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La double dette d’Haïti : « Une injure faite à la France », dénonce LFI à l’Assemblée nationale française

P-au-P., 8 juin 2025 [AlterPresse] --- « Crime de spoliation post-coloniale, doublé du crime de l’indifférence et de l’oubli » : en des termes forts, la députée Gabrielle Cathala, du groupe La France Insoumise (LFI), a dénoncé à l’Assemblée nationale française la rançon imposée à Haïti en 1825 et ses prolongements financiers, qualifiant cette “double dette” d’« injure faite à la France » elle-même.

Ses propos ont été tenus, le 5 juin 2025, lors de l’adoption d’une résolution historique, portée par le groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), par 53 voix contre 9, appelant le gouvernement français à reconnaître solennellement l’ordonnance royale du 17 avril 1825 comme un acte inique, et à explorer des voies de justice réparatrice.

Prenant la parole au nom de son groupe, la députée Gabrielle Cathala a évoqué une injustice historique fondatrice, estimant que « l’acte de 1825 est sans équivalent dans l’histoire mondiale : des anciens esclaves, devenus citoyens libres, ont été contraints de dédommager leurs anciens maîtres ».

« En 1825, la France royaliste revient à Haïti avec 528 canons pour la rançonner. Il faut le comprendre comme une injure faite à la France », a-t-elle déclaré, en insistant sur la contradiction entre cet acte et les principes de la République.

Elle a rappelé que cette première dette avait conduit Haïti à contracter une seconde dette, auprès de banques françaises, pour rembourser la première : « Une double peine économique. Payer, Haïti l’a fait. Pendant plus d’un siècle. Jusqu’en 1952. Jusqu’au dernier centime. »

« Haïti n’est pas un pays pauvre, mais un pays pillé », a poursuivi la députée, dénonçant l’effacement historique autour de cette spoliation. « Sans la double dette, des économistes estiment qu’Haïti serait aujourd’hui au même niveau de développement que sa voisine, la République dominicaine. »

Cathala a qualifié cette reconnaissance de « geste moral autant que politique », appelant la France à « tendre la main à notre République sœur, qui a tant besoin de notre solidarité ».

La résolution, dont une copie a été transmise à AlterPresse, invite également à engager un dialogue avec les autorités haïtiennes en vue d’un processus de réparation « juste, équitable et historiquement fondé ».



Un soutien à la commission franco-haïtienne annoncée par Macron pour évaluer les impacts de la rançon de 1825

Le vote de l’Assemblée nationale intervient en appui à la création d’une commission franco-haïtienne, annoncée conjointement par le président Emmanuel Macron et le Conseil présidentiel de transition d’Haïti, le 17 avril 2025, à l’occasion du bicentenaire de l’ordonnance royale.

Il s’inscrit également dans le prolongement d’un débat parlementaire spécifique sur la question de la dette coloniale.

En s’appuyant sur la loi française de 2001 (reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité), les résolutions de l’ONU et les principes du droit international, la résolution affirme que « la réparation historique est une exigence de justice, et non de charité ». [gp apr 08/06/2025 18:00]