P-au-P., 26 nov. 2025 [AlterPresse] — Le coordonnateur des actions au Conseil présidentiel de transition (Cpt), Laurent Saint-Cyr, estime « légitimes » les « préoccupations » exprimées par plusieurs partenaires internationaux face aux démarches visant à révoquer le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Dans une lettre, adressée ce 26 novembre 2025 aux autres membres du Cpt et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse, il en appelle à « l’unité », au « discernement » et à la « responsabilité nationale », alors que les initiatives en faveur d’un changement de gouvernement « se sont intensifiées » ces derniers jours.
Saint-Cyr avertit qu’une décision précipitée pourrait entraîner un « bouleversement majeur » de l’équilibre politique à moins de deux mois du 7 février 2026. Selon lui, un renvoi du chef du gouvernement « porterait un coup sévère » aux efforts sécuritaires en cours – notamment ceux menés avec la Force de répression des gangs (Frg) – ainsi qu’au processus électoral en préparation.
« Préoccupations » versus « menaces »
Cette position tranche avec celle exprimée la veille par un autre membre du Cpt, Fritz Alphonse Jean, qui a dénoncé publiquement ce qu’il qualifie de véritables « menaces » diplomatiques visant à empêcher le remplacement du premier ministre.
Lors d’un point de presse le mardi 25 novembre 2025, Jean a affirmé avoir reçu directement des messages de diplomates étrangers, notamment des États-Unis et du Canada, exerçant des pressions sur lui pour qu’il renonce à toute initiative de destitution de Fils-Aimé.
Selon lui, un message WhatsApp attribué au chargé d’affaires américain à Port-au-Prince, Henry Wooster, lui aurait été adressé en ces termes :
« Si vous et votre famille tenez à votre relation avec les États-Unis, je vous exhorte avec la plus grande fermeté à renoncer aux initiatives visant à remplacer le Premier ministre et à publier plutôt le décret électoral. Ce n’est pas le moment de tester la détermination des États-Unis ».
Un autre message, attribué cette fois à l’ambassadeur du Canada, André François Giroux, lui demanderait explicitement de confirmer que les démarches contre le chef du gouvernement étaient abandonnées, au nom de la « continuité » et de la « stabilité ».
Ces correspondances présumées nourrissent les dénonciations de Fritz Jean, qui accuse des diplomates étrangers de vouloir influencer directement les décisions internes du Cpt.
⚖️ Haïti – Divergences au sein du CPT
Saint-Cyr prône la stabilité, Jean dénonce les échecs du gouvernement et les pressions étrangères
| Points clés | Laurent Saint-Cyr | Fritz Alphonse Jean |
|---|---|---|
| 1. Position sur le Premier ministre | S’oppose à toute révocation ; priorité à la stabilité et à la continuité institutionnelle | Souhaite le renvoi immédiat du PM pour « incompétence » et « insubordination » |
| 2. Évaluation de l’action gouvernementale | Met en avant « petites victoires » sécuritaires et efforts conjoints avec la Primature et partenaires internationaux | Critique la mauvaise exécution du budget, l’inaction face aux groupes armés et l’incapacité à répondre aux besoins sociaux et sécuritaires |
| 3. Lecture de la situation sécuritaire | La continuité permet de consolider les avancées et poursuivre la lutte contre l’insécurité | L’insécurité persiste, la police est mal équipée, aucune stratégie efficace appliquée |
| 4. Organisation des élections | Avertit qu’un bouleversement politique pourrait compromettre le processus électoral | Le gouvernement met en péril l’organisation des élections de 2026 malgré le calendrier du CEP |
| 5. Relations internationales | Parle de « préoccupations légitimes » des partenaires | Dénonce des « menaces » directes via messages WhatsApp des États-Unis et du Canada pour bloquer le renvoi du PM |
| 6. Conséquences de la sanction américaine | Mentionne les inquiétudes internationales avec ton conciliateur | Se considère visé par les restrictions de visa ; exige que Washington fournisse « la moindre preuve » de son prétendu soutien aux gangs et rejette les accusations |
| 7. Posture générale et ton | Conciliateur, centré sur la stabilité et le dialogue | Accusatoire, technique, focalisé sur les échecs du gouvernement et l’ingérence étrangère, défendant la rupture pour restaurer un gouvernement responsable |
Contexte de tensions croissantes
Ces dénonciations interviennent à la suite de l’annonce par les États-Unis de restrictions de visa visant un fonctionnaire haïtien, dont l’identité n’a pas été rendue publique.
Se considérant personnellement visé, Fritz Alphonse Jean a réagi sur X en réclamant à Washington « la moindre preuve » d’un prétendu soutien de sa part aux gangs armés. Il rejette catégoriquement ces accusations, qu’il juge infondées.
Jean maintient par ailleurs son appel à un changement immédiat de gouvernement, reprochant à Alix Didier Fils-Aimé son « incompétence » et son « insubordination ».
Selon lui, la Primature aurait failli dans ses responsabilités en matière de sécurité, de gouvernance et de préparation des élections.
Le Conseil électoral provisoire a proposé, le 14 novembre, un calendrier fixant la présidentielle au 30 août 2026, à rebours des attentes initiales d’un scrutin avant le 7 février 2026.
Tout cela se déroule sur fond de violences persistantes liées aux gangs armés dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, alors qu’Haïti n’a pas organisé d’élections depuis 2016.
Dans sa lettre, Saint-Cyr plaide pour une « transition pacifique et ordonnée », tandis que Fritz Jean continue de réclamer un changement rapide de gouvernement, dénonçant à la fois les pressions étrangères qu’il dit subir et les défaillances internes de la Primature. [apr 26/11/2025 20:10]
