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Plus de 3 mille morts en six mois, Haïti à la merci des « violences horribles » des gangs, selon les Nations unies

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P., 11 juil. 2025 [AlterPresse] --- Avec au moins 3,141 personnes tuées, entre les 1er janvier 2025 et 30 juin 2025, « le peuple haïtien est à la merci des violences horribles des gangs », déclare le haut-commissaire des Nations unies aux droits humains, l’Autrichien Volker Türk, lors de la publication, ce vendredi 11 juillet 2025, à Genève, d’un rapport de l’Organisation des Nations unies (Onu) sur les droits humains, consulté par AlterPresse.

Le chef des droits humains de l’Onu décrit une horreur sans fin des gangs armés, à laquelle est exposée la population haïtienne.

Evoquant comme des preuves supplémentaire les violations des droits humains et les abus documentés par le Haut-commissariat des Nations unies aux droits humains (Hcdh), Volker Türk souligne la nécessité pour Haïti et la communauté internationale d’intervenir d’urgence, pour mettre fin aux violences des gangs.

La Suédoise Ulrika Richardson, cheffe par intérim du Binuh et coordonnatrice résidente des Nations unies, exhorte aussi la communauté internationale à renforcer son soutien aux autorités, qui sont les premières responsables de la protection de la population en Haïti.

Le rapport, publié par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (Binuh) et le Hcdh, alerte sur l’expansion du contrôle territorial des gangs, laquelle représente un risque majeur de propagation des violences et d’augmentation du trafic transnational d’armes et d’êtres humains.

Il relève une forte augmentation des actes de violences au cours des derniers mois en Haïti, en particulier dans les départements de l’Artibonite et du Plateau central, dans un contexte d’extension croissante des emprises des gangs armés le long des routes clés du Nord et du Plateau central, ainsi qu’en direction de la République Dominicaine.

Le document signale aussi une intensification des violations des droits humains en dehors de Port-au-Prince, dans les zones du pays où la présence de l’État est extrêmement limitée.

Entre les 1er octobre 2024 et 30 juin 2025, au moins 1,018 personnes ont été tuées, 213 autres ont été blessées et 620 enlevées dans l’Artibonite et le Plateau central, ainsi qu’à Ganthier et Fonds Parisien, à l’ouest de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, selon le rapport du Binuh et du Hcdh.

Sur l’ensemble du territoire haïtien, le bilan total des assassinats a atteint 4,864 victimes, au cours de la même période.

Malgré un ralentissement observé, dans une certaine mesure, dans les avancées des gangs, les unités de police spécialisées, déployées par les autorités haïtiennes et soutenues par la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), n’ont finalement pas été en mesure de reprendre le contrôle des zones affectées, faute de moyens, mentionne le document.

Il révèle une multiplication des violations des droits humains, par les groupes d’autodéfense et des exécutions sommaires impliquant les forces de sécurité haïtiennes commises à l’encontre d’individus accusés de soutenir les gangs.

Le rapport recommande aux autorités haïtiennes de veiller à ce que la police dispose des ressources nécessaires, pour lutter contre les gangs, dans le plein respect du droit international des droits humains.

Il préconise la mise en place, dès que possible, des unités judiciaires spécialisées dans la lutte contre la corruption et les crimes de masse, y compris les violences sexuelles.

La communauté internationale est aussi invitée à maintenir les pleines capacités opérationnelles du Binuh, afin que le bureau puisse continuer à conseiller et à soutenir le gouvernement haïtien dans ses efforts pour renforcer la bonne gouvernance et assurer le respect et la promotion des droits humains.

Le Binuh et le Hcdh appellent au renforcement de la Mmas et à la mise en œuvre complète de l’embargo sur les armes, dans l’objectif de restaurer la sécurité et l’État de droit en Haïti. [emb rc apr 11/07/2025 10:45]