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Haïti-Sécurité alimentaire : Plus de la moitié de la population menacée par la faim, selon la dernière analyse Ipc

P-au-P, 16 oct. 2025 [AlterPresse] --- Plus de la moitié de la population haïtienne, soit environ 51 %, se trouve en situation d’insécurité alimentaire aiguë entre septembre 2025 et février 2026, selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (Ipc), publiée par la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (Cnsa) et consultée par AlterPresse.

La situation devrait s’aggraver légèrement au cours de la période de mars à juin 2026, pour atteindre 53 % de la population.

Les zones les plus touchées sont le département de l’Artibonite (Nord), à l’exception des Gonaïves, le Bas Plateau central, le Nord-Ouest, l’île de La Gonâve (Ouest), les camps de personnes déplacées ainsi que les quartiers pauvres et très pauvres de Port-au-Prince, notamment Cité Soleil (périphérie nord).

Par rapport à la précédente évaluation, la proportion de personnes en insécurité alimentaire aiguë est passée de 48 % à 51 %, traduisant une détérioration continue de la situation.

Cette aggravation survient dans un contexte où les violences armées s’intensifient à travers le pays, forçant des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers et à se réfugier dans des sites de fortune ou dans des communautés d’accueil déjà fragilisées.

Selon des estimations récentes de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), le nombre de Personnes déplacés internes (Pdi) a atteint 1,4 million de personnes, un niveau record, avec une forte concentration dans les départements de l’Artibonite et du Plateau central. Ces déplacements massifs exercent une pression accrue sur les ressources locales, aggravant la vulnérabilité alimentaire des familles hôtes et déplacées.

La Cnsa souligne que la crise alimentaire actuelle résulte de la combinaison d’une économie en récession depuis six années consécutives, de la persistance de l’insécurité et des violences armées, de la pression inflationniste sur les produits de base et de la faiblesse de la production agricole, affectée par des chocs climatiques récurrents.

Les groupes les plus exposés comprennent les petites commerçantes et petits commerçants des zones sous influence de groupes armés, les travailleuses et travailleurs ayant perdu leurs emplois en raison de la fermeture d’entreprises, les Personnes déplacées internes vivant dans des conditions précaires, les agricultrices et agriculteurs dépendant de leurs propres récoltes, ainsi que les commerçantes et commerçants affecté.e.s par la perturbation du transport interurbain.

La dégradation du contexte humanitaire est accentuée par les retours forcés de migrantes et de migrants haïtien.ne.s en provenance de pays voisins, notamment de la République Dominicaine, et par les impacts des catastrophes naturelles sur la production agricole et les infrastructures rurales.

Face à cette situation alarmante, la Cnsa appelle à une action urgente et concertée pour fournir une assistance alimentaire immédiate et protéger les moyens d’existence des ménages les plus touchés.

Le coût de l’inaction, avertit-elle, risquerait d’avoir des conséquences graves sur la survie et la stabilité des communautés déjà fragilisées par les déplacements, les pertes économiques et la désorganisation des circuits de production et de distribution.

Parmi les priorités de réponses identifiées, figurent la mise en œuvre d’interventions d’urgence ciblées auprès des populations les plus vulnérables, l’extension des programmes de protection sociale, le renforcement des moyens de subsistance face aux chocs récurrents - sécheresse, cyclones, inflation, insécurité - ainsi qu’une meilleure articulation entre les actions humanitaires et les politiques de développement, afin d’adresser les causes structurelles de l’insécurité alimentaire dans le pays.

Cette nouvelle alerte de la Cnsa s’ajoute aux appels répétés des agences humanitaires, dont l’Oim, qui plaident pour un soutien international renouvelé et durable, afin d’éviter une aggravation de la crise humanitaire en Haïti, où la faim, les violences et la pauvreté se conjuguent désormais dans un même cycle de vulnérabilité. [apr 16/10/2025 17:00]