Alors que le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp) a lancé officiellement la rentrée des classes, le mercredi 1er octobre 2025, dans le département du Nord-Est, seuls quelques établissements ont réellement ouvert leurs portes, observe AlterPresse. Face aux multiples contraintes et défis persistants, cette nouvelle année académique s’annonce particulièrement difficile.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 03 oct. 2025 [AlterPresse] — Inauguration officielle, discours solennels… Malgré la cérémonie de rentrée des classes dans les locaux flambant neufs de l’École nationale de Maquillon, dans la commune de Les Perches (Nord-Est), en présence des plus hautes autorités de l’éducation, la plupart des écoles publiques du département restent fermées, constate AlterPresse
À Ouanaminthe, Fort-Liberté et Terrier-Rouge, seuls quelques établissements privés accueillent des élèves, tandis que dans les zones frappées par les violences des gangs, la reprise complète des cours demeure un défi majeur.

Parents inquiets, enfants à la maison
Outre la précarité économique, l’expansion de la criminalité dans la région nourrit une profonde inquiétude chez les parents, notamment à Ouanaminthe. Redoutant pour la sécurité de leurs enfants, beaucoup préfèrent, pour l’instant, les garder à la maison.
La situation est similaire dans une grande partie des départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Plateau central.
Des milliers de familles déplacées par les violences armées peinent à subvenir à leurs besoins élémentaires et sont dans l’incapacité d’assurer la scolarisation de leurs enfants, alors même que l’insécurité reste omniprésente.
Le cas du lycée Horatius Laventure
À Delmas 75, en banlieue de la capitale, le lycée Horatius Laventure, qui doit accueillir environ 2,500 élèves cette année, est prêt à 90 %, selon son directeur, Daddy Charles, intervenant à l’émission FwoteLide sur AlterRadio et relayée par AlterPresse.
Toutefois, l’établissement souffre encore de carences structurelles : un toit endommagé, l’absence de service de premiers secours et la cohabitation avec des élèves venus d’autres écoles publiques, comme l’École nationale de la République de l’Équateur.
De son coté, Marguerite Clérié, présidente de l’Association des écoles privées, insiste sur l’importance de maintenir l’uniformité des programmes et du calendrier scolaire. Elle exprime toutefois son désaccord avec la décision du Menfp de repousser la rentrée, qu’elle considère contraire à la tradition et aux planifications des familles.
Le Menfp prévoit, pour l’année académique 2025-2026, un calendrier de 186 jours de classe et 11 jours de congé, avec un volume horaire allant de 844 heures en préscolaire à 1,116 heures pour le secondaire.
Les préoccupations des syndicats
L’Union des parents d’élèves progressistes haïtiens (Upeph) dénonce les pratiques abusives attribuées à certaines écoles privées, accusées de fonctionner en dehors du cadre légal fixé par le Menfp. Elle appelle les autorités à restructurer ou relocaliser les établissements fortement affectés par la violence des gangs et réclame un véritable mécanisme d’accompagnement des familles, rappelant que les promesses de l’État n’ont pas été tenues lors du précédent exercice.
Selon une enquête de l’Upeph, pas moins de 1,500 établissements scolaires étaient, en mai 2025, dans l’impossibilité de fonctionner dans le département de l’Ouest.
Durant l’année 2024-2025, 347 écoles privées et 51 écoles publiques ont dû suspendre leurs activités dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
L’enseignement supérieur et la formation professionnelle n’ont pas été épargnés : les 12 facultés de l’Université d’État d’Haïti (Ueh), 50 universités privées et de nombreux centres techniques ont été perturbés par la terreur des gangs armés.
De son côté, l’Union nationale des normaliens et éducateurs haïtiens (Unnoeh) condamne la décision du Menfp de fixer la rentrée au 1er octobre 2025, sans avoir répondu aux revendications syndicales ni respecté ses promesses d’accompagnement.
Son coordonnateur, Kenson Délice, qualifie cette approche de fantaisiste.
Il avertit qu’il sera impossible de respecter le calendrier scolaire, compte tenu des menaces de troubles politiques, de catastrophes naturelles et de l’activisme des groupes armés.
Il exhorte l’État à créer de meilleures conditions de travail pour les enseignants, condition indispensable à la stabilité du système éducatif.
Des mesures gouvernementales controversées
Le Menfp affirme avoir adopté plusieurs dispositions pour favoriser la rentrée : appui logistique en collaboration avec le Ministère des tavaux publics, transports et communications (Mtptc), le Ministère des affaires sociales et du travail (Mast) et le Fonds national de l’éducation (Fne) ; nettoyage des grandes artères urbaines ; accompagnement financier pour 240,000 familles vulnérables ; réhabilitation d’écoles endommagées ; et élargissement du programme de cantines scolaires, qui devrait passer de 200,000 à un million de repas chauds par jour.
Le directeur général du Menfp, Yves Roblin, déclare espérer que 60 à 70 % des 18,000 établissements scolaires du pays seront en mesure d’ouvrir leurs portes.
La Police nationale d’Haïti (Pnh) assure, pour sa part, avoir renforcé ses dispositifs sécuritaires dans les principales agglomérations à l’occasion de la rentrée.
Selon son porte-parole, le commissaire Michel-Ange Louis-Jeune, diverses unités spécialisées sont mobilisées et déployées dans des zones stratégiques, afin d’assurer un rôle dissuasif, protéger les élèves et fluidifier la circulation. [cj gp apr 03/10/2025 14:00]
