Español English French Kwéyol

Sécurité : Haïti miserait sur une Caricom aux capacités militaires limitées

Par Emmanuel Marino Bruno

Montego Bay (Jamaïque), 09 juillet 2025 [AlterPresse] —Laurent Saint-Cyr, membre du Conseil présidentiel de transition (Cpt), affirme compter sur des partenaires internationaux, notamment la Communauté des Caraïbes (Caricom), pour le rétablissement de la sécurité, l’organisation d’élections et un soutien durable à la reconstruction nationale en Haïti.

Cette déclaration a été faite lors d’une conférence de presse, tenue à l’issue de la 49e réunion des chefs d’État et de gouvernements de la Caricom, le mardi 8 juillet 2025, à Montego Bay, en Jamaïque, et suivie par AlterPresse.

Laurent Saint-Cyr appelle à un front uni d’actions cohérentes, durables et solidaires, pour faire face à la crise haïtienne et réaliser les grandes priorités de la transition.

« Aider Haïti à se relever, c’est répondre à un impératif régional de sécurité, de stabilité et de solidarité », dit-il.

Il invite la Caricom à intensifier ses efforts de plaidoyer, auprès d’autres partenaires régionaux et mondiaux, en faveur d’un soutien accru à une coopération régionale plus rigoureuse dans la lutte contre les flux illicites d’armes et de munitions, ainsi que le trafic de drogue.

Il salue l’engagement des partenaires de la Caricom à placer la crise sécuritaire en Haïti au premier plan des priorités régionales.

« Haïti a aujourd’hui besoin que la région parle d’une seule voix, pour défendre la sécurité, la paix et le développement durable ».

Le conseiller-président remercie les pays, qui ont déjà contribué personnellement à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, et ceux qui proposent des sessions de formation en soutien à la force de sécurité nationale haïtienne.

« Chaque nation sœur peut continuer à contribuer au rétablissement de la paix et de la sécurité en Haïti par la formation, le soutien logistique, l’aide financière et l’appui technique », déclare-r-il, encourageant à redoubler d’efforts.

Il a applaudi les discussions et le consensus partagé, selon lequel la sécurité d’Haïti dépend également des investissements, notamment des investissements directs étrangers, pour s’attaquer aux causes structurelles de la criminalité.

Saint-Cyr invite les partenaires d’Haïti à soutenir la relance économique, notamment dans des secteurs clés, tels que les infrastructures, l’économie verte, l’innovation, l’éducation et la formation, le tourisme culturel et la sécurité, notamment dans le grand Nord et le grand Sud.

« Haïti est prête à assumer pleinement ses responsabilités, Mais, nous ne réussirons pas seuls », reconnait-il.

Capacités militaires limitées des pays de la Caricom

Tous les autres pays sont prêts à apporter leur aide humanitaire à Haïti, réitère le premier ministre de St Kitts et Nevis, Terrence Dwew, qui intervenait également à la conférence du mardi 8 juillet 2025.

« Comme vous le savez, nous n’avons pas de grandes armées, Ceux d’entre nous, qui en ont une, constituent, en réalité, une force de défense aux ressources limitées. Ce n’est peut-être pas là que les Caraïbes sont les plus fortes », fait-il remarquer, réitérant l’engagement de la Caricom à soutenir Haïti sur le plan humanitaire.

Il existe un engagement de longue date en faveur d’un soutien personnel à la force de sécurité multinationale, présente sur place. Mais, depuis lors, aucun nouvel engagement n’a été pris, souligne le Dr. Andrew Holness, premier ministre de la Jamaïque et nouveau président de la Caricom, à la conférence de clôture de la 49e réunion ordinaire de la Conférence des chefs de gouvernements de la Caricom.

La Jamaïque et le Belize seraient les seuls pays à avoir actuellement un déploiement sur le terrain, alors que les Bahamas, qui contribuent à la sécurité maritime dans la région, ont pris des engagements en faveur d’Haïti, non encore concrétisés, affirme Holness.

D’autres pays d’Amérique latine ont apporté leur soutien et exprimé leur volonté d’en fournir davantage, ajoute-t-il, citant le gouvernement de Guyana, qui aurait fait part de sa disposition à offrir un appui humanitaire.

La Jamaïque participerait aussi à cet effort, renouvelle Holness, indiquant combien l’aide humanitaire requiert une certaine forme de mécanisme de sécurité pour garantir qu’elle parvienne effectivement aux bénéficiaires ciblés.

Actuellement, le principal obstacle serait un manque de ressources suffisantes pour soutenir un déploiement complet de personnel de sécurité, avance le nouveau président de la Caricom, rappelant combien, à ce jour, le plus grand contingent présent en Haïti provient du Kenya, qui assure, en substance, le commandement de la force multinationale de sécurité.

Les États-Unis d’Amérique ont déclaré ne plus être en mesure d’assumer ce qu’ils qualifient de « lourd fardeau financier », que représente la Mmas en Haïti, selon le secrétaire d’État adjoint, Christopher Landau, intervenant au nom du secrétaire d’État Marco Rubio, le jeudi 26 juin 2025, lors de l’assemblée générale de l’Organisation des États américains (Oea), à Antigua-et-Barbuda.

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), le mercredi 2 juillet 2025, Haïti, le Kenya et d’autres pays ont soutenu la proposition du secrétaire général António Guterres de créer un bureau onusien de soutien à la Mmas.

Ils ont plaidé également pour le renforcement du Binuh, dans un contexte de criminalité persistante, de sous-financement chronique de la mission et de vulnérabilité accrue des enfants enrôlés dans les groupes armés. [emb rc apr 09/07/2025 16:15]