanant de femmes et d’hommes désireux d’engager la nation sur la voie du respect des normes et des principes de bonne gouvernance ».

La présidente de l’organisation, Rosy Auguste Ducéna, a souligné que « là où s’installe la corruption, les droits humains en général, et en particulier les droits sociaux et économiques, ne sont ni respectés, ni protégés, encore moins réalisés ». Elle a établi un lien direct entre corruption, impunité (qu’il s’agisse de crimes financiers ou de droit commun) et la crise multidimensionnelle du pays ».

Cette analyse est partagée par le chef du Gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, pour qui « la corruption n’est pas un simple manquement dans la gestion des deniers publics, mais un fléau susceptible, à lui seul, d’expliquer le sous-développement d’Haïti ». D’où, selon lui, l’urgence de s’engager résolument dans la lutte.

Le Premier ministre a appelé l’ensemble des acteurs (fonctionnaires, agents publics, citoyens, organisations de la société civile, entrepreneurs, journalistes, enseignants, femmes et jeunes), à faire preuve d’unité, de vigilance et de courage. « Sans bonne gouvernance, il ne peut y avoir de sécurité publique. Aucune élection libre et honnête n’est possible sans elle », a-t-il déclaré.

La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca) a salué cette dynamique, rappelant que la Constitution impose aux citoyen.ne.s de dénoncer toute infraction relative aux fonds publics dont ils/elles auraient connaissance. Son président, Rogavil Boisguéné, met en avant l’importance de ce partenariat entre acteurs/actrices publics et société civile, lequel devrait favoriser l’émergence d’un consensus national autour des valeurs éthiques et des principes de la gouvernance démocratique.

« Haïti doit s’approprier et appliquer ces principes fondamentaux, qui constituent les clés d’une gestion publique performante, afin de transformer profondément son climat social, économique et politique », a-t-il affirmé.

Pourquoi une feuille de route contre la corruption ?

La crise sécuritaire, sans précédent et profondément anxiogène, frappe tous les secteurs de la société, aggrave les conditions socioéconomiques et détériore la qualité des services publics. La généralisation de la corruption compromet gravement la gouvernance et fragilise la stabilité politique. Pour éviter l’effondrement du pays, un sursaut national s’impose. C’est pourquoi l’Ecc préconise « un engagement social généralisé préalable à l’action répressive de l’État ».

La mise en œuvre rigoureuse de la feuille de route devrait permettre d’améliorer le fonctionnement de l’appareil d’État, de restaurer la confiance envers les autorités publiques et de combattre efficacement la corruption systémique.

Le document s’articule autour de cinq piliers essentiels : la redevabilité, la transparence, l’efficacité des dépenses publiques, l’éthique dans la fonction publique et la justice, ainsi que la participation citoyenne. [cj gp apr 07/12/2025 08:10]