Español English French Kwéyol

« La France doit payer » : Appel à rembourser la rançon imposée à Haïti en 1825

P-au-P, 31 juil. 2025 [AlterPresse] --- Des organisations haïtiennes et alliées internationales en faveur de la justice et des réparations pour Haïti appellent la France à respecter ses principes déclarés en matière de droits humains, en remboursant la « dette d’indépendance » qu’elle a extorquée à Haïti.

Dans une lettre ouverte adressée au président Emmanuel Macron, rendue publique à l’occasion de l’année du 200e anniversaire de cette imposition (avril 1825), les signataires soulignent l’urgence de réparer cette injustice historique. La dette, imposée à Haïti sous la menace d’une attaque militaire par la marine française, a profondément marqué l’histoire politique, économique et sociale du pays.

La démarche s’appuie sur quatre fondements essentiels : un impératif moral, une logique économique, une exigence juridique et une question de crédibilité géopolitique, lit-on dans cette lettre, dont copie a été acheminée à AlterPresse.

Impératif moral

Les organisations rappellent que la révolution haïtienne fut la première révolte victorieuse de personnes réduites en esclavage, affirmant concrètement les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Pourtant, au lieu d’un soutien, Haïti a été contrainte de verser à la France une rançon évaluée à 150 millions de francs (réduits à 90 millions), pour « dédommager » les colons.

« Haïti a dû payer deux fois pour sa liberté. La France ne peut continuer à se taire sur cette faute historique », dénoncent les signataires.

Logique économique

La dette a été un frein durable au développement du pays. Les maigres ressources d’Haïti ont été absorbées par le remboursement de la rançon et des emprunts connexes contractés auprès de banques françaises et américaines.

« Cette spoliation a privé Haïti d’investissements dans l’éducation, la santé, les infrastructures. Elle explique en partie les fragilités structurelles actuelles », soulignent les organisations.

L’exigence juridique

Selon les signataires, le prétendu accord de 1825 viole les principes juridiques déjà en vigueur à l’époque. Ils invoquent le principe d’enrichissement sans cause et soutiennent que la France s’est indûment enrichie au détriment d’Haïti.

« Ce n’est pas qu’une dette immorale, c’est une extorsion illégale. Le droit est du côté d’Haïti », affirment-ils.

Crédibilité géopolitique

La France, qui se présente comme un pays défenseur des droits humains, ne saurait continuer à ignorer l’appel à réparation émanant du peuple haïtien.
« Si la République française prend au sérieux sa devise – Liberté, Égalité, Fraternité – elle doit engager un processus transparent et participatif de restitution », insistent les signataires.

Ils estiment que la réparation serait un geste fort de leadership éthique dans un contexte mondial marqué par les appels croissants à la justice postcoloniale.
« Le XXIe siècle doit être celui de la reconnaissance des torts et de la restitution. Faire face à l’histoire, ce n’est pas s’affaiblir, c’est construire un avenir plus juste », conclut la lettre.

Parmi les signataires figurent notamment le Kolektif Ayisyen Afwodesandan (KAAD), le Centre Anacaona Droits Humains Haïti (Caddh), le Collectif Haïti de France, FANM in Action, le Center for Constitutional Rights (CCR), le Bahamas National Reparations Committee (BNRC), le Réseau hémisphérique pour les droits des migrant.e.s haïtien.ne.s (REDMA), ainsi que plus de 60 organisations issues de divers pays des Amériques, d’Europe et de la Caraïbe.

Toutes affirment leur détermination à poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que justice et réparations soient obtenues pour Haïti. [gp apr 31/07/2025 21:45]