P-au-P, 13 oct. 2025 [AlterPresse] --- Le Collectif de la Société Civile, regroupant le Collectif du 4 Décembre, plusieurs associations, regroupements et personnalités indépendantes, exprime son rejet de la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 30 septembre 2025, qui prévoit la création d’une Force de répression des gangs (Frg) en Haïti.
Sous couvert d’assistance internationale, cette résolution « ouvre la voie à une nouvelle intervention militaire étrangère », estime le Collectif, dans une note transmise à AlterPresse. Il plaide pour une solution nationale durable, fondée sur le renforcement des institutions haïtiennes.
Selon la déclaration, « aucune force étrangère n’a jamais apporté à Haïti la paix durable, la stabilité ou la dignité ». Les interventions successives de ces trente dernières années ont plutôt semé « désillusion, scandales, abus et dépendance », tout en affaiblissant les institutions nationales.
Trois piliers pour une solution haïtienne durable
Pour le Collectif, la véritable issue à la crise haïtienne réside dans la reconstruction interne de l’État et la restauration des capacités souveraines du pays. La note met en avant trois piliers essentiels :
• Les Forces armées d’Haïti (Fad’H), qui doivent être adéquatement équipées et responsabilisées pour défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale ;
• La Police Nationale d’Haïti (Pnh), qui doit être soutenue, équipée et encadrée pour garantir la sécurité publique ;
• Un système judiciaire indépendant et efficace, garant de l’État de droit et de la justice pour tous.
« Protéger notre souveraineté n’est pas un slogan nationaliste, mais une exigence historique et morale », souligne encore la déclaration.
Le Collectif appelle à une mobilisation citoyenne autour d’un projet de reconstruction institutionnelle, sociale et morale, fondé sur la solidarité, la discipline et la fierté haïtienne.
« Reprenons-nous ! Sauvons Haïti, notre pays ! », conclut la note.
Certaines voix politiques vont dans le même sens
Certaines voix politiques ont également exprimé leur désaccord avec la résolution. Le parti Kontrapèpla, notamment, considère la résolution 2793 comme « une nouvelle occupation sous autorisation des Nations unies ».
Kontrapèpla estime que les 5 500 étrangers attendus dans le cadre de la Frg « représentent un groupe armé de plus » et que le projet vise à « entériner la disparition de l’État-nation haïtien dans sa forme historique ».
Le mouvement met en garde contre « un plan visant à faire croire que le peuple haïtien est incapable de se gouverner lui-même », afin de justifier une tutelle internationale.
Selon le parti politique Union nationale pour l’intégration et la réconciliation (Unir), la présence de forces étrangères en Haïti s’apparente à une forme de tutelle partielle.
Le coordonnateur national du parti, Clarens Renois, précise qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une tutelle politique ou administrative, mais qu’« au plan sécuritaire, c’est évident ».
Il souligne que des forces étrangères « sont présentes, circulent librement, et certaines zones ne sont accessibles qu’à travers elles ».
Tout en rappelant que cette tutelle a été « demandée par nous-mêmes », Renois estime qu’elle doit « inciter chaque patriote à réfléchir profondément à la direction que nous voulons pour notre pays ».
Une résolution sous Chapitre VII de la Charte de l’Onu
Adoptée sur la base du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, la résolution 2793 autorise le déploiement d’une Force de répression des gangs (Frg) pour appuyer la lutte contre les groupes armés responsables de milliers de morts depuis 2022.
Cette démarche vise des acteurs criminels non étatiques, une première dans l’histoire des opérations de maintien de la paix onusiennes.
Un Groupe permanent de partenaires – composé notamment des Bahamas, du Canada, du Kenya, des États-Unis et d’Haïti – est chargé de la coordination stratégique de la mission.
Plusieurs autorités de la transition, ainsi que des pays étrangers et des organisations nationales et internationales, ont saluté l’adoption de cette résolution.
Entre janvier et juin 2025, plus de 3,000 personnes ont été tuées en raison de l’escalade des violences armées, contraignant plus de 1,3 million de personnes à fuir leurs domiciles depuis 2023.
Si plusieurs experts saluent le caractère « ciblé » et « non multidimensionnel » de cette initiative, d’autres soulignent les défis opérationnels liés à l’absence d’une force intérimaire prête à intervenir rapidement.
Des organisations, comme Défenseurs Plus, appellent à la vigilance :
« La Frg ne doit pas devenir une béquille d’un pouvoir sans assise populaire. Elle doit favoriser une transition haïtienne crédible et un retour à l’État de droit », souligne l’organisation. [apr 13/10/2025 22:00]
