P-au-P, 24 oct. 2025 [AlterPresse] — Le coût de la vie continue d’augmenter rapidement en Haïti. L’inflation a encore progressé en septembre 2025, tirée surtout par la hausse constante des prix des produits alimentaires et par une explosion sans précédent du tarif de l’électricité, selon les données officielles publiées par le Ministère de l’économie et des finances (Mef).
L’Indice des prix à la consommation (Ipc, base 100 en 2017-2018) est passé de 546.6 en août 2025 à 556.4 en septembre 2025, soit une hausse mensuelle de 1.8 %. Sur une année, les prix ont augmenté en moyenne de 31.9 %, contre 31.1 % le mois précédent.
Les produits alimentaires et l’électricité en tête des hausses
La hausse touche pratiquement tous les secteurs, mais les produits alimentaires, les vêtements, le logement et la restauration sont les plus concernés.
• Les prix des aliments ont augmenté de 1.9 % sur un mois et de 35.1 % sur un an.
• Le coût du logement, de l’eau, du gaz et de l’électricité a progressé de 1.9 % sur un mois et de 48.8 % sur un an, en raison notamment de la hausse spectaculaire du prix de l’électricité (+575 % sur un an).
• Les repas pris à l’extérieur ont augmenté de 3.1 % sur un mois et de 32.3 % sur un an.
Parmi les produits qui pèsent le plus lourd dans cette inflation, on retrouve :
• Le riz (+38.5 %), le maïs (+33.3 %), les viandes (+41.9 %), l’huile comestible (+43.3 %), la banane (+42.1 %) et les pois (+37.8 %).
• Dans le logement, le loyer a augmenté de 41.5 % et le charbon de bois de 36.6 %.
Globalement, les produits locaux ont vu leurs prix grimper de 34.1 %, tandis que les produits importés ont augmenté de 28.7 %.
Les régions les plus touchées sont l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, le reste de l’Ouest et le Sud, où les hausses annuelles dépassent les 32 %, selon le Mef.
Une inflation qui aggrave la faim et la précarité
Cette flambée des prix survient dans un contexte déjà critique pour les ménages haïtiens.
Plus de la moitié de la population (51 %) se trouve actuellement en insécurité alimentaire aiguë, selon le dernier rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (Ipc), publié par la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (Cnsa).
Entre mars et juin 2026, la proportion de personnes en situation de faim grave pourrait atteindre 53 %, avertit la Cnsa.
Les zones les plus touchées sont l’Artibonite (sauf les Gonaïves), le bas Plateau central, le Nord-Ouest, La Gonâve, ainsi que les quartiers pauvres de Port-au-Prince, notamment Cité Soleil.
Cette aggravation est alimentée par les violences armées et les déplacements massifs de population.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), Haïti compte désormais 1,4 million de Personnes déplacées internes (Pdi), un chiffre record.
Ces familles déplacées exercent une pression supplémentaire sur les ressources locales déjà limitées.
La Cnsa souligne que la crise alimentaire est le résultat combiné de plusieurs facteurs :
• une économie en récession depuis six ans,
• la persistance de l’insécurité,
• la hausse continue des prix des produits de base,
• et la faiblesse de la production agricole, souvent affectée par les chocs climatiques.
Les plus vulnérables sont les petites commerçantes et commerçants des zones sous contrôle de groupes armés, les travailleuses et travailleurs ayant perdu leurs emplois, les agricultrices et agriculteurs dépendant de leurs récoltes, ainsi que les personnes déplacées internes vivant dans des conditions précaires.
En résumé, la hausse du coût de l’électricité, conjuguée à celle des produits alimentaires essentiels, alourdit encore le fardeau des familles haïtiennes déjà fragilisées par la pauvreté, l’insécurité et les déplacements forcés.
L’inflation, proche de 32 %, continue ainsi d’éroder le pouvoir d’achat et d’alimenter la crise humanitaire dans le pays. [apr 24/10/2025 15:00]
