Par Emmanuel Marino Bruno
New York, 12 juin 2025 [AlterPresse] --- Plusieurs intervenantes et intervenants de différents pays appellent à un soutien international urgent et concret pour aider Haïti à faire face à l’escalade des violences des gangs terroristes et à la crise humanitaire, lors d’une réunion conjointe organisée le mercredi 11 juin 2025, au siège de l’Organisation des Nations unies (Onu) à New York (États-Unis d’Amérique), par le Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc) et la Commission de consolidation de la paix, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
Ce soutien international est nécessaire pour protéger les enfants et freiner le flux illicite d’armes et de munitions, tout en faisant progresser un processus politique dirigé par les Haïtiennes et Haïtiens, ont-ils déclaré.
La représentante spéciale du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies pour Haïti et cheffe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), l’Équatorienne María Isabel Salvador, a exhorté la communauté internationale à intensifier les programmes de réduction des violences communautaires, afin de donner plus de pouvoir à la société civile et à soutenir les jeunes en tant qu’agentes et agents de paix.
Les initiatives, conduites par les femmes en matière d’éducation, de guérison et de résolution des conflits, doivent être renforcées.
Sauver les enfants recrutés par les gangs armés
Pour prévenir le recrutement d’enfants, elle encourage la mise en place des programmes complets de désengagement, afin d’ « encouragerr des parcours individualisés ».
« Aucun enfant ne devrait porter d’armes. Chaque enfant devrait être porteur de la promesse d’une éducation, d’une sécurité et d’opportunités ».
Faciliter la sortie, en toute sécurité, des enfants recrutés par des gangs armés est essentiel au développement pacifique futur d’Haïti, soutient le porte-parole de l’Union européenne (Ue), qui s’exprimait en qualité d’observateur.
Cet objectif peut être réalisé par la prévention communautaire, des campagnes de sensibilisation, visant à réduire la stigmatisation des enfants démobilisés et favoriser des alternatives éducatives et économiques aux jeunes à risque, avance-t-il.
Il faut empêcher les gangs armés de recruter des enfants et aider les enfants à quitter les gangs en toute sécurité, préconise le président du Conseil économique et social des Nations unies, le Canadien Robert Rae, également ambassadeur et représentant permanent du Canada auprès des Nations unies, estimant combien cela nécessite plus que de simples mesures de sécurité.
La situation sécuritaire dans le pays exige une action rapide du Conseil de sécurité et l’aide de la communauté internationale, ajoute-t-il.
Tout en assumant l’engagement de l’Ecosoc à soutenir Haïti, par l’intermédiaire du Groupe consultatif ad hoc sur Haït, Robert Rae exhorte à agir maintenant, car Haïti ne peut plus attendre.
Le nombre de personnes déplacées, contraintes de fuir les violences des gangs armés en Haïti, a atteint un niveau record de plus d’1,3 million, selon un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), publié le mercredi 11 juin 2025.
Ce chiffre a connu une augmentation de 24 % depuis décembre 2024, représentant le nombre le plus élevé de personnes déplacées par les violences, jamais enregistré dans le pays, précise l’Oim.
Depuis décembre 2024, des sites de déplacements spontanés sont passés de 142 à 246.
Du 1er janvier au 31 mars 2025, (un nombre de) 1,617 personnes ont été tuées et 580 autres blessées, en raison des violences en Haïti, a indiqué, en avril 2025, le Bureau intégré des Nations unies (Binuh) dans un rapport sur la situation des droits humains dans le pays.
« 5,601 personnes ont été tuées dans les violence des gangs en 2024. Plus d’un million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays. Environ 300 écoles ont été détruites et près de 60,000 enfants ont été privés d’éducation », a rappelé le commissaire municipal de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Dorvil Morency, responsable de la Police communautaire éducative (Edupol).
La moitié des « soldats » des gangs armés sont des enfants, selon des organisations de défense des droits humains.
Dorvil Morency a appelé au soutien international pour « construire la paix et engager fermement le pays sur la voie du développement ».
Le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (Onu), le Portugais António Guterres, appelle toutes les parties prenantes haïtiennes à assumer leur mission, pour un dénouement adéquat à la crise.
Il a lancé cet appel lors d’une rencontre, cette semaine, avec Laurent Saint-Cyr, membre du Conseil présidentiel de transition (Cpt) en Haïti, en marge de la 3e Conférence des Nations unies sur l’Océan, à Nice en France.
António Guterres a réitéré la disponibilité de l’Organisation des Nations unies à accompagner le processus de transition et à soutenir toutes les initiatives, venant de l’Onu ou d’organisations régionales, telles que l’Organisation des États américains (Oea), visant à rétablir la paix et la stabilité en Haïti.
Une cohésion gouvernementale nécessaire pour éviter une extension des gangs
La Canadienne Elizabeth Spehar, sous-secrétaire générale des Nations unies, chargée du soutien à la consolidation de la paix, a mis en garde contre l’inaction, qui pourrait entraîner une extension de la grave crise en Haïti.
Le représentant des États-Unis considère absolument nécessaires « la coordination et la cohésion » au sein du gouvernement haïtien pour lutter contre les gangs criminels qui terrorisent le peuple haïtien.
L’aggravation de la crise en Haïti reflétait l’incapacité de la communauté internationale à agir de manière décisive, affirmé, pour sa part, le représentant de la République Dominicaine, pays voisin d’Haïti.
Le représentant de la République Dominicaine a souligné l’insuffisance des effectifs et des ressources de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, exhortant le Conseil de sécurité des Nations unies à approuver une mission hybride pour la sécurité et la gestion politique en Haïti.
La République Dominicaine a aussi insisté sur un déblocage immédiat des fonds promis.
Le représentant de la Chine a invité toutes les parties et factions en Haïti à faire preuve de solidarité et de responsabilité, à donner la priorité aux intérêts du pays et de son peuple.
Il faut faire progresser le processus politique dirigé et contrôlé par les Haïtiens, recommande le représentant de la Chine.
La réunion conjointe du mercredi 11 juin 2025 aurait permis à l’Ecosoc et à la Commission de consolidation de la paix d’harmoniser leurs efforts, pour soutenir Haïti par une approche globale, ont indiqué les Nations unies.
« Le soutien peut provenir de l’architecture de consolidation de la paix des Nations unies - composée de la Commission de consolidation de la paix, du Fonds pour la consolidation de la paix et du Bureau d’appui à la consolidation de la paix –, qui « s’efforcent de mobiliser l’ensemble du système des Nations unies pour soutenir les priorités des États membres en matière de consolidation de la paix ». [emb rc apr 12/06/2025 12:00]
