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Haïti-Drones kamikazes : Le Rnddh dénonce l’abandon des victimes et exige la protection civile

P-au-P, 23 octobre 2025 [AlterPresse] – Le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) déplore l’absence de réaction des autorités étatiques après les attaques par drones kamikazes des 6 et 20 septembre 2025, et interpelle le Conseil présidentiel de transition (Cpt), la primature et le Conseil supérieur de la Police nationale (Cspn) sur leur responsabilité envers les victimes et leurs familles.

Dans son rapport publié un mois après l’opération du 20 septembre à Simon Pelé, et transmis à AlterPresse, le Rnddh relève que seize (16) personnes ont été tuées, dont huit (8) enfants âgés de trois à douze ans, et quatre (4) autres blessées.

Plusieurs maisons ont été détruites. La tragédie a touché des enfants participant aux festivités de l’anniversaire du chef de gang Steevenson ALBERT alias Djouma.

Pour l’attaque du 6 septembre 2025, survenue au centre-ville de Port-au-Prince, onze (11) personnes ont été tuées, aucune n’étant liée à un gang armé, ce qui soulève de graves questions sur la précision et la proportionnalité de ces opérations.

Le Rnddh dénonce « le cynisme » des autorités face aux victimes et à leurs familles, contraintes de se tourner vers des chefs de gangs pour organiser les funérailles, en raison de l’inaction de l’État.

Cette politique absentéiste encourage le recours aux bandits armés dans des zones défavorisées, illustrant un véritable abandon des populations.

Un recours aux drones aux résultats contestés

Depuis le 1er mars 2025, l’État haïtien a multiplié les opérations par drones kamikazes contre les fiefs des gangs armés, à commencer par Jimmy CHERIZIER alias Barbecue à Delmas 6. Entre mars et octobre 2025, au moins vingt (20) opérations ont été recensées dans des fiefs de Village de Dieu, Grand-Ravine, Delmas 6, Delmas 30, Bas Delmas, Bel Air, Kenscoff, Torcel et Pernier. Le bilan officiel fait état de plus de deux cents (200) bandits tués et cent-cinquante (150) blessés.

Cependant, les chefs de gangs notoires continuent de circuler librement, narguant les autorités dans des vidéos et poursuivant leurs attaques contre la population. La majorité des victimes tuées lors des frappes sont des jeunes, des enfants et des civils, révélant de graves dommages collatéraux.

Depuis le 19 août 2025, les frappes ont tué des civils et des agents de l’État, comme lors de l’explosion de drones à Carrefour Maroca (Kenscoff) ou au centre-ville de Port-au-Prince le 6 septembre. Les frappes des 6 et 20 septembre illustrent cette dérive avec 11 et 16 morts, dont huit enfants à Simon Pelé.

Le Rnddh souligne : « Aucune stratégie de lutte contre le banditisme ne peut justifier l’assassinat de jeunes enfants », rappelant les engagements d’Haïti envers la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et le droit international humanitaire.

Le Rnddh exige des mesures concrètes pour protéger la population

Le Rnddh appelle les autorités à contacter et soutenir les familles des victimes et à protéger les civils lors des interventions par drones.

L’organisation demande également que les fonds de l’État destinés au renseignement soient pleinement mobilisés pour cibler efficacement les bandits armés tout en minimisant les pertes civiles.

Le Rnddh recommande également la création d’une cellule de coordination impliquant toutes les forces de l’ordre, opérant dans le respect de la déontologie et du droit international, afin d’éviter de nouvelles victimes collatérales.

Les drones kamikazes, utilisés pour contrer les gangs armés lourdement armés, ont montré leurs limites : absence de coordination, ciblage imprécis et dommages collatéraux élevés.

Malgré plus de deux cents (200) bandits tués et cent-cinquante (150) blessés, aucun chef de gang notoire n’a été touché. Parallèlement, la population continue de subir des attaques et des massacres, tandis que les chefs de gangs circulent librement et défient les autorités.

Le Rnddh conclut que l’État haïtien doit assumer sa responsabilité dans la protection de la population civile, reconnaître ses erreurs et cesser de laisser le vide sécuritaire aux mains des bandits armés. [apr 23/10/2025 17:00]