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L’Oea appelle à un engagement total et immédiat face à la « grave crise » en Haïti

P-au-P, 21 août 2025 [AlterPresse] — Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (Oea), Albert Ramdin, a lancé un appel à un engagement total et immédiat face à la grave crise sécuritaire et institutionnelle que traverse Haïti.

Cette déclaration a été faite lors de la présentation d’une feuille de route pour le pays, devant le Conseil permanent de l’Oea, le mercredi 20 août 2025, suivie par l’agence en ligne AlterPresse.

Cette feuille de route vise à répondre à la crise actuelle, en plaçant le rétablissement de la sécurité comme priorité absolue.

Ramdin a souligné que l’objectif ultime du plan est de rendre Haïti pleinement autosuffisante dans les plus brefs délais.

Le document prévoit des solutions concrètes à la crise haïtienne, tout en renforçant la coordination de la coopération internationale et régionale.

« Il s’agit d’un tremplin, un plan qui évoluera et s’adaptera à l’évolution des circonstances », a-t-il déclaré.

Le financement de la feuille de route nécessite l’engagement de tous les États membres, a insisté Ramdin, estimant qu’aucun pays ne devrait assumer seul la charge financière.

« Haïti a besoin d’aide, et nous devons la lui apporter », a-t-il affirmé, soulignant l’importance d’une coordination efficace et d’un financement adéquat pour assurer le succès du plan.

Le coût total de mise en œuvre de la feuille de route, sur la période 2025–2028, est estimé à 2,6 milliards de dollars.

Cette feuille de route intervient dans un contexte de multiplication des actes criminels de gangs armés qui contrôlent actuellement près de 90 % de la capitale, Port-au-Prince, selon une estimation de l’Oea.

Entre les 1er janvier 2025 et 30 juin 2025, les mêmes statistiques font état d’au moins 3,141 personnes tuées dans les violences des groupes criminels.

Plus de 5 600 décès ont été enregistrés en 2024.

Depuis 2023, les violences ont contraint 1,3 million de personnes à se déplacer.

« Aujourd’hui, 4,7 millions d’Haïtiens sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, plus de 60 % n’ont pas accès à l’eau potable et moins de 25 % des établissements de santé dans les zones critiques sont opérationnels », signale l’Oea.

Actions envisagées

L’Oea prévoit la poursuite du processus de cartographie des initiatives existantes et le renforcement de la coordination avec le mécanisme du Groupe de coordination composé de l’Oea, de la Communauté des Caraïbes (Caricom), de l’Organisation des Nations unies (Onu), ainsi que des autorités haïtiennes.

Elle envisage de faciliter le dialogue avec le Conseil présidentiel de transition (Cpt) et les parties prenantes haïtiennes pour faire avancer la réforme constitutionnelle et éviter un vide politique en février 2026, date de la fin du mandat du Cpt.

Elle prévoit de mener des consultations avec les parties prenantes et les équipes techniques sur les activités par pilier.

Elle projette également de convoquer une conférence internationale des donateurs en collaboration avec la Banque interaméricaine de développement (Bid) pour mobiliser des ressources alignées sur les priorités de la feuille de route.

Il est prévu le lancement de la conception et la mise en œuvre du tableau de bord de la feuille de route d’Haïti, en garantissant la transparence, le suivi en temps réel des progrès et l’alignement des contributions.

Caractéristiques et piliers stratégiques

La feuille de route est conçue pour renforcer les institutions nationales et garantir la souveraineté, avec un soutien international coordonné par l’Oea, la Caricom, l’Onu et les partenaires interaméricains.

Le plan accorde la priorité à la stabilisation et au rétablissement de la paix comme condition préalable à l’accès humanitaire, au consensus politique, à la légitimité électorale et au développement durable.

Il envisage des mesures d’urgence liées à des réformes structurelles pour assurer à la fois un soulagement immédiat et une résilience à long terme.

Il plaide en faveur d’un engagement transversal en faveur de la transparence, de l’État de droit et de la protection des droits, qui sera mis en œuvre par le biais d’un tableau de bord de la feuille de route d’Haïti pour suivre les progrès et les contributions des donateurs.

La feuille de route repose sur cinq piliers stratégiques : stabilisation de la sécurité et rétablissement de la paix, consensus politique et soutien à la gouvernance, processus électoral et légitimité institutionnelle, réponse humanitaire, développement durable et progrès économique.

Cette feuille de route dirigée par Haïti et soutenue par la communauté internationale offre un cadre pour faire face à la crise de gouvernance et de sécurité la plus grave de l’hémisphère occidental, selon un communiqué de l’Oea.

Ce plan a été élaboré en concertation avec les autorités haïtiennes, la Caricom, les Nations Unies, la Banque interaméricaine de développement (Bid), l’Organisation panaméricaine de la santé (Ops), l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture et la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, conformément au mandat de l’Assemblée générale de l’Oea en juin 2025. [emb gp apr 21/08/2025 12 :00]