Alors que l’Organisation des Nations unies (Onu) parle d’« une nouvelle étape d’espoir » pour Haïti, la crise reste entière et l’échéance du 7 février 2026 approche sans cap clair. Pour le Dr. Josué Renaud, les universités et autres institutions stables doivent assumer le leadership d’une issue nationale crédible.
Interview
P-au-P, 23 oct. 2025 [AlterPresse] --- Le directeur exécutif du New england human rights organization (Nehro), Dr. Josué Renaud, appelle les universités, les Églises, la presse et les organisations sociales à prendre le leadership d’une solution nationale avant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (Cpt), prévue le 7 février 2026.
Dans un entretien à AlterRadio depuis Boston, il estime que l’avenir du pays ne peut dépendre d’initiatives étrangères, mais des institutions haïtiennes pérennes, garantes de la mémoire et de la conscience nationale.
« L’Université, l’Église et la société civile doivent s’unir pour dire : assez, c’est assez. Ce sont elles qui détiennent la conscience du pays, pas les ambassades », affirme-t-il.
Cet appel intervient alors que le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu) a adopté, le 22 octobre 2025, la résolution 2793, autorisant la création d’une Force de répression des gangs (Frg ou Gsf en Anglais) et d’un Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (Banuh ou Unsoh en Anglais).
Le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), Carlos Ruiz Massieu, a salué une « nouvelle étape d’espoir pour les Haïtiens », estimant que ces structures marquent « un jalon clé pour renforcer les capacités opérationnelles des forces de sécurité ».
Dans son intervention, le 22 octobre 2025, devant le Conseil de sécurité de l’Onu, il a toutefois reconnu que la situation demeure dramatique, les gangs gardant leur emprise sur Port-au-Prince et plusieurs régions, et a mis en garde contre l’absence de cap politique clair :
« L’horloge de la transition tourne, mais aucune trajectoire solide ne se dessine encore vers un gouvernement démocratiquement élu », a-t-il déclaré.
« La solution doit venir d’Haïti, pas d’une tutelle »
Le Dr. Renaud partage le constat de crise, mais rejette toute approche de tutelle étrangère.
« Depuis 2003, avec l’initiative d’Ottawa sur Haïti, des forces extérieures ont cherché à maintenir une instabilité permanente. Aujourd’hui encore, le pouvoir est confisqué par des collabos dociles qui obéissent sans réfléchir », dénonce-t-il.
Selon lui, les élites politiques et économiques, détachées du pays, ont abandonné leur mission nationale :
« Beaucoup de dirigeants vivent à l’étranger, leurs familles aussi. Ils utilisent l’État pour voler et fuir ».
Trois priorités : Sécurité, dialogue, refondation institutionnelle
Pour éviter une nouvelle impasse après le 7 février 2026, le Dr. Renaud plaide pour un processus de concertation nationale, dirigé par les institutions haïtiennes les plus stables.
Il identifie trois priorités essentielles :
1. Sécurité nationale : reprise du contrôle du territoire par des forces légitimes, accompagnée d’un programme de désarmement et de réinsertion ;
2. Dialogue politique inclusif : création d’un espace de consultation pour dégager un accord haïtien sur la transition ;
3. Refondation institutionnelle : restauration de la crédibilité de l’Université, de la justice et de la presse libre.
« L’avenir d’Haïti ne viendra pas des chancelleries. La vraie légitimité naît d’un processus conduit par nos institutions, celles qui incarnent le savoir et la conscience du pays », insiste-t-il.
Un appel au courage et à la jeunesse
Le militant adresse enfin un message à la jeunesse haïtienne :
« Haïti a besoin de jeunes courageux, conscients, porteurs de dignité et d’espoir. »
Citant le cardinal de Villeneuve, il conclut :
« Aux heures tragiques où nous vivons, il nous faut une jeunesse qui porte dans sa poitrine un cœur, dans ses flancs une force et sur sa tête une gloire ».
Alors que les Nations unies appellent à « transformer les engagements en progrès réels », le Dr. Renaud avertit :
« Si les institutions pérennes ne prennent pas le relais, le pays replongera dans un nouveau cycle d’improvisation et de dépendance. Il est temps que les Haïtiennes et Haïtiens, elles-mêmes et eux-mêmes, écrivent la prochaine page de leur histoire ». [apr 23/10/2025 12:20]
