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Ouragan Mélissa : Petit-Goâve meurtri avec 25 morts sur 43 en Haïti, le RNDDH critique l’inaction de l’État

Le passage dévastateur de l’ouragan Mélissa a laissé un lourd bilan en Haïti, avec 43 morts dont 25 à Petit-Goâve, commune particulièrement meurtrie par la crue de la rivière La Digue. Dans un rapport, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) déplore l’insuffisance des mesures préventives prises par les autorités et estime qu’un tel drame aurait pu être évité.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 07 nov. 2025 [AlterPresse] --- Le passage dévastateur de l’ouragan Mélissa sur Haïti a laissé derrière lui un paysage de désolation, particulièrement à Petit-Goâve, commune lourdement frappée et profondément meurtrie. Sur les 43 décès recensés à ce jour, 25 ont été enregistrés dans la ville natale du célèbre académicien Dany Laferrière.

Dans un rapport consulté par AlterPresse, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) exprime ses plus vifs regrets quant à l’insuffisance et l’inadéquation des mesures préventives adoptées par les autorités étatiques.

Treize personnes demeurent portées disparues, tandis que vingt et une autres ont été blessées, précise le rapport.

Au-delà des lourdes pertes en vies humaines, les dégâts matériels se révèlent considérables. Les pluies diluviennes ont provoqué d’importantes inondations et la crue de plusieurs rivières. Des milliers d’habitations ont été submergées, d’innombrables têtes de bétail emportées, et de vastes superficies agricoles emportées.

Près de deux mille sinistrés ont dû trouver refuge dans des abris provisoires, indique le Rnddh, qui signale les bilans les plus tragiques dans les départements de l’Ouest (notamment Petit-Goâve), du Sud, du Sud-Est, des Nippes et de la Grand’Anse.

La rivière La Digue, sortie de son lit, a porté un coup fatal à la commune de Petit-Goâve, endommageant le pont et submergeant les quartiers de La Digue et de Borne-Soldat. Ces inondations ont entraîné la mort d’au moins vingt-cinq personnes, dont douze enfants.

Le récit est d’une atrocité saisissante : la majorité des victimes ont été emportées par les eaux en furie. Certains corps ont été retrouvés en état de décomposition, d’autres parmi lesquels celui d’un nourrisson, ont été dévorés par des chiens, selon les témoignages recueillis par le Rnddh.

De nombreuses familles ont tout perdu et ont dû se réfugier dans des centres d’accueil ou chez des proches.

La situation est particulièrement critique dans la douzième section communale de Petit-Goâve. « La digue principale a cédé, inondant presque tout le territoire », a expliqué Maître Nosalito Soliman, président du CASEC, lors de son intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio (106.1 FM et www.alterradio.org).

⚠ Victimes à Petit-Goâve : 25 morts sur 43 recensés en Haïti

Selon le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), 25 personnes ont péri à Petit-Goâve lors du passage de l’ouragan Mélissa, sur un total de 43 morts dans tout le pays. La majorité des victimes sont des enfants, principalement dans les localités de La Digue, Borne-Soldat et Fond Fable.

Principales victimes identifiées :
• Luter Cilien, 80 ans, père de 6 enfants, Borne-Soldat (Anba Mòn) – emporté par la crue de La Digue, retrouvé accroché à un arbre.
• Yvrose Attis, 70 ans, mère de 8 enfants, La Digue – emportée avec sa maison, corps retrouvé par sa famille.
• Ediouna Charles, 5 ans, Fond Fable – emportée par les eaux, parents sauvés.
• Viergeline Godard, 6 ans, Petit-Goâve – emportée par les eaux.
• Elisabeth Godard, 3 ans, Petit-Goâve – emportée par les eaux.
• Wideline Godard, 1 mois, Petit-Goâve – dévorée par des chiens après le passage des eaux.
• Quatre enfants Cilien (2 à 6 ans), Carrefour La Digue – maison submergée, corps retrouvés dans la localité et sous le pont.
• Calla Hyppolite, 22 ans, Borne-Soldat – déficiente motrice, emportée par la crue, retrouvée sous la boue.
• Lenchise Rosiclaire, 12 ans, La Digue – emportée par la rivière, corps retrouvé sous le pont.
• Keïcha Rosiclaire, 3 ans, La Digue – corps retrouvé trois jours plus tard.
• Elismé Jean Paul, 67 ans, Zone pont La Digue – emporté avec sa maison, retrouvé à Trou Sable.
• Yvencia Mercure, 5 ans, Borne-Soldat – emportée par les eaux.
• Johana Mercure, 3 ans, Borne-Soldat – emportée par les eaux.
• Esaïe Genty, 31 ans – emporté par les eaux, conjointe et belle-fille rescapées.

Bilan partiel : 17 victimes identifiées par leur nom, dont 12 enfants (≈48% des victimes à Petit-Goâve).
Le RNDDH dénonce l’insuffisance des mesures préventives de l’État et estime qu’un tel bilan aurait pu être évité.

Les communes de Petite-Rivière-de-Nippes, de Miragoâne et de Paillant, dans le département des Nippes, ont elles aussi été durement frappées par l’ouragan Mélissa. Au moins cent huit familles y ont tout perdu, indique encore le Rnddh.

Les autres victimes ont été recensées dans les départements du Sud (quatre morts) et de la Grand’Anse (cinq décès pour l’heure), notamment dans les localités de Corail, Dame-Marie, Pestel, Léon et Castillon.

Le réseau des routes principales reliant Jacmel à Bainet, Bainet à Port-au-Prince et Jacmel à Port-au-Prince demeure, depuis le passage de l’ouragan (environ deux semaines), totalement coupé, alerte le Rnddh.

S’il reconnaît les efforts consentis par l’État à travers ses entités déconcentrées, notamment la Direction de la Protection civile (DPC), le Rnddh déplore que les mesures préventives mises en œuvre étaient essentiellement limitées à des actions de communication.

« Ces actions n’ont pas permis d’éviter la catastrophe », regrette l’organisme, estimant qu’un tel bilan aurait pu être évité.

« Aucune rivière n’a été curée », déplore encore le rapport, et « aucune communauté exposée, telles celles de La Digue et de Borne-Soldat », n’a été déplacée. Le Rnddh fustige ainsi des mesures préventives « cosmétiques et inadéquates ».

« Nous privilégions toujours l’évacuation volontaire, mais certaines personnes refusent de quitter leur domicile, par crainte des vols ou par attachement à leurs biens » a expliqué Maître Ronald Louis, responsable de la Protection civile à Petit-Goâve, lors de sa participation à l’émission FwoteLide.

Selon une source locale contactée par AlterPresse, des travaux d’entretien ont été entamés cette semaine au niveau de la rivière La Digue, sans plus de précisions.

« Chaque année, nous recommandons le curage de la rivière avant la saison pluvieuse afin de réduire les risques d’inondation. Malheureusement, rien n’a été fait », a déploré Maître Louis, précisant que le lit de la rivière n’a pas été curé depuis plus de trente ans.



Une aide dérisoire pour les familles endeuillées ?

Les autorités envisagent d’allouer deux cent cinquante mille (250, 000) gourdes aux familles des victimes décédées en plus de couvrir les frais funéraires. Une somme que le Rnddh juge insuffisante, rappelant qu’à la suite de l’attaque armée du 24 décembre 2024 à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, un million (1, 000 000) de gourdes avaient été octroyées aux proches des victimes et entre cent mille (100, 000) et cinq cent mille (500, 000) gourdes aux blessés survivants.

Le Rnddh souligne que si la vie humaine n’a pas de prix, l’État ne saurait décider unilatéralement de la valeur d’une existence par rapport à une autre.

L’organisation recommande enfin aux autorités publiques de mettre en place une assistance psychologique, médicale et financière au bénéfice des victimes et de leurs familles. [cj gp 08/11/2025 07 : 00]