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Produits Pétroliers : la grogne monte sur l’île d’Haïti

P-au-P., 12 sept. 05 [AlterPresse] --- Pour la troisième fois, en moins d’un mois, la population haïtienne devra faire face à une nouvelle hausse de plus de 10% des prix à la pompe des produits pétroliers, enregistrés le 11 septembre sur le marché national.

Dès la matinée du 12 septembre, des chauffeurs de transports publics et des passagers ont commencé à avoir des altercations, des fois très vives, entre de nouveaux tarifs réclamés impromptu sur différents circuits et les disponibilités financières des consommatrices et consommateurs, a observé AlterPresse dans la capitale haïtienne.

Beaucoup de passagers ont catégoriquement refusé, le 12 septembre, de verser les surplus exigés par les conducteurs pour compenser le manque à gagner résultant de la nouvelle augmentation des prix.

A chaque nouvelle augmentation des prix des produits pétroliers, il en résulte une détérioration des relations, voire des frictions, entre chauffeurs et passagers, notamment des couches défavorisées du pays.

L’incidence la plus marquante sera vraisemblablement pour les parents, de toutes les catégories sociales, qui doivent débourser de fortes sommes d’argent pour le paiement des différents trajets à leurs enfants, se rendant à l’école et devant plus ou moins grignoter des mets légers pendant les journées de cours. C’est seulement le 12 septembre que la majorité des élèves du pays ont repris le chemin des classes pour l’année académique 2005 - 2006, qui aurait dû débuter le 5 septembre selon le vœu du Ministère de l’Education Nationale.

Aujourd’hui, il devient de plus en difficile de faire le plein de carburant pour les ménages disposant de véhicules privés.

Entre-temps, les autorités n’ont pipé mot sur d’éventuelles dispositions envisagées pour permettre à la population d’affronter les incidences de la nouvelle hausse, malgré les manifestations, depuis début 2005, de groupes sociaux ayant appelé à la cessation des pratiques néolibérales du gouvernement intérimaire. Auparavant, elles avaient argué de leur incapacité à agir sur les prix des produits pétroliers, dont les variations successives, ont-elles renouvelé, doivent être imputées au mouvement de l’offre et de la demande sur le marché international, en particulier la baisse de production chez les pays exportateurs du Moyen Orient en proie à de graves conflits de guerre.

Anxieux, plusieurs consommatrices et consommateurs se demandent comment elles et ils vont pouvoir affronter les effets multiplicateurs prévisibles de la nouvelle flambée des prix des produits pétroliers sur le marché national. Le pire est à venir, prédisent-ils.

Une jeune étudiante a raconté à AlterPresse combien elle a été surprise de constater une nette augmentation des prix de produits essentiels. Par exemple, un sachet de pain qui se vendait à 5 gourdes (0.11 dollar américain) est passé à 6 gourdes, un morceau de hareng saur qui coûtait 2 gourdes est aujourd’hui vendu à 5 gourdes, a-t-elle déploré la mort dans l’âme.

Outre la grogne suscitée par la nouvelle hausse des prix des produits pétroliers, les ménages craignent des répercussions globales sur l’ensemble des secteurs d’activités, qui risquent d’être terriblement affectés dans les jours à venir.

Même les pompistes, qui débitent les produits pétroliers dans les stations d’essence, s’inquiètent aussi des retombées sur leur vie quotidienne.

« On nous impute souvent la responsabilité de la hausse des prix, alors que nous aussi nous en subissons les conséquences. Nous ne sommes pas propriétaires, nos salaires de misère nous permettent à peine de subsister » s’est plaint un pompiste à AlterPresse.

Depuis le 11 septembre les stations d’essence affichent 187 gourdes au lieu de 161 gourdes pour le gallon de gazoline octane 95 ; 173 gourdes au lieu de 156 pour la gazoline octane 91 ; 116 gourdes au lieu de 103 gourdes pour le gallon de diesel ; 114 gourdes au lieu de 100 gourdes pour le gallon le gallon de kérosène, communément appelé gaz blanc, à usage domestique très répandu en Haïti.

Peu après le 12 août 2005, les prix à la pompe étaient respectivement de 143 gourdes le gallon de gazoline 95 octane, 138 gourdes le gallon de gazoline 91 octane et 103 gourdes le gallon de diesel.

Par ailleurs, les syndicalistes dominicains ont menacé le 12 septembre d’entamer de grands mouvements de protestation, en territoire voisin, contre la nouvelle hausse des prix des produits pétroliers, effective sur le marché dominicain depuis le 10 septembre 2005.

La gasoline Premium a subi une hausse de 13.80 pesos et est vendue maintenant à RD $138.80 pesos (un dollar américain vaut actuellement 30 pesos dominicains) le gallon ; le gallon de gasoline régulière est passé de 115.40 à RD $127.60 ; le gallon de diesel coûte aujourd’hui 92.30 au lieu de 87.20 pesos auparavant, tandis que le gallon de diesel Premium est vendu à RD$95.10

Cependant, dans une adresse à la nation faite à Santo Domingo dans la soirée du 11 septembre, le président dominicain Leonel Fernandez a appelé la population de son pays à adopter des mesures d’austérité en ce qui concerne l’utilisation de l’énergie, de manière à affronter la hausse répétée des prix des produits pétroliers sur le marché international. Il en a profité pour annoncer certaines dispositions gouvernementales pour diminuer la consommation des produits pétroliers au niveau des institutions étatiques. [lf rc do apr 12/09/2005 16 :00]