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Réforme constitutionnelle en Haïti : Des organisations féministes dénoncent une « menace grave » pour les droits du peuple

Port-au-Prince, 31 mai 2025 [AlterPresse] — Le processus de réforme constitutionnelle engagé par le Conseil présidentiel de transition (Cpt) est dénoncé avec vigueur par plusieurs organisations féministes haïtiennes, qui y voient une entreprise opaque, illégitime et dangereuse pour les droits fondamentaux de la population, en particulier ceux des femmes.

Dans un communiqué publié le 30 mai 2025, Solidarite fanm ayisyèn (Sofa), Kay Fanm, Fanm Deside, la Fondation Toya ainsi que la militante indépendante Sabine Manigat s’insurgent contre une réforme « organisée dans l’opacité la plus totale », qui « constitue une menace grave pour les droits du peuple haïtien ».

« On ne réforme pas un pays sans son peuple. On ne peut refonder Haïti sans ses femmes », insistent-elles.

Une conférence nationale fictive

Le 21 mai 2025, le Comité de pilotage d’une prétendue conférence nationale a remis un avant-projet de nouvelle Constitution au Cpt lors d’une cérémonie officielle à la Villa d’Accueil. Mais pour les organisations féministes, cette démarche repose sur une supercherie : aucune conférence nationale, digne de ce nom, n’a eu lieu.

L’organe à l’origine de ce texte se serait auto-désigné en assemblée constituante, sans mandat clair, sans transparence, sans débat public et sans exposé des motifs.

Selon l’Accord politique du 3 avril 2024 – que le Cpt n’a jamais rendu public dans son intégralité – toute réforme devait découler d’un processus issu d’assises nationales inclusives. Or, ce fondement a été totalement ignoré.

Le rapport du Groupe de travail sur la Constitution (Gtc), pourtant remis au Cpt en janvier 2025, n’a jamais été diffusé, ni intégré dans les discussions.

Exclusion, opacité, précipitation

Les organisations signataires dénoncent l’exclusion systématique des femmes, des paysan·ne·s, des jeunes et des communautés marginalisées du processus. Aucun cadre de participation formel n’a été mis en place. Aucun effort significatif n’a été fait pour garantir l’accessibilité du texte, qui n’existe même pas en version créole.

Le délai d’un mois, accordé à la population pour réagir à un texte technique, peu vulgarisé et imposé sans débat national, est, selon elles, symptomatique du mépris envers la souveraineté populaire.

« Lancer une réforme constitutionnelle dans un contexte où la population ne peut ni circuler librement, ni s’exprimer, est une imposture politique », dénoncent-elles, évoquant le climat d’insécurité extrême, les déplacements massifs et l’effondrement des institutions.

Entre juillet 2024 et février 2025, plus de 4,200 personnes ont été tuées par balles, tandis que les massacres de Pont Sondé et du Wharf Jérémie ont choqué l’opinion publique.

Dans un tel contexte, toute prétention à réformer l’ordre constitutionnel, sans sécuriser la parole citoyenne, est jugée profondément irresponsable.

Consultations de façade, pressions croissantes

Depuis la remise de l’avant-projet, le Cpt a notamment rencontré des associations de médias et de journalistes. Ces échanges ont porté sur la vulgarisation du texte à travers débats, émissions et initiatives de communication.

Pour les organisations féministes, des consultations tardives ne sauraient légitimer un processus entaché d’irrégularités structurelles et vidé de toute représentativité.

Elles appellent à la suspension immédiate de toute tentative de validation de l’avant-projet actuel, et exigent la mise en place d’un véritable processus participatif, démocratique, transparent et sécurisé.

Pour une refondation avec le peuple, par le peuple

Au-delà de la critique de la méthode, les signataires réaffirment leur attachement à une refondation de la nation haïtienne basée sur la justice sociale, l’égalité de genre, la souveraineté populaire et la participation réelle des citoyen·ne·s.

Elles appellent à une mobilisation citoyenne, pour faire obstacle à une réforme imposée d’en haut, et pour défendre les droits collectifs face aux dérives autoritaires. [gp apr 31/05/2025 13:50]