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Haïti : L’école sous le feu des gangs

P-au-P, 12 mai 2025 [AlterPresse] --- Le climat d’extrême insécurité, marqué par les violences incessantes de gangs armés, affecte lourdement l’année académique 2024–2025, déjà paralysée pendant les mois de février, mars et avril, selon une enquête de l’Union de parents d’élèves progressistes haïtiens (Upeph), transmise à AlterPresse.

Sous la pression de groupes armés qui terrorisent la population, de nombreuses écoles ont dû fermer leurs portes dans plusieurs zones sensibles : Martissant, Carrefour, Gressier, Carrefour-Feuilles, bas de Delmas, Solino, Bel Air, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Ganthier, Pernier, Torcelle, ainsi que dans des communes du département de l’Artibonite (Liancourt, Petite Rivière, L’Estère).

Des centaines d’écoles fermées, une année scolaire paralysée

Durant cet exercice 2024–2025, dans la seule zone métropolitaine, 347 écoles privées et 51 écoles publiques qui tentaient encore de fonctionner ont été contraintes de suspendre leurs activités. Certaines cherchent à poursuivre l’enseignement par rotation, dans d’autres locaux ou seulement durant les week-ends, dans des conditions précaires.

Selon le rapport de l’Upeph, les 12 facultés de l’Université d’État d’Haïti (Ueh), 50 universités privées, ainsi que de nombreux centres de formation technique et professionnelle sont également affectés par les fermetures.

Le nombre d’élèves a drastiquement chuté dans plusieurs établissements publics. Le Lycée Alexandre Pétion a suspendu ses cours après une attaque fin mars ; au Lycée Fritz Pierre Louis, les effectifs sont passés de 2,800 à 800 élèves. D’autres, comme le Lycée Anténor Firmin ou l’École nationale Paraguay, sont complètement fermés.

Des milliers d’élèves ont dû abandonner leur scolarité ou changer d’établissement, parfois en parcourant de longues distances pour rejoindre des zones plus sécurisées.

Depuis le début de l’année 2024, les violences des gangs armés ont conduit à la fermeture de centaines d’écoles : 400 dans l’Ouest et 150 dans l’Artibonite, selon la Confédération nationale des enseignants haïtiens (Cneh). Des chiffres encore plus préoccupants évoquent plus de 1,500 écoles fermées dans l’Ouest, d’après l’Upeph, en raison de l’insécurité persistante.

Des mesures jugées insuffisantes face à une crise profonde

L’Upeph rejette la formule de « cours de rattrapage » proposée par le Ministère de l’Éducation nationale pour les élèves de 9e année fondamentale, la jugeant inadéquate après plusieurs mois d’interruption. Les enseignants dénoncent également l’aggravation des inégalités entre écoles publiques et privées. Les parents, eux, s’inquiètent pour les performances aux examens officiels.

Le 12 avril 2025, le ministre de l’Éducation, Augustin Antoine, a lancé au Lycée national de Pétion-Ville le « Programme National de Compensation des Apprentissages », destiné à « récupérer, accélérer et consolider les acquis scolaires ». Ce programme s’adresse aux élèves du public et du privé, notamment ceux des écoles touchées par les perturbations liées à la crise.

La crise affecte sévèrement la réussite scolaire : lors des examens de 9e année en 2023–2024, seuls 44.76 % des élèves ont été admis. Des départements comme la Grande-Anse/sud-ouest (18.94 %) ou le Nord-Ouest (29.91 %) affichent des taux particulièrement alarmants.

Le calendrier scolaire 2024–2025, lancé le 1er octobre, prévoit 188 jours de classe. Mais l’Upeph s’interroge : ces journées pourront-elles réellement être assurées dans les zones en crise, d’ici à la fin de l’année scolaire ?

L’organisation dénonce une violation grave du droit fondamental à l’éducation, garanti par l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 32.1 amendé de la Constitution haïtienne.

Sans mesures urgentes pour sécuriser les établissements et rétablir l’accès à l’instruction, « l’avenir éducatif d’une génération entière demeure gravement menacé », conclut l’enquête. [apr 12/05/2025 17:00]

Source photo : Vatican News