À l’occasion des funérailles d’André « Dadou » Pasquet, célébrées ce samedi 29 novembre 2025 à New York, AlterPresse retrace le parcours de ce guitariste d’exception et fondateur du Magnum Band. Malgré une œuvre qui a marqué plusieurs générations et franchi les frontières, la reconnaissance accordée à son génie n’a pas toujours été à la hauteur de son talent.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P., 30 nov. 2025 [AlterPresse] --- La disparition de Dadou Pasquet (19 août 1953 – 23 novembre 2025) laisse un vide immense dans le paysage musical haïtien. Figure majeure du compas, il s’était imposé par une créativité singulière et une identité musicale profondément originale, saluées par de nombreux experts.
Pourtant, plusieurs spécialistes de la culture relativisent la place qu’il a réellement occupée en Haïti. Malgré la qualité de ses compositions et l’innovation que représentait le concept musical du Magnum Band, Dadou Pasquet n’a jamais bénéficié d’une reconnaissance proportionnelle à son talent. Lors de l’émission FwoteLide sur AlterRadio (106.1 FM et alterradio.org), l’animateur culturel Delano Morel a déploré que le public haïtien n’ait pas su apprécier pleinement l’apport exceptionnel de l’artiste.
L’adage « nul n’est prophète en son pays » s’appliquerait-il parfaitement à Dadou Pasquet ?
« La musique de Dadou et du Magnum Band a été boudée à ses débuts en Haïti », a témoigné Delano Morel, exprimant sa frustration devant l’ampleur des hommages posthumes, alors que l’artiste avait longtemps été ignoré dans son pays, durant les premières années du groupe.
Il rappelle d’ailleurs que d’autres formations mythiques, telles que le Caribbean Sextet ou l’orchestre Issa El Saieh dans les années 1940, avaient également connu un accueil mitigé au départ.
La ville des Cayes a toutefois fait figure d’exception en adoptant rapidement la musique du Magnum Band, précise Delano Morel. Il souligne même que l’un des tubes du groupe avait été composé pour remercier la cité d’Antoine Simon.
Malgré ces obstacles, le groupe de Dadou Pasquet a profondément marqué son époque, notamment grâce à son originalité.
« C’était un concept à la fois audacieux et novateur, un son résolument funky », affirme Delano Morel, qui afffirme avoir été surpris, à l’instar de nombreux mélomanes, que le public haïtien ait tardé à s’approprier la musique du Magnum Band, malgré une qualité artistique hors du commun. L’artiste avait même dû retourner vivre aux États-Unis.
Le paradoxe, souligne-t-il, est que Dadou Pasquet jouissait d’une notoriété considérable dans l’ensemble des Antilles.
Le promoteur culturel dénonce également une forme de boycott médiatique visant l’artiste et son groupe, laissant entendre que cette nouvelle esthétique musicale dérangeait autant qu’elle pouvait captiver.
Par son style innovant, imprégné de sonorités jazz et funk, la création de Dadou Pasquet a mis du temps à conquérir un public haïtien attaché à un certain conservatisme musical.
« Le public haïtien assimile lentement les concepts novateurs », observe-t-il.
Delano Morel classe d’ailleurs le Magnum Band parmi les cinq plus grands groupes mini-jazz haïtiens de tous les temps, aux côtés notamment du Caribbean Sextet, des Frères Déjean, du Skah-Shah et du Tabou Combo.
Un artiste aux multiples facettes
Dadou Pasquet impressionnait autant par sa virtuosité à la guitare que par sa créativité, sa voix, et son talent de compositeur et d’arrangeur.
Il décrivait avec finesse les réalités sociales dans des titres comme Libèté, tout en célébrant l’amour dans d’autres, tels que « Ou pi la ».
Son œuvre détient un pouvoir de transmission intergénérationnelle indéniable. Toutefois, Delano Morel estime que le concept musical du Magnum Band a relativement peu évolué, restant fidèle à son encrage funky.
Le rôle du secteur privé
Le membre du conseil de la Fondation Culture Création déplore par ailleurs le manque d’implication du secteur privé dans la valorisation de la musique haïtienne.
« Dadou Pasquet aurait pu devenir un phénomène mondial s’il avait bénéficié d’un accompagnement adéquat », affirme-t-il, soulignant la nécessité de mieux encadrer et soutenir les artistes qui se distinguent.
Delano Morel invite vivement à redécouvrir l’art de Dadou Pasquet, regrettant que trop peu de personnes mesurent réellement la richesse de l’œuvre de cette légende.
Un visionnaire
Dadou Pasquet, auteur de nombreux hits dont « Libète », « Grann », « Paka Pala », était un visionnaire qui a cherché à faire évoluer la musique haïtienne, rappelle Delano Morel.
Installé à New York depuis 1968 avec sa famille, il avait été inspiré par son oncle, le chanteur et compositeur Dòdòf Legros.
Il avait intégré le Tabou Combo comme guitariste dès l’adolescence, avant de quitter la formation pour fonder le Magnum Band, dont il demeura le maestro, guitariste et chanteur jusqu’à son décès.
Formé au Staten Island Community College et auprès du guitariste Alix « Tit » Pascal, Dadou Pasquet avait été influencé par les grands groupes nord-américains des années 1970, Chicago, Tower of Power, Earth Wind & Fire, qui ont façonné sa signature musicale : arrangements complexes, grooves puissants et longues improvisations instrumentales. [cj gp 30/11/2025 07:30]
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