Face au chaos persistant en Haïti, l’ingénieur-agronome et responsable politique Jean André Victor appelle à une réorientation urgente des priorités nationales. Il insiste sur la nécessité de répondre en premier lieu aux urgences de sécurité, d’alimentation et de déplacement forcé, plutôt que de s’enfermer dans des débats institutionnels.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, le 10 set. 2025 ---- Alors que la République d’Haïti s’enfonce dans un chaos sans précédent, les débats publics demeurent focalisés sur l’organisation du référendum constitutionnel, la tenue d’élections et le remplacement de l’équipe au pouvoir. Tel est le constat de l’ingénieur-agronome Jean André Victor, intervenant à l’émission FwoteLide, diffusée sur AlterRadio 106.1 FM et en ligne.
Le coordonnateur du Mouvement patriotique populaire dessalinien (Mopod) et du Collectif du 30 janvier appelle à une réorientation urgente des priorités nationales. Il insiste sur la nécessité d’accorder une attention immédiate aux urgences nationales : crise de gouvernance persistante, déplacement forcé de plus de 1,3 million de citoyen.ne.s fuyant la violence des groupes armés, et insécurité alimentaire quasi généralisée.
Selon lui, les problèmes majeurs résident dans le rétablissement de la sécurité, l’approvisionnement alimentaire et le retour des déplacés dans leurs quartiers d’origine. Jean André Victor exhorte les acteurs politiques à engager un dialogue franc et inclusif, fondé sur un langage de vérité, afin d’évaluer les pistes réelles de sortie de crise.
Une transition contestée et un vide institutionnel à éviter
L’agronome souligne l’urgence de trouver une solution avant le 7 février 2026 pour éviter un vide institutionnel susceptible d’aggraver l’instabilité. Il remet en cause la légitimité du Conseil présidentiel de transition (Cpt), qu’il qualifie d’inefficace, impopulaire, non constitutionnel, illégal et illégitime. À ses yeux, toute action entreprise par cette instance serait entachée d’irrégularités.
Jean André Victor précise que le problème ne se situe pas dans la transition en elle-même, mais dans la gestion des urgences nationales. Il plaide pour le remplacement des membres actuels du Cpt et préconise une nouvelle formule de gouvernance, mieux adaptée à la réalité du pays.
Il met aussi en garde contre les multiples propositions en circulation, jugées inadéquates ou prématurées, et met l’accent sur la nécessité de définir d’abord une orientation claire et des objectifs précis en matière de bonne gouvernance.
Pour une gouvernance responsable et une autonomie nationale renforcée
Face à la précarité croissante, Jean André Victor invite les fonctionnaires publics à faire preuve de dignité, de probité et de responsabilité, afin de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
Saluant, avec prudence, l’initiative américaine en faveur de l’envoi d’une force internationale contre les gangs armés, il rappelle toutefois que la solution sécuritaire d’Haïti ne saurait être exclusivement importée. La crise, dit-il, est structurelle. Il appelle donc à renforcer les capacités nationales et à développer une résilience collective pour endiguer les maux endémiques.
« Le problème ne sera pas résolu par l’éradication physique des bandits. Il est nécessaire de développer une certaine autonomie au niveau national et de construire une véritable capacité de résistance », affirme-t-il.
Il déplore également l’absence d’un leadership national fort et fédérateur, capable de mobiliser les ressources disponibles et d’assurer une unité de commandement dans la gestion des crises.
Le défi structurel au cœur des priorités
Jean André Victor regrette que les préoccupations conjoncturelles continuent d’éclipser les réformes structurelles essentielles. Ce déséquilibre, selon lui, engendre un déficit de vision à long terme et empêche de traiter en profondeur les causes réelles de la crise.
Il réitère la nécessité d’une négociation inclusive à portée structurelle, débouchant sur des mesures concrètes et durables. Il plaide pour tourner la page des discours stériles et entrer dans une ère d’action responsable et réfléchie.
L’ingénieur-agronome encourage une analyse approfondie des dynamiques sociales, en identifiant clairement les causes, les conséquences et les solutions viables. Les réponses, affirme-t-il, sont bel et bien à portée de main, à condition de s’attaquer sérieusement aux pertes évitables.
Jean André Victor souligne que la réduction des gaspillages systémiques permettrait de dégager des ressources considérables pour le développement national. Il évoque à ce titre des pertes annuelles estimées entre 3 et 4 milliards de dollars, dues principalement au gaspillage dans la production agricole, l’énergie et la gestion des ressources naturelles et humaines. [cj gp 10/09/25 08 : 50]
