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Armes américaines pour le malheur d’Haïti : Un ex-policier de Floride condamné à trois ans de prison

P-au-P, 21 août 2025 [AlterPresse] —L’ambassade des États-Unis d’Amérique en Haïti se félicite de la condamnation de l’ex-policier Michael Adrian Nieto, il y a environ une semaine, par la justice américaine, pour trafic illégal international d’armes à feu.

L’homme, âgé de 31 ans, a acheté et revendu, entre le 6 juin 2022 et le 4 septembre 2024, près d’une soixantaine d’armes à feu, qui ont ensuite été acheminées clandestinement à des criminels en Haïti, en République Dominicaine et à Porto Rico.

Des faits qu’il a reconnus en décidant de plaider coupable le 13 février 2025.

« Il va maintenant passer trois ans dans une prison fédérale », se réjouit l’ambassade américaine dans une note publiée sur sa page X (ex-Twitter), consultée par l’agence en ligne AlterPresse.

« L’ère de l’impunité est terminée », prévient l’ambassade des États-Unis en Haïti.

Les réseaux criminels impliqués

D’après le verdict judiciaire, Nieto a fourni des armes à Ernesto Vazquez, membre d’une structure criminelle ayant facilité le transfert clandestin de centaines d’armes à feu en République dominicaine, à Porto Rico et en Haïti.

Nieto a utilisé les bases de données de la police pour fournir des informations sensibles et confidentielles à Vazquez, déplore la justice américaine.

Il a été appréhendé le 17 octobre 2024 par des agents du Bureau fédéral d’enquête (Fbi) et du Bureau de l’alcool, du tabac, des armes à feu et explosifs (Atf), après une perquisition effectuée à son domicile, au cours de laquelle 12 armes à feu ont été retrouvées.

Lien entre violences en Haïti et armes américaines

Plusieurs rapports d’organismes divers et d’observatrices et observateurs internationaux établissent une corrélation entre les violences armées en Haïti et le trafic d’armes et de munitions américaines.

Début août 2025, une trentaine de députés américains ont appuyé leur collègue Sheila Cherfilus-McCormick et le membre de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentantes et représentants aux États-Unis d’Amérique, Gregory W. Meeks, exhortant l’administration politique de Donald Trump à prendre des mesures pour freiner le trafic d’armes et de munitions américaines, qui alimente la terreur et d’autres actes de violence en Haïti.

Ces congresswomen et congressmen ont interpellé le secrétaire d’État Marco Rubio et la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem sur l’impact négatif de l’escalade des violences des gangs terroristes en Haïti.

Alors qu’elle connaît un afflux vertigineux d’armes et de munitions illégales d’origine américaine, Haïti ne fabrique ni armes ni munitions, rappelle une lettre des élu.e.s américain.e.s.

« Entre 2016 et 2023, 90 % des cargaisons d’armes à feu illégales à destination des Caraïbes provenaient de la Floride, notamment via la rivière Miami et Port Everglades ».

« Ces armes permettent aux gangs, qui contrôlent désormais plus de 90 % de la capitale, Port-au-Prince, de commettre des violences de masse, de déplacer plus d’un million de personnes et d’en tuer des milliers », expliquaient les signataires.

« Cette affluence d’armes illégales vers Haïti ne constitue pas seulement une menace pour la sécurité de millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens. Elle compromet également la sécurité nationale des États-Unis », relèvent les législatrices et législateurs américain.e.s, soulignant combien l’instabilité créée par les gangs, utilisant des armes de fabrication américaine, encourage l’émigration.

Ces législatrices et législateurs réclamaient notamment le renforcement des contrôles douaniers et la sécurisation des frontières sur les marchandises sortant des ports à haut risque du sud de la Floride.

Neuf sénateurs démocrates des États-Unis avaient, de leur côté, sommé l’administration de Donald Trump de rendre publiques les informations sur les exportations d’armes à destination d’Haïti depuis 2021, tout en dénonçant de graves incohérences entre les politiques migratoires américaines et la criminalité persistante en Haïti.

Avertissements de l’Onu

L’Organisation des Nations unies avait également alerté sur l’alimentation des groupes armés en Haïti en armes, soulignant qu’ils ont renforcé leur arsenal entre octobre 2024 et février 2025, en s’offrant de nombreux fusils-mitrailleurs. Ce qui leur donne l’avantage sur les forces de sécurité haïtiennes, dépassées et sous-équipées.

Les trafics illégaux d’armes à feu en provenance des États-Unis alimentent les multiples massacres, les enlèvements, les meurtres et les viols perpétrés en Haïti, déplorait l’expert indépendant de l’Onu, William O’Neill, en avril 2025.

Plus de 5,600 morts ont été enregistrés dans les violences des gangs terroristes en 2024 en Haïti par l’Onu, en plus de plus de 1 300 000 personnes déplacées. [cj gp apr 21/08/2025 14:35]