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Sécurité en Haïti : Plaidoyer international pour un bureau d’appui onusien à la Mmas

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), le mercredi 2 juillet 2025, Haïti, le Kenya et d’autres pays ont soutenu la proposition du secrétaire général António Guterres de créer un bureau onusien de soutien à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas). Ils plaident également pour le renforcement du Binuh, dans un contexte d’insécurité persistante, de sous-financement chronique de la mission et de vulnérabilité accrue des enfants enrôlés dans les groupes armés.

New York, 03 juil. 2025 [AlterPresse] --- Face à la persistance de la criminalité en Haïti et aux difficultés rencontrées par la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), plusieurs pays, dont Haïti et le Kenya, ont plaidé pour la création d’un bureau onusien de soutien, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), le mercredi 2 juillet 2025, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

Lors des discussions suivies par AlterPresse, le représentant permanent adjoint du Kenya auprès de l’Onu, Yabesh Oreni Monari, a exprimé son soutien à la proposition du secrétaire général António Guterres, visant à établir un bureau onusien d’appui à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti.

Une telle structure, a-t-il souligné, permettrait de fournir un appui plus robuste, mieux structuré et durable à la mission, actuellement freinée par un important déficit de ressources humaines, matérielles et financières.

De son côté, le représentant permanent d’Haïti à l’Onu, Pierre Ericq Pierre, a salué cette proposition, soulignant que ce bureau pourrait renforcer la capacité opérationnelle de la Mmas sur le terrain. Depuis son déploiement partiel en juin 2024, environ 1,000 agentes et agents ont été mobilisé/e/s, sur les 2,500 prévu.e.s.

Le représentant du Kenya a exhorté le Conseil de sécurité de l’Onu à débloquer des financements adéquats, pour permettre à la mission d’atteindre ses objectifs.

Plusieurs membres du Conseil de sécurité de l’Onu et des États de la région ont aussi insisté sur la nécessité de renforcer simultanément le mandat et les moyens du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), afin d’assurer une réponse mieux coordonnée aux défis sécuritaires et institutionnels.

Pierre Ericq Pierre a réaffirmé le soutien du gouvernement haïtien au renouvellement du mandat du Binuh, qui expire le 15 juillet 2025. Il a appelé à élargir les domaines d’intervention du Binuh, notamment en matière de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des enfants et jeunes enrôlés de force par les groupes armés.

Il a proposé l’ajout d’un volet spécifique à la composante « Désarmement, démobilisation et réintégration » (Ddr), afin de renforcer la protection de l’enfance et d’améliorer l’accès aux services d’éducation, de santé et de nutrition.

Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groupes armés en Haïti ont augmenté de 70 % au deuxième trimestre 2024, par rapport à la même période en 2023. La moitié des membres de ces groupes armés sont des mineur·e·s, précise l’agence onusienne.

Sur le plan judiciaire, Haïti demande un appui renforcé du Binuh pour aider la justice nationale à traiter les dossiers des grands criminels et de leurs alliés, y compris ceux visés par des sanctions internationales. Depuis 2022, plus d’une soixantaine de personnalités politiques et économiques haïtiennes sont sous le coup de sanctions onusiennes, canadiennes et américaines.

Le diplomate haïtien a aussi mis en lumière la crise du système carcéral. Il a plaidé pour un soutien à la sécurisation des centres de détention, notamment à la suite de la destruction de plusieurs prisons par les gangs armés. Il appelle à la construction urgente de nombreux hôpitaux, dispensaires, écoles… mais aussi de prisons.

Dans la nuit du 2 mars 2024, plus de 5,000 détenus se sont évadés du Pénitencier national à Port-au-Prince et de la prison civile de Croix-des-Bouquets.

Haïti sollicite en outre l’accompagnement du Binuh pour renforcer l’appropriation du régime de sanctions par la justice haïtienne, à travers un meilleur contrôle des frontières, afin de limiter l’arrivée d’armes et de munitions.

Pierre Ericq Pierre a exhorté le Binuh à améliorer sa communication publique en Haïti, afin que son rôle et son mandat soient mieux connus et compris de la population.

Pour les autorités haïtiennes, la réussite de la Mmas et du Binuh repose autant sur l’efficacité de leur mandat que sur leur capacité à répondre aux urgences sécuritaires, sociales et institutionnelles d’un pays plongé dans une crise multidimensionnelle. [emb gp apr 03/07/2025 11:50]