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Haïti-Rép. Dom. : Le Sjm-Haïti juge « inhumaines » les conditions de rapatriement des milliers de migrants haïtiens

P-au-P, 20 nov. 2025 [AlterPresse] --- Le Service jésuite aux migrantes et migrants (Sjm-Haïti) s’insurge contre les mauvais traitements infligés à des milliers de migrantes et migrants haïtiens lors de leur rapatriement, dans un rapport transmis à l’agence en ligne AlterPresse.

Du 1er au 31 octobre 2025, les autorités de la République dominicaine ont rapatrié de force 11, 235 migrantes et migrants haïtiens dans des conditions jugées « inhumaines », indique-t-il.

Par ailleurs, 8 061 autres personnes ont choisi de retourner volontairement en Haïti.

Durant cette période, des violations répétées des droits humains ont été constatées à la frontière, où la situation humanitaire demeure préoccupante, alerte le Sjm-Haïti.

Lors d’une intervention à l’émission Fwote Lide sur AlterRadio 106.1, le directeur national du Sjm-Haïti, Germain Clerveaux, a dressé un constat alarmant des conditions de rapatriement.

Des ressortissantes et ressortissants haïtiens, dont certains en attente de régularisation de leur situation, soient arbitrairement arrêtés sur leur lieu de travail ou à leur domicile, puis transportés dans des véhicules surchargés vers des centres de détention, déplore-t-il.

Il souligne également que les avocats de certains détenus ne sont même pas autorisés à leur rendre visite.

Le Sjm-Haïti signale une intensification des rapatriements et expulsions, souvent effectués dans des camions mal ventilés, causant malaises et indispositions parmi les personnes transportées.

Les migrantes et migrants haïtiens sont aussi victimes de détentions prolongées, allant de 5 à 8 jours, sans garanties légales, de libérations tardives après 20 h, de vols commis par des agents migratoires, ainsi que de libérations conditionnées à des paiements sous pression.

Le 30 octobre, le décès d’une personne non identifiée a été signalé sous le pont de la rivière Massacre.

Le Sjm-Haïti dénonce également le fait que des personnes disposant d’un passeport étranger soient contraintes, pour quitter le territoire dominicain et entrer en Haïti, soit de demander une autorisation spéciale, soit de verser illégalement des frais à des agents postés à la frontière.

Il qualifie cette pratique de violation des droits humains, en contradiction avec la déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit à toute personne la liberté de circulation.

Le Service jésuite aux migrantes et migrants recommande aux autorités dominicaines d’assurer des conditions de transport dignes pour les personnes rapatriées.

Il demande la mise à disposition de véhicules adaptés, sécurisés et conformes aux normes humanitaires, en remplacement des camions fermés et non ventilés.

L’organisation exige également le renforcement des capacités des acteurs de première ligne, notamment par des formations destinées aux agents de la Police des frontières (PoliFront), axées sur l’accueil et la protection des personnes migrantes, ainsi que sur l’identification rapide des mineurs et des cas de vulnérabilité.

Le Sjm-Haïti appelle l’État haïtien à garantir la présence permanente de représentants de la migration sur le pont frontalier, à toute heure, afin d’assurer une prise en charge adéquate des rapatriés.

Il recommande d’améliorer la documentation, de renforcer le plaidoyer en faveur des migrantes et migrants, de promouvoir un dialogue bilatéral entre Haïti et la République dominicaine, de lancer des campagnes de sensibilisation et de lutter contre la stigmatisation. [emb apr 20/11/2025 12 :20]