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Haïti – Violences : «  Il faut identifier les donneurs d’ordres et discuter avec eux  », plaide Jean William Jeanty du Fpp

P-au-P, 17 juin 2025 [AlterPresse] – Face à une spirale d’insécurité, qui déchire Haïti et plonge une majorité de la population dans la peur, la faim et le déplacement, le porte-parole de l’organisation politique Front patriotique Populaire (Fpp), l’ancien sénateur Jean William Jeanty, appelle à une démarche politique ciblant les véritables commanditaires des groupes armés, qui sèment la terreur à travers le pays.

Invité de l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse, il expose son analyse  :

«  Des gangs ont reçu la mission de dépeupler des zones. Ils sont en train d’exécuter les ordres reçus. Même quand on aurait éliminé certains d’entre eux, les commanditaires trouveraient d’autres personnes dans les quartiers pour continuer à remplir la même mission criminelle. Ce qui est plus susceptible de permettre de mettre un terme à ces pratiques, c’est d’identifier les donneurs d’ordre, chercher à savoir leurs objectifs et leur proposer de s’asseoir autour d’une table pour discuter.  »

Alors que 1,617 personnes ont été tuées et 580 blessées par des actes armés au premier trimestre 2025 (données du Bureau intégré des Nations unies en Haïti / Binuh), et que plus de 1,3 million de personnes sont déplacées internes, selon l’Organisation des Nations unies (Onu), Jean William Jeanty remet en cause la pertinence d’une approche uniquement répressive.

«  Dans les circonstances actuelles, je n’ai pas à me concentrer sur les gangs, mais sur leurs commanditaires, car les membres de gangs sont les exécutants d’un plan  ».

Dans Port-au-Prince, plus de 8,400 personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire de niveau «  catastrophe  », selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (fao) et le Programme alimentaire mondial (Pam).

Au total, 5,7 millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens font face à une insécurité alimentaire aiguë. Une situation humanitaire dramatique, que le Fpp relie à une stratégie délibérée de déstabilisation nationale.



Un « plan d’occupation » dénoncé

Dans une note rendue publique le 12 juin 2025, signée par Jean William Jeanty, Ernst Mathurin et Sabine Manigat, le Fpp dénonce une nouvelle forme d’occupation d’Haïti, orchestrée par les puissances occidentales, avec la complicité des autorités de transition et des gangs.

«  Les gangs sont utilisés pour libérer les territoires, tandis que le pouvoir exécutif est là pour octroyer les instruments juridiques permettant aux intérêts étrangers d’en prendre possession  », accuse la note.

Selon le Fpp, cette dynamique s’articule notamment autour de décrets sur les zones franches et de l’avant-projet de nouvelle Constitution, publié le 21 mai 2025 par le Conseil présidentiel de transition (Cpt), fortement critiqué par des organisations de la société civile et des acteurs judiciaires.

Ces derniers dénoncent un processus illégal et illégitime, et un projet visant à liquider la souveraineté nationale pour satisfaire des intérêts économiques et géostratégiques.

L’Association professionnelle des magistrats (Apm) a, pour sa part, alerté sur les menaces, que représente ce projet pour l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Rejet d’une « logique de guerre »

Jean William Jeanty s’oppose également à une proposition, faite récemment par le militant panafricaniste Kemi Séba, en visite au Cap-Haïtien, qui appelait à une alliance entre les gangs et la population pour retourner les armes contre les élites économiques et politiques du pays.

«  Nous ne sommes pas d’accord avec cette proposition, qui nous installe dans la logique de guerre. Il faut trouver ceux qui sont derrière l’insécurité, imposée par les gangs, pour comprendre quels sont leurs intérêts, ce qu’ils convoitent, afin qu’ils puissent s’asseoir avec les dignes représentants de la nation, au lieu de continuer à manipuler les plus vulnérables, les jeunes, pour entretenir cette terreur aveugle qui détruit le pays ».

Présence de mercenaires étrangers : Inquiétudes croissantes

Le Fpp attire aussi l’attention sur la présence supposée de la société militaire privée américaine Blackwater, évoquée dans une enquête du New York Times.

Cette entreprise aurait déployé des drones pour éliminer des membres de gangs, dans le cadre d’un contrat visant à sécuriser certaines zones stratégiques.

L’organisation critique cette initiative, qu’elle perçoit comme une opération de protection au bénéfice des oligarques, du Cpt, du gouvernement de transition et des intérêts étrangers, et non comme un effort pour restaurer la sécurité au profit de la population.

Dans sa note, le Fpp appelle les citoyennes et citoyens à «  ouvrir les yeux et déjouer ce plan de destruction  » porté, selon lui, par une alliance entre un petit groupe corrompu et des puissances du désordre.

Il appelle à la mobilisation contre l’autodestruction nationale et pour la défense de la souveraineté.

«  L’heure est venue pour qu’Haïti se dote de la capacité de définir de nouveaux types de relations avec tous pays respectant la vie et la dignité du peuple haïtien, reconnaissant son droit de vivre dans la paix et la prospérité  », conclut le communiqué. [emb gp apr 17/06/2025 20:00]