P-au-P, 02 sept. 2025 --- Le coordonnateur du Conseil haïtien des acteurs non étatiques (Conhane), Edouard Paultre, également secrétaire exécutif du regroupement Ensemble contre la corruption (Ecc), exhorte l’État haïtien à mettre en œuvre des mesures de réparation en faveur des victimes des violences perpétrées par les gangs armés.
Les finances publiques ne disposent pas de la capacité nécessaire pour gérer cette question de réparation, souligne le Conhane.
Edouard Paultre propose que les fonds destinés à la réparation proviennent de l’argent confisqué issu de l’économie criminelle, que la Banque de la République d’Haïti (Brh), dite Banque centrale, pourrait contribuer à retracer.
Il s’est exprimé à ce sujet lors de l’émission FwoteLide, diffusée sur AlterRadio 106.1 FM et suivie par l’agence en ligne AlterPresse.
Les gangs armés ne peuvent rester totalement en dehors du système bancaire, compte tenu des sommes qu’ils manipulent, affirme-t-il.
Ils disposent de canaux et d’intermédiaires au sein même du système bancaire, insiste-t-il.
Paultre pointe la responsabilité des autorités étatiques, mais également celle de la communauté internationale, dans les souffrances des personnes déplacées, victimes des actes de terreur des gangs.
Des familles déplacées issues de Solino, Nazon, Delmas 24 et 30, vivant depuis plus de huit mois dans des camps dans des conditions inhumaines, ont récemment visité leurs quartiers dévastés, à la suite d’un appel au retour et à la paix, lancé par le porte-parole de la coalition criminelle Viv Ansanm, le chef de gang Jimmy Chérizier, alias "Barbecue".
Face à l’ampleur des destructions causées par ces groupes criminels, ces familles hésitent à regagner leurs quartiers, toujours sous le contrôle des gangs.
« C’est inacceptable », s’indigne Edouard Paultre, qu’un chef de gang puisse diffuser de tels messages sur les réseaux sociaux.
Il regrette également l’absence d’une réponse officielle du gouvernement à ce message politique, estimant qu’un porte-parole gouvernemental aurait dû intervenir, plutôt qu’un chef de la police.
En réponse à l’appel lancé par "Barbecue", la Police nationale d’Haïti (Pnh) a invité, le 30 août 2025, la population à faire preuve de prudence et à ne répondre qu’aux signaux officiels, afin d’éviter de servir de boucliers humains.
« Le problème sécuritaire du pays est avant tout politique. Nos dirigeants préfèrent attendre l’intervention de l’étranger pour résoudre nos problèmes. Ils n’élaborent aucun plan. C’est un pouvoir qui ne résout rien, qui ne produit aucune réflexion sur la problématique sécuritaire », dénonce le Conhane.
Entre janvier et juin 2025, les violences des gangs armés ont causé plus de 3 000 morts et ont entraîné, depuis 2023, le déplacement forcé de 1,3 million de personnes, dont la moitié sont des enfants, selon les Nations unies. [emb apr 02/09/2025 11:25]
