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Haïti : Réparer l’adolescence brisée par les violences des gangs et l’exil intérieur

P-au-P, 30 juillet 2025 [AlterPresse] --- Face à la montée fulgurante des violences armées et à l’effondrement des services de base en Haïti, la Solidarite Fanm Ayisyèn (Sofa) a lancé, en partenariat avec l’Organisation non gouvernementale (Ong) allemande Welthungerhilfe (WHH), un projet d’accompagnement psychosocial et de soutien à la scolarisation, destiné aux adolescent·e·s déplacé·e·s, souvent témoins ou victimes directs des violences des gangs, .

Présentée le 25 juillet 2025 à Pétionville (périphérie est de Port-au-Prince), lors d’un événement auquel a assisté AlterPresse, l’initiative vise à offrir un accompagnement structurant à des jeunes particulièrement vulnérables, installés dans des sites de déplacement, dans un contexte de désagrégation profonde du tissu social et éducatif.

« Ce projet répond à une urgence invisible. Les adolescent·e·s vivent sous la menace constante des gangs et portent en eux des traumatismes profonds, encore largement occultés », a déclaré Marie Frantz Joachim, directrice exécutive de la Sofa.

Plus d’une cinquantaine de représentant·e·s d’institutions publiques, d’organisations féministes, de partenaires techniques et de familles déplacées ont salué ce projet jugé vital pour une génération meurtrie par les actes de violences.

« Les enfants exposés à la violence portent en eux des cicatrices profondes. C’est par la force de l’amour et de la solidarité que nous pouvons raviver leur espoir », a insisté Stéphanie Siméon, chargée de projet à la Sofa.

Un engagement interinstitutionnel a été signé à cette occasion, traduisant une volonté partagée de répondre à cette urgence humanitaire trop souvent reléguée au second plan.

Ce projet intervient alors que les gangs contrôlent plus de 85 % de la capitale, étendent leur influence dans plusieurs départements et provoquent des déplacements massifs de population.

Depuis 2023, plus de 1,3 million de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile. Les enfants, particulièrement exposés, figurent parmi les premières victimes : selon l’Unicef, plus d’un demi-million ont été déplacés depuis septembre 2024, soit près d’un enfant sur huit à l’échelle nationale.

L’éducation est également en chute libre : près de 1 500 écoles ont fermé dans la seule région métropolitaine de Port-au-Prince, et plus de 9 enfants sur 10 dans les sites de déplacement sont privés de leur droit fondamental à l’instruction, selon une enquête de Plan International.

Plus alarmant encore, le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groupes armés ont augmenté de 70 % au deuxième trimestre 2024 par rapport à la même période en 2023. Unicef alerte : un enfant sur deux dans ces groupes est mineur. Ces enfants vivent dans la peur, souffrent de la faim, de traumatismes, et subissent la violence sous toutes ses formes.

Les adolescentes et les femmes paient un lourd tribut à cette crise.

La Sofa a documenté 503 cas de Violences basées sur le genre (Vbg) au premier semestre 2025, en forte hausse par rapport à l’année précédente. Dans la majorité des cas, ces violences sont directement liées aux groupes armés. Les veuves des violences armées, souvent livrées à elles-mêmes, vivent un deuil sans reconnaissance dans un climat d’abandon social.

Les familles déplacées, présentes au lancement du projet, ont plaidé pour un accompagnement durable, une approche intégrée et une réponse étatique plus ferme face à l’insécurité persistante. [gp apr 30/07/2025 06:20]