En dominant le Costa Rica 1-0 jeudi soir 13 novembre 2025 à Curaçao, Haïti s’ouvre la voie vers une deuxième participation à une Coupe du monde. Une performance majeure, qui témoigne de la volonté farouche d’un peuple encore marqué par de profondes épreuves.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 15 nov. 2025 [AlterPresse] — Par sa victoire contre le Costa-Rica 1-0 jeudi soir 13 novembre 2025 à Curaçao, Haiti s’offre la possibilité d’une deuxieme qualification pour la principale Coupe du monde de la Fifa. Un exploit désormais à portée de main illustrant la force et le courage d’un pays meurtri.
Le match
Les astres semblaient favorables à Haïti en cette soirée du jeudi 13 novembre 2025. Vainqueurs, non sans difficulté, du Costa Rica (1-0) à Willemstad (Curaçao), les Grenadiers se relancent pleinement dans la course à la qualification pour la Coupe du monde de la FIFA 2026.
Après l’affront subi face au Honduras lors de sa précédente sortie, la sélection nationale s’est même offert une opportunité inespérée de rejoindre la grande fête du football nord-américain l’été prochain, profitant de la défaite inattendue du Honduras (0-2) au Nicaragua.
Le premier but signé Frantzdy Pierrot dans cette phase finale des éliminatoires est survenu au moment opportun, ravivant le rêve haïtien d’une participation au Mondial. L’attaquant de l’AEK Athènes a conclu d’un plat du pied d’une précision chirurgicale, trompant Keylor Navas, au terme d’une superbe action collective initiée par Josué Casimir.
L’ailier de l’AJ Auxerre a su percevoir l’appel de Ruben Providence, lequel a délivré un centre parfait, permettant une réalisation qui consacrait la lucidité et l’allant offensif de la formation haïtienne peu avant la pause.
La suite fut l’affaire de la défense. L’arrière-garde haïtienne s’est illustrée par une remarquable solidité. Guidée par l’expérience de l’ancien défenseur du Baltimore de Saint-Marc et du Don Bosco de Pétion-Ville, Ricardo Adé et portée par un Johny Placide impérial, la sélection a su contenir les assauts centraméricains.
À 37 ans, Placide a signé une prestation exceptionnelle pour sa 79ᵉ cape, réalisant six arrêts décisifs. Il rejoint ainsi Meschack Jérôme sur le podium des joueurs les plus capés de l’histoire du football haïtien, derrière les figures emblématiques, Emmanuel Sanon (100 sélections) et Pierre-Richard Bruny (94 sélections).
Une qualification presque acquise ?
Les Grenadiers ont désormais leur destin entre leurs mains. Une victoire face au Nicaragua, le 18 novembre, associée à un résultat nul ou négatif du Honduras contre le Costa Rica, leur ouvrirait les portes d’une qualification directe pour le Mondial 2026. Ils peuvent également viser la deuxième place du groupe, synonyme de barrage pour accéder à la prestigieuse compétition internationale.
Un exploit possible, en contraste avec la réalité nationale ?
Haïti pourrait accomplir un nouvel exploit en décrochant une seconde qualification pour la Coupe du monde masculine senior de la FIFA, après celle de 1974 en République fédérale d’Allemagne. Ces dernières années, le football haïtien a déjà brillé sur plusieurs scènes internationales.
La sélection nationale féminine A a atteint le sommet du football mondial en participant à la Coupe du monde 2023. La sélection féminine U20 l’avait précédée en 2018 alors que la sélection masculine U17 s’est illustrée en 2007, 2019 et tout récemment en 2025.
L’aspiration à une nouvelle qualification pour la Coupe du monde n’a jamais cessé d’habiter la mémoire collective, nourrie par l’épopée de la « génération dorée » des années 1970 composée entre autres de Manno Sanon, Philippe Vorbe et Guy Saint-Vil, qui avait offert au pays son premier billet pour le Mondial en 1974.
À cette époque, le football bénéficiait d’une priorité manifeste au sein de l’État.
La sélection nationale pouvait également accueillir ses matchs éliminatoires au stade Sylvio-Cator, à Port-au-Prince, profitant de l’enthousiasme et du soutien massif du public haïtien. Ses succès face à Porto Rico, aux Antilles néerlandaises, à Trinidad and Tobago, au Honduras et au Guatemala ont permis la qualification, malgré une défaite (0-1) contre le Mexique lors de la dernière journée.
Euphorique, le président (et jeune dictateur) Jean-Claude Duvalier avait promis aux joueurs une prime de 300 000 dollars par victoire et de 200 000 dollars par match nul au Mondial. Cette récompense ne leur fut jamais attribuée, la sélection s’étant inclinée face à des adversaires d’un calibre supérieur dans un « groupe de la mort » comprenant l’Italie, finaliste de la dernière édition, l’Argentine, future championne du monde en 1978, et la Pologne.
Malgré trois revers, l’équipe a marqué les esprits grâce à la performance mémorable d’Emmanuel Sanon, qui a mis fin à l’impressionnante série d’invincibilité du légendaire gardien italien Dino Zoff (1143 minutes sans encaisser de but).
Le championnat national connaissait alors un âge d’or, animé par une rivalité féconde entre les deux géants de Port-au-Prince : le Racing Club Haïtien et le Violette Athletic Club, principaux pourvoyeurs de la sélection.
Depuis plusieurs années cependant, le football haïtien est paralysé, victime de la détérioration du climat sécuritaire, de problèmes structurels persistants et d’une instabilité administrative profonde. Le manque criant d’infrastructures est manifeste, tandis que la perte de nombreux jeunes talents représente un défi majeur pour la Fédération haïtienne de football (FHF).
À ces difficultés s’est ajouté un scandale majeur impliquant plusieurs dirigeants, dont Yves Jean-Bart, président de la FHF durant vingt ans, radié à vie par la FIFA en 2020 après des accusations d’abus sexuels sur mineures révélées par la presse internationale. Depuis lors, aucune élection n’a été organisée, l’institution étant placée sous la direction d’un comité de normalisation composé de trois membres.
Les performances des différentes sélections nationales s’en sont trouvées affectées, pénalisées par un manque d’organisation et de ressources financières. Haïti s’est retirée de plusieurs compétitions internationales de jeunes, faute de financement ou en raison de circonstances exceptionnelles.
Malgré ce contexte, la sélection U17 est parvenue à se qualifier pour la Coupe du monde de la FIFA au Qatar. De son côté, la sélection masculine senior se rapproche aujourd’hui d’un retour parmi l’élite mondiale.
Le football haïtien survit, envers et contre tout.
Cette persévérance illustre la résilience profonde du peuple haïtien, capable de surmonter l’insuffisance des moyens, les difficultés structurelles, l’instabilité et l’isolement.
Les Haïtiennes et Haïtiens se mobilisent d’une seule voix derrière les Grenadiers, avec l’espoir de célébrer dignement la bataille de Vertières, le 18 novembre, par une qualification honorifique pour la Coupe du monde. [cj apr 15/11/2025 22:30]
