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Haïti - Nègès Mawon célèbre ses 10 ans de luttes féministes et honore une quinzaine d’institutions et personnalités

P-au-P., 18 nov. 2025 [AlterPresse] — L’organisation féministe haïtienne Nègès Mawon a célébré, samedi, ses dix ans d’existence lors d’une cérémonie haute en couleurs à Pétion-Ville, en présence de responsables publics, d’organisations féministes, d’acteurs de la société civile et de délégations diplomatiques, a constaté AlterPresse.

Fondée en 2015, Nègès Mawon milite contre les conséquences du système patriarcal sur les filles et les femmes. L’organisation revendique justice, égalité, accès aux droits, aux ressources et aux opportunités, ainsi qu’au bien-être et au bonheur pour toutes.

Un hommage aux pionnières du féminisme haïtien

Dans son discours principal, Pascale Solages, coordonnatrice de Nègès Mawon, a réaffirmé la détermination de l’organisation à poursuivre la lutte contre les discriminations, l’impunité, la corruption, les violences systémiques et les héritages du colonialisme et de l’impérialisme.

Elle a livré un témoignage personnel fort, rappelant que Nègès Mawon appartient à chaque femme et à chaque fille qui a besoin d’un espace où elle se sent aimée, respectée, valorisée, aidée, en sécurité et accompagnée. Elle-même n’avait pas eu accès à un tel espace dans son enfance, marquée par des violences sexuelles, conjugales et gynécologiques. Ce vécu, a-t-elle souligné, a façonné son engagement à protéger la dignité et l’humanité des femmes haïtiennes.



Pascale Solages a rendu hommage aux organisations féministes historiques qui ont tracé la voie, comme la SOFA, Kay Fanm, la Fondation Toya, Fanm Deside et plusieurs autres. Ces structures, a-t-elle rappelé, ont transmis la rage de lutter et le désir de se battre non seulement pour soi-même, mais pour toutes les femmes.

Des plaques pour dix ans de combats

Quatorze plaques d’honneur ont été attribuées à des institutions et personnalités ayant contribué au combat féministe en Haïti. Une plaque posthume a été décernée à la militante assassinée Antoinette Duclaire, et d’autres hommages ont distingué notamment la Fondasyon Konesans ak Libète (FOKAL) et la militante féministe Danièle Magloire, dirigeante de Kay Fanm.

AlterPresse a également été honorée. Nègès Mawon a salué son engagement journalistique au service de la justice, de la mémoire et de la dignité, mettant en avant ses enquêtes, ses prises de position, l’amplification des voix marginalisées et la documentation des résistances sociales avec intégrité et courage.

« Nègès Mawon vous honore, vous remercie, vous célèbre », lit-on sur la plaque remise par la coordonnatrice adjointe, l’actrice Gaëlle Bien-Aimé.

Pour la rédaction d’AlterPresse, cette reconnaissance est un puissant encouragement à continuer un travail auquel elle croit profondément  : offrir un espace pluraliste, attentif aux femmes et aux questions de genre, et capable de faire évoluer la société.

Un engagement renouvelé et des perspectives élargies

Dans son intervention, Gaëlle Bien-Aimé a rappelé que, malgré le temps qui passe, le combat reste vif et essentiel à la survie collective. L’espoir, a-t-elle insisté, ne disparaît jamais.


Elle a présenté les orientations stratégiques qui guideront Nègès Mawon dans les prochaines années, notamment la mobilisation et le plaidoyer politique, le renforcement des programmes de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, la transmission des savoirs et de la mémoire féministe, les initiatives en matière de technologies et d’autonomie économique dans une perspective décoloniale, ainsi qu’une gouvernance axée sur le leadership et le soin collectif.

Ces orientations reposent sur une philosophie claire articulée autour du pouvoir de lutter, de dénoncer, de créer et de transmettre, de se relier et de se libérer.

Art, culture et politique : un féminisme vivant


La cérémonie a également mis en avant une expression artistique diversifiée, combinant théâtre, poésie, performances et images fortes rappelant l’esprit du festival féministe, initiative pionnière marquant l’histoire récente de l’organisation.

Le décor, particulièrement créatif, a révélé l’énergie de nombreuses jeunes femmes dont l’engagement a été salué avec admiration.

En dix années d’existence, l’organisation féministe affirme avoir mené plus de cinquante campagnes de sensibilisation sur les droits des femmes et des filles, organisé plus d’une centaine de formations en communication, leadership et genre, et formé plus de mille cinq cents femmes et jeunes dans ses programmes.

La célébration des dix ans de Nègès Mawon a été également l’occasion de rappeler que, dans un pays confronté à la violence, à l’impunité et à de multiples crises, la voix des femmes et des organisations qui les soutiennent reste importante pour la société. [apr 18/11/2025 16 :00]