P-au-P., 18 juillet 2025 [AlterPresse] --- 82 % des artistes vivant dans la zone métropolitaine ne disposent plus d’aucun lieu sécurisé pour créer, s’alarme un rapport du Centre d’Art remis, le jeudi 17 juillet 2025, à l’Organisation des États américains (Oea).
Ce document révèle l’ampleur des dégâts infligés au secteur culturel haïtien par la crise sécuritaire, indique le Centre dans une publication consultée par AlterPresse.
Réalisée dans le cadre du projet « Ann kwape tout fòm vyolans ak lakilti », l’enquête a documenté les conditions de vie et de travail des artistes et artisans dans des communautés emblématiques comme Noailles, Grand-Rue, Carrefour-Feuilles et Bel-Air.
Les résultats sont particulièrement préoccupants :
• 66.9 % des artistes ont dû abandonner leur espace de travail ;
• 68.5 % ont perdu du matériel ou des équipements ;
• 82 % ne disposent d’aucun lieu sécurisé pour créer ;
• 65.2 % pointent l’insécurité comme principal obstacle à leur activité.
Basée sur des questionnaires, des entretiens et des visites de terrain, l’étude met en lumière l’urgence d’un soutien durable : aides financières, accès au marché, espaces sécurisés, accompagnement professionnel. Au-delà des besoins immédiats, elle souligne la nécessité d’un accompagnement à long terme : formation continue, structuration des carrières, accès au numérique et à la protection sociale.
Les violences des gangs en Haïti ont causé la mort de 3,141 personnes entre le 1er janvier et le 30 juin 2025, et entraîné le déplacement forcé de plus d’un million de personnes depuis 2023, selon les chiffres des Nations unies.
Intervenant sur AlterRadio, la plasticienne Barbara Prézeau-Stephenson a dénoncé une offensive systématique contre les lieux de culture et de savoir en Haïti – comme l’hôtel Oloffson, les musées et les bibliothèques – qu’elle considère comme des cibles symboliques dans une stratégie visant à effacer la mémoire collective et la dignité du peuple haïtien.
Des quartiers historiques comme Bel-Air ou Noailles, autrefois foyers dynamiques d’une économie artisanale, sont aujourd’hui sinistrés. Les violences armées y ont non seulement détruit des espaces de création, mais aussi coûté des vies, notamment celle de l’artiste Anderson Bélony, abattu à Noailles.
« La culture haïtienne est sous mitraille », affirme Prézeau-Stephenson, soulignant les conséquences économiques d’une guerre menée contre la création, dans un pays où l’artisanat faisait vivre des communautés entières et rayonnait dans les îles voisines de la Caraïbe. [gp apr 18/07/2025 10 :45]
Crédit photo : lecentredart.org
Heritz Joseph, en pleine création lors d’une Journée des artistes au Centre d’Art
